Le Québec aux 14es FrancoFolies de Spa - Mes Aïeux, leurs aïeux
Mots clés : Pierre Lapointe, Mes Aïeux, FrancoFolies de Spa, Musique, Culture, France (pays)
C'est la déferlante pour Mes Aïeux sur la route des festivals européens cet été: l'étape spadoise n'a pas été moins triomphale. Antoine Gratton, lui, galère un peu dans sa tournée des bars de la ville thermaliste, mais dans la bonne humeur. Et si Les Respectables n'ont été que modérément respectés, programmés trop de bonne heure, on déroulera le tapis rouge jusqu'à la grande scène demain pour Pierre Lapointe, Prix Rapsat-Lelièvre. Les Québécois à Spa ne clapotent pas tous dans les mêmes eaux pétillantes.
Certes y avait-il tout à l'avant une petite bande de Québécois en goguette, mais derrière? Et tout partout autour du chapiteau? Plus tard, le groupe a fait le test à main levée: très majoritairement, ce public extatique vivait pour la première fois l'expérience Mes Aïeux. Encore un coup d'Internet: à l'instar des Cowboys fringants, les chansons avaient précédé le groupe, et les fans belges attendaient LEURS Aïeux. Renseignement pris, c'est comme ça partout sur la route européenne du groupe cet été: de Tullins à Vitry-sur-Seine, de Joinville-le-Pont à Montivilliers, de La Rochelle à Spa, il se passe que Mes Aïeux font vibrer une corde... ancestrale. On se retrouve dans ce qu'on appelle ici leur «néo-trad déjanté». On se reconnaît. Le propos de Dégénérations, celui de la nouvelle chanson Le Déni de l'existence (à propos du virage à droite des gouvernements) sont partagés.
Ça dépasse même l'attirail un brin racoleur du groupe: oui, ces Belges raffolaient jeudi soir des costumes, les cornes de diable, les ailes de l'ange, la chemise de bûcheron, le panache d'orignal sur la tête, mais c'était la musique qui tapait dans le mille, aussi réjouissante que pertinente, large d'esprit et de corps, aussi vivifiante en klezmer qu'en funk, les cuivres sonnant la charge. Après quelque 400 spectacles au Québec, la bande est redoutable. Après la conquête, la reconquête?
Antoine Gratton séduit, envers et contre tout
Les bars, Antoine Gratton, ça le connaît. Tout le printemps, il a fait les deuxièmes dimanches du mois au Verre Bouteille, sur le Plateau. Donnez-lui un piano, dix minutes de show, et il vire la place à l'envers, comme chantait Stephen Faulkner dans sa magnifique chanson Doris. De fait, Gratton a repris Troubadour, une autre belle de Faulkner sur le destin des chansonniers, à la première halte de son parcours du combattant à Spa: la tournée des «Bars en folie» ne fait pas de quartier, et seuls les vrais de vrais n'y perdent pas le moral. Installés dans des coins de terrasse, dans le bruit ambiant de la ville en fête, se faire entendre, à plus forte raison se faire écouter, relève de l'exploit. Urbain Desbois, il y a quelques années, en était sorti non seulement indemne, mais gagnant. Damien Robitaille, l'an dernier, l'avait eue plus ardue. Gratton aura adopté la bonne attitude: s'adapter à toutes les circonstances.
Au Menthe à l'eau, mercredi, c'était presque facile: il avait une tablée de Québécois (dont Les Respectables) pour mener la claque, et son mélange de chansons à lui et d'autrui (jusqu'à la Billie Jean de Michael Jackson, version picking acoustique!) était irrésistible. Jeudi au Clair-Obscur, nous a-t-il raconté en rigolant, ses airs ont été servis «en faisant du charme à la serveuse pendant que les gens mangeaient». Il aura sa récompense demain alors qu'il disposera d'une assemblée rien que pour lui au très beau Salon bleu dans le majestueux Casino.
Saisissant toutes les occasions, Gratton a aussi rejoint Les Respectables jeudi sur la scène principale du Village francofou -- un grand enclos où se produisent une douzaine de chanteurs, chanteuses et groupes par jour, sur trois scènes -- le temps d'une heure de rock'n'roll dans le tapis. Programmé en bas de l'affiche et, par conséquent, en début d'après-midi, le groupe s'est démené pour quelques dizaines de lève-tôt qui compensaient en enthousiasme leur petit nombre. Bons points pour la ténacité dans l'adversité: traités en juniors par l'équipe technique belge (selon Gratton), Les Respectables ont joué comme dans un Centre Bell rempli.
Le pont d'or à Pierre Lapointe
Plébiscité par la presse française, Pierre Lapointe s'apprête à faire tabula rasa en Belgique. Il sera reçu demain à Spa avec les égards dus à son rang potentiel: non seulement lui remettra-t-on le prix Rapsat-Lelièvre lors d'une très officielle cérémonie en présence -- notamment -- de la ministre des Relations internationales de la Communauté française de Belgique et de la région wallonne, mais on lui offrira sur un plateau d'argent les 9000 spectateurs de la quatrième et dernière soirée à guichets fermés de la Place de l'Hôtel de ville. À la même affiche que l'excellent Saule -- le meilleur auteur-compositeur-interprète belge des dernières années -- et le très fédérateur Patrick Bruel, la table est mise. Et la suite déjà assurée: Lapointe chantera à Bruxelles les 7 et 8 novembre, au Botanique, haut lieu de la chanson d'expression française. Gageons qu'il ne faudra pas longtemps avant qu'on y propose Mes Aïeux, et que le coup de la p'tite pilule et de la p'tite granule ne devienne la nouvelle Danse des canards des Belges. Oui, mes aïeux oui, c'est une invention locale.
Collaborateur du Devoir
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Sylvain Cormier est l'invité de Wallonie-Bruxelles Musiques aux FrancoFolies de Spa.
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