Monsieur Rioux. Il y a du vrai dans ce que vous dites, mais vous avez toujours tendance, tout comme vos collègues chroniqueurs du Devoir, à tout exagérer et à tout examiner dans la loupe de l'éternelle crise des valeurs qui menace de nous replonger incéssamment dans l'âge des ténèbres. Vous nous rejouez la même cassette lorsque vous parlez de l'infantilisation du lectorat. De juger le lectorat de Harry Potter du point de vue de Victor Hugo et de Nietzsche, ça ne relève non seulement d'une passion excessive pour les "vieilles antiquités" ( le prononcer sur un ton ironique), mais ça trahit un manque de connaissance (et d'intérêt) pour "la littérature de divertissement" en général (Nietzsche n'en fait pas partie). Vous remarquerez également que si tant de gens vont se ruer sur Harry Potter, c'est parce qu'ils y trouveront matière à divertissement et c'est précisément ce à quoi on doit s'attendre d'un bon "roman" en général. Certes, il y des modes qui sont condamnables (on ne dira rien du Da Vinci Code), la qualité littéraire étant moins recherchée (délaissée serait le mot juste quand on pense à du Stephen King ou du Danielle Steel), mais le roman n'a pas cessé pour autant d'accomplir sa fonction principale qui est de divertir. Retomber dans l'enfance est précisément l'effet recherché par les auteurs qui écrivent des romans, que ça soit pour la science fiction, le Polar ou le conte de fée. Bon, tout le monde en a après le jeune sorcier, mais si vous en avez marre, je vous conseille de vous rabattre sur de bons classiques du divertissement qui, à leur époque respective, n'ont pas manqué d'être critiqués pour leur contribution à la crise des valeurs : Hoffman, Edgar Allan Poe, Leo Perutz, Morand, Barbey d'Aurevilly, Arthur Conan Doyle ou pire, Cervantès et les Mille et une nuits. Personnellement, mon engouement pour ces auteurs sera le même que pour le prochain livre de J.K. Rowling. J'ai hâte, j'en suis tout excité, ça va faire changement du Bildungsroman à la Thomas Mann.