La visite du général De Gaulle fut un des grands moments de ma vie. Fraîchement convertie au RIN, j'habitais Trois-Rivières à l'époque et pour rien au monde je n'aurais manqué le passage du général. Mon homme et moi étions aux premières lignes et le délire était contagieux. Étant dans l'impossibilité de suivre le cortège jusqu'à Montréal, nous sommes restés vissés devant la télé. Lorsqu'il a dit "Vive Montréal...Vive le Québec...", nous nous sommes regardés, incrédules, puis ce fut le coup de tonnerre: "Il l'a dit! Il l'a dit". Complètement sonnés, nous pleurions de joie. Le téléphone n'a pas dérougi de la nuit. À sept heures du matin, il n'y avait plus un journal à vendre dans toute la ville. Ça fait 40 ans de cela et j'ai changé d'allégeance depuis, mais chaque fois qu'on repasse la bande à la télé, j'en ai encore des frissons.
Huit ans plus tard, un autre coup de tonnerre éclatait. Le PQ remportait les élections. Allégresse indicible, espoir fou et "à partir d'aujourd'hui, on bâtit". Puis, en 1980, une question anodine et décevante, précédée d'un préambule imbuvable recevait un "non" retentissant. On nous avait, comme dans une autre chanson, "monté un beau grand bateau" et "fait faire de bien grandes vagues", pour en arriver là. Rien n'a plus jamais été pareil ensuite. Le momentum a pris une débarque et le pays à bâtir est devenu une vue de l'esprit.