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Mais ou sont donc passés les touristes maghrébins?
La question touristique pour les immigrants de la première génération, issus des pays du Maghreb est plus une question d'intégration et de culture qu'autre chose. Quand on n'a pas le sentiment d'appartenir pleinement à une communauté, la communauté d'accueil, quand on n'a pas le sentiment d'être québécois ou néo-québécois, on n'a pas envie d'en connaître plus sur le pays et ses habitants. De même, quand on immigre au Québec et que l'on a été accepté et « sélectionné » parce que l'on a des diplômes et une expérience professionnelle transférables au Québec, mais que l'on s'entend dire tout de go, quand on se met à chercher du travail, que « vous n'avez pas d'expérience québécoise et que vos diplômes ne sont pas reconnus « icite », on ne va pas être particulièrement enclin à aller visiter et découvrir la Belle Province.
L'établissement des immigrants en région est aussi un objectif, pour ne pas dire un rêve, caressé par le gouvernement du Québec. Mais Montréal reste la destination privilégiée des immigrants pour la bonne et simple raison que c'est la ville la plus cosmopolite et ou l'on se sent le moins étranger. On y retrouve des gens qui nous ressemblent, des plats qui nous ressemblent, des accents et des musiques ainsi qu'une infinité d'autres signes qui nous rattachent à des choses que nous connaissons et reconnaissons. Alors là encore pourquoi aller se compliquer l'existence à aller chercher midi à quatorze heures et faire du tourisme dans un milieu étranger et en plus y laisser des milliers de dollars acquis au prix de gros sacrifices.
Dans ce cas il faut bien plus que des campagnes publicitaires de 50 000 dollars et des pages publicitaires pour faire bouger une famille nombreuse algérienne ou marocaine et leur donner le goût de visiter le Saguenay-Lac St Jean, la Côte Nord ou l'Abitibi.
Cela ne veut pas dire que ces familles ne sont pas sorties de Montréal. Celles qui sont établies à Montréal depuis quelques années ont très souvent pris les devants pour aller visiter Québec-City, Tadoussac, Ottawa, Toronto. Il faut préciser que bon nombre de ces familles sont allées en voyage organisé soit avec des agences de voyage soit avec un organisme communautaire. Deux raisons principales expliquent ce choix : tout d'abord un prix abordable pour une famille, incluant le transport en car confortable, l'hôtel, et des circuits puis un cadre et un accompagnement familiarisé avec les goûts, les besoins et les exigences de cette clientèle.
D'autres familles ont découvert avec le temps, des lieux de villégiature et des chalets à prix communautaire, à une heure de Montréal, en campagne au bord de lacs ou ils se rendent hiver comme été.
Si je peux me permettre, je suggérerais pour inciter davantage les immigrants qui souhaitent passer des vacances au Québec, d'étudier davantage les besoins, les goûts et les capacités financières des communautés ciblées et de ne pas oublier que les communautés ethniques ne sont pas des blocs monolithiques et qu'au sein de chacune d'elles il existe autant de différences et de nuances dans les goûts et les habitudes qu'au sein de la communauté québécoise ou de toute autre communauté.
Le plus simple et surtout le plus économique serait d'aller chercher les informations de base sur les populations ciblées par le ministère du tourisme ou les associations régionales de tourisme là ou elles se trouvent, c'est à dire auprès des organismes et associations que fréquentent cette clientèle si convoitée par les industries du tourisme au Québec.
A titre d'exemple la question de nourriture halal, qui soit dit en passant ne concerne pas toute la communauté musulmane comme on a tendance à le croire( par manque de discernement, manque de connaissance, manque de curiosité, et un amalgame facile de tous les genres), peut être très simplement résolue dans les régions éloignées et ne disposant pas de viande préparée selon le mode halal. Les restaurateurs un peu imaginatif et à l'écoute d'une clientèle particulière ont un éventail de solutions gastronomiques susceptibles de satisfaire la plus exigeante des clientèles musulmanes :cuisine végétarienne, genre restaurants « Commensal », tous types de poissons des océans, de rivière ou de lacs grillés, frits, en tajine, tous genres de crustacés et fruits de mer, accompagnés de légumes sautés, jardinière, pizza, spaghettis, pastillas, paella, etc.
Autre suggestion; des membres des minorités ethniques seraient d'excellents relais entre les opérateurs du tourisme en région et les communautés car ils seront un relais utile et informé et d'une plus grande efficacité que des études « aveugles » sans précision et sans nuances.
Il y a donc « loin de la coupe aux lèvres » et le chemin est long pour voir un jour des familles maghrébines aller taquiner le goujon à Sainte Anne des Monts non loin des Monts Chics-Chocs ou canoter sur le lac Mouscoutchou.
Slim Daouzli
