Le Chili en furie

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Guillaume Bourgault-Côté
Édition du samedi 21 et du dimanche 22 juillet 2007

Mots clés : soccer, tournoi, coupe U-20, Violence, Sport, Montréal, Chili (Pays)

Des échauffourées en demi-finale de la coupe U-20 virent à l'incident diplomatique

L'arbitre Wolfgang Stark et ses juges de ligne ont été escortés par des policiers torontois, à la fin du match tumultueux Chili-Argentine.

Photo: Agence Reuters

L'après-match mouvementé qui a suivi la demi-finale de la Coupe du monde U-20 disputée jeudi soir à Toronto connaît maintenant une prolongation inattendue. Hier, la présidente du Chili, Michelle Bachelet, a demandé au Canada qu'une enquête soit ouverte pour expliquer «une agression clairement injustifiée» de la police torontoise contre les joueurs chiliens.

De l'arène sportive, le tournoi est donc passé hier dans la sphère politique et diplomatique. La présidente Bachelet a indiqué que les «faits sont assez graves» (El Mercurio, le plus grand quotidien national, parlait à sa une d'«incidents scandaleux») pour justifier l'envoi d'une note diplomatique entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays.

«J'ai demandé au ministre [Alejandro Foxley] qu'il sollicite une enquête permettant de faire la lumière sur tous les événements, a déclaré Mme Bachelet, selon ce que rapportait hier le site Web du journal chilien La Nacíon. Il nous semble que ce qui est arrivé à nos jeunes n'aurait pas dû arriver et le gouvernement sera extrêmement clair à ce sujet.»

M. Foxley a confirmé plus tard en conférence de presse qu'il avait envoyé une lettre à Peter MacKay. «Vous ne pouvez pas traiter ainsi des gens envoyés pour représenter le Chili dans un événement sportif», a-t-il mentionné à la presse chilienne. Il a toutefois précisé que c'est avec la police de Toronto qu'il y avait un problème et non avec le gouvernement canadien.

Les deux pays entretiennent des relations cordiales, partageant notamment un accord de libre-échange. Cette semaine, le premier ministre Stephen Harper a d'ailleurs rencontré Mme Bachelet lors de sa tournée sud-américaine.

Au bureau de M. MacKay, son porte-parole a indiqué en fin de journée au Devoir que le ministère n'avait reçu aucun mémo de la part du gouvernement chilien ou de son ambassade. «Ce n'est pas un incident diplomatique, estime André Lemay. Le gouvernement n'a absolument rien à se reprocher dans les événements. Si nous recevons cette note, nous la traiterons comme on les traite habituellement: en ouvrant un dialogue avec le gouvernement en cause. Mais ça ne se fera pas publiquement.»

Grabuge près du bus

Cette agitation a été causée par deux incidents survenus dans la foulée du tumultueux match entre les voisins chiliens et argentins, qui partagent la même passion dévorante pour le soccer. Les joueurs chiliens, qui tentaient d'atteindre pour la première fois la finale de ce tournoi des moins de 20 ans, dont les Argentins sont les champions en titre, ont été plusieurs fois frustrés par les décisions jugées inéquitables de l'arbitre allemand Wolfgang Stark. Deux cartons rouges ont notamment été distribués au Chili, qui a perdu le match 3-0.

Dès la fin de la partie, plusieurs joueurs et entraîneurs ont foncé vers l'arbitre et ses assistants pour les engueuler. La police torontoise est intervenue, séparant les joueurs et renvoyant tout le monde au vestiaire. L'arbitre a été la cible de plusieurs projectiles avant qu'il ne quitte le terrain.

C'est plus tard, près de l'autobus des joueurs chiliens, que les choses se sont gâtées. Entre les médias chiliens, la police de Toronto, les agences de presse et la délégation chilienne, plusieurs versions différentes circulaient hier, mais toutes rapportaient une échauffourée entre la police et les Chiliens.

Il semble qu'un partisan argentin aurait invectivé un membre de la délégation perdante, que les esprits se sont rapidement échauffés et que la police est intervenue plutôt brutalement. Chose sûre, plusieurs joueurs ont été blessés, des coups ont été portés, du poivre de Cayenne et des gaz lacrymogènes ont été utilisés et l'autobus a été saccagé par les joueurs. Un policier a aussi utilisé un «Taser gun» (pistolet à décharge électrique) pour neutraliser le jeune Isaias Perralta.

Résultat: au moins neuf joueurs ont été menottés, et toute la délégation a été retenue à l'intérieur du stade jusque vers une heure du matin. Aucune accusation n'a toutefois été portée.

Hier matin, la police de Toronto s'est défendue d'avoir agi trop durement. «L'équipe chilienne était mécontente des décisions de l'arbitre, a expliqué par communiqué William Blair, chef des troupes responsables de la sécurité sur le site. Mes officiers ont donc d'abord été obligés d'intervenir pour protéger les arbitres.»

«Ensuite, continue le chef Blair, nous sommes intervenus pour séparer un partisan de l'équipe argentine et un membre de l'équipe chilienne. C'est alors que plusieurs joueurs ont eu un comportement agressif envers mes officiers.»

Selon lui, le travail des policiers «a été de répondre fermement, mais d'une manière juste, pour mettre fin à cette violence». Il a indiqué que des changements seront apportés à la sécurité pour les deux derniers matchs du tournoi demain (la finale entre les Tchèques et les Argentins, la consolation entre l'Autriche et le Chili).

Pour le président de la FIFA, Sepp Blatter, les événements de jeudi ont laissé une «marque noire» sur un tournoi autrement réussi -- le Canada a battu le record d'affluence du U-20. Il a indiqué en conférence de presse qu'il prendrait les «mesures adéquates» pour élucider l'affaire. «Ce sont des événements regrettables [ceux sur le terrain] qui seront traités par notre comité de discipline. La FIFA a offert ses excuses au maire de Toronto.» Concernant ce qui s'est passé près du bus, il a mentionné qu'il fallait «entendre les versions des deux côtés» avant de juger.

Le président de la Fédération chilienne de soccer, Harold Mayne-Nicholls, a de son côté offert les excuses de son pays pour «le comportement d'un joueur» à la fin du match. Mais les événements qui ont suivi «ne peuvent être acceptés», a-t-il mentionné depuis Toronto. «Notre gouvernement va déposer une plainte officielle, et on verra ce que l'enquête dira. Mais jamais nous n'avons mérité un tel traitement.»

À Santiago, quelques manifestants se sont réunis près de l'ambassade canadienne hier. Un supporteur chilien tenait une pancarte traitant le Canada de pays «raciste». Ironiquement, la semaine dernière, l'entraîneur de l'équipe nigériane défaite par le Chili à Montréal avait étonné les journalistes en lançant que l'arbitre avait pris des décisions basées sur le racisme... en faveur du Chili cette fois.

Le Devoir

Avec Canadian Press, La Nacíon et El Mercurio


Vos réactions


du sport à la violence - par André Chamberland (andre.cham@sympatico.ca)
Le samedi 21 juillet 2007 13:00

Sport et religion - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 21 juillet 2007 12:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com