Pierre & fils à l'Olympia - Duel d'acteurs au sommet

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Fabien Deglise
Édition du vendredi 20 juillet 2007

Mots clés : humour, Juste pour rire, Spectacle, Montréal, Québec (province)

Au fond de la scène, un écran diffuse les images de caméras de surveillance. Au premier plan, un homme, assis à un bureau, est dans l’ennui. Il s’appelle Pierre Malaquet, a 38 ans, est directeur d’un supermarché, et son service de sécurité vient d’arrêter un homme pour vol — le larcin: du jambon tranché, un sécateur et une robe de printemps.

Le nom du voleur? Pierre Malaquet, la soixantaine passée, un pantalon franchement bohème et un petit air de famille qui vient brusquement mettre un visage sur les 38 années de vide paternel qui ont marqué l’existence de monsieur le directeur.

Les bases de Pierre & fils, présentée hier soir sur les planches du parfaitement inconfortable Olympia de Montréal dans le cadre du festival Juste pour rire, viennent donc d’être posées.
Vont y monter le fils, Pierre Palmade — coauteur de la chose avec Christophe Duthuron — et Pierre Richard, monstre sacré du cinéma français, dans le rôle d’un père manquant qui, dès les premières mesures, semble plutôt vouloir devenir spirituel.

Pour cause! Loin de sombrer dans le pathos prévisible du conflit entre un géniteur et sa progéniture, la pièce propose finalement un duel impressionnant d’acteurs au sommet de leur art, engagés dans une critique subtile du conformisme et du manque d’audace qui caractérise certains parcours de vie. Et le terne Pierre junior, confronté à la douce folie d’un Pierre senior, va rapidement prendre toute la mesure de ce projet.
Livrée en 10 tableaux, cette rencontre prend place autour de Noël dans des décors minimalistes qui côtoient des projections vidéo.

Les unités de temps et d’espace, tout comme les raisons du départ du papa, il y a 38 ans d’ailleurs, n’y ont aucune importance. Les personnages imaginaires sont nombreux. Et l’humour, qui traverse des dialogues simples à l’efficacité redoutable, fait le reste.
Aventure humaine et réflexion sur l’existence sans grande surprise, Pierre & fils, présentée au Théâtre des Variétés à Paris pendant six mois l’automne dernier, arrive tout de même à séduire en plaçant face à face sur une scène un Pierre Palmade attachant et surtout un Pierre Richard époustouflant qui, en deux heures, livre avec une gestuelle unique ce qu’il fait de mieux depuis des années: Pierre Richard, l’éternel adolescent, gaffeur et débordant de compassion, personnage sans doute trop grand pour la qualité de la salle où il va s’exposer encore pour les quatre prochains jours.


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