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L'élitisme d'un correspondant à Paris

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Benjamin Perron (benjaminperron@hotmail.com)
Envoyé Le vendredi 20 juillet 2007 11:00



M. Rioux,

Je viens de lire votre procès d'Harry Potter (ou peut être votre apologie de la littérature classique) et je dois avouer que j'ai été très attristé d'apprendre que la lecture devait être noire ou blanche et que nous ne pouvons nous permette de lire à la fois Dostoïevski et JK Rowling. Je suis maintenant gêné de l'avouer, mais je termine une maîtrise en sociologie et - la honte - j'ai lu les 6 premiers tomes de Harry Potter et j'attends le dernier avec impatience, tout cela sans pouvoir me déculpabiliser de l'avoir fait pour mes enfants (puisque je ne suis pas père de famille)...

Avant de me plonger à l'intérieur de cette aventure, je critiquais, un peu à votre façon, tout ceux qui me parlaient du fameux sorcier tout en refusant systématiquement de lire, ne serait-ce qu'un extrait, ce livre de magie pour enfant. L'amour a eu raison de moi, car c'est pour une femme que j'ai enfin accepté de lire le premier tome. Trois mois plus tard, je terminais le dernier disponible. J'aimerais bien pouvoir me retrancher derrière les « c'est fort l'amour » tout en cherchant à me distancier de cette littérature populiste, mais puisque j'y ai retrouvé un certain plaisir, je me dis que tout ça est certainement lié au fait que ma mère lis du Mary Higgins Clark plutôt que du Victor Hugo...

Néanmoins, et vous ne me croirez peut être pas, j'ai également lu Proust, Dostoïevski, Soljenitsyne, Camus, Kafka, Hemingway, Platon, Marx, Nietzsche pour ne nommer que ceux-là. Et sur ma table de chevet, de chaque côté du Prince de sang mêlé (que je relis de façon infantile) se retrouve La Réduction de Jean-Jacques Simard et La Raison dans l'Histoire de Hegel. J'imagine que vous doutez certainement de ma capacité à lire ces ouvrages, puisqu'on ne peut mettre le nez dans ces deux types de littérature (à moins, bien sûr, d'avoir des raisons en béton comme les vôtres).

J'aimerais tout de même que vous portiez votre attention sur un autre point. Vous soulignez que l'aventure a commencé il y a près de 10 ans. Prenons un enfant qui avait justement 10 ans lors de la publication de L'École des sorciers, aujourd'hui, ce même enfant aurait donc près de 20 ans. De deux choses l'une si je saisis bien votre raisonnement du meilleur des mondes : soit il a arrêté en chemin la lecture, puisqu'il était évidemment trop vieux pour lire ces enfantillages; soit il poursuit la lecture mais ne peut s'inscrire à l'université, encore moins en études littéraires, puisque les universitaires ont l'obligation de ne lire que de la littérature savante ou classique... Et à vous lire, non seulement les universitaires ont cette obligation, mais les étudiants du niveau secondaire également. Je ne souhaite pas entrer ici dans ce sujet qui pourrait aisément se transformer en débat sur les réformes scolaires. Cela dit, il ne me reste qu'un conseil à vous offrir : si vous n'aimez pas la lecture qu'on offre à votre fille au secondaire, en tant que père, vous avez la possibilité et même la responsabilité de lui lire autre chose que Harry Potter.

Benjamin Perron

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