Le Collège militaire de St-Jean rouvrira en partie

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Clairandrée Cauchy
Édition du vendredi 20 juillet 2007

Mots clés : armée canadienne, éducation, Collège militaire de St-Jean, Francophone, Forces armées, Afghanistan (Pays), Québec (province)

Cette annonce répondrait à un besoin criant de gradés francophones

Au moment où les militaires francophones prennent le devant de la scène en Afghanistan et où la mission est de plus en plus contestée, particulièrement au Québec, le ministère de la Défense a annoncé hier la réouverture du Collège militaire de Saint-Jean. La fermeture de l'établissement, fondé dans les années 1950 pour faciliter l'accès des francophones aux postes de direction de l'armée canadienne, avait suscité un tollé en 1995.

Le ministre de la Défense nationale, Gordon O'Connor, et son collègue responsable du Québec, Michael Fortier, ont maintes fois présenté hier la décision d'ordre financier prise sous l'administration Chrétien comme une grave erreur. «[Le gouvernement Chrétien] l'a fermé pour grappiller quelques sous. [...] Cela a été une grande perte. J'essaie de ramener ce que je peux aussi vite que possible», a expliqué le ministre Gordon O'Connor, reconnaissant toutefois que le collège militaire ne retrouvera pas tout son lustre d'antan, du moins pour le moment. On y dispensera en effet uniquement les deux années de formation collégiale, alors qu'auparavant on y offrait une formation universitaire complète.

Il était temps! clament des hauts gradés à la retraite qui ont longtemps plaidé pour l'avancement des francophones dans les Forces armées. L'historien militaire et ancien recteur du Collège militaire royal de Saint-Jean, Jacques Castonguay, avait formé au début de l'année un comité de spécialistes pour promouvoir la renaissance de l'établissement. La demande était à l'époque restée lettre morte.

L'annonce d'hier répond selon l'ancien militaire à un besoin criant de gradés francophones. «Plusieurs généraux à la retraite font remarquer qu'il y a moins d'officiers francophones, particulièrement dans les postes de haute direction», note M. Castonguay. Il voit la réouverture imminente du collège comme une «demi-victoire», puisqu'on n'y offrira que deux ans de formation, après quoi les étudiants-officiers devront poursuivre leurs études au Collège militaire de Kingston, en Ontario, ou encore dans une université civile. «On peut penser que cela aidera au recrutement d'officiers francophones», pense M. Castonguay.

Les effets de la fermeture décrétée en 1995 se font sentir depuis plusieurs années dans les unités francophones de l'armée, dont la plus connue et la plus importante est sans contredit le 22e Régiment.

Ancien commandant de ce régiment ainsi que de la base militaire de Valcartier et francophile convaincu, Terry Liston constate que le recrutement d'officiers francophones est beaucoup plus compliqué depuis la fermeture du Collège militaire de Saint-Jean. C'est que les Canadiens français rechignent à aller étudier en Ontario. «Les francophones n'aiment pas aller à Kingston, passer quatre ans de leur vie dans une petite ville plate de l'Ontario, dans un milieu complètement anglophone. Ceux qui y vont deviennent graduellement assimilés», note le major-général à la retraite.

Résultat, il y a moins d'officiers francophones issus de Kingston qu'il en sortait de Saint-Jean. Les unités francophones doivent recruter leurs gradés parmi des soldats qui n'ont pas encore de formation universitaire ou encore parmi des diplômés d'universités civiles. «On a donné des promotions à plusieurs soldats sortant des rangs, de bons soldats qu'on essaie d'envoyer à l'université. Certains anglophones se font aussi tordre le bras pour aller dans le 22e Regiment», fait observer M. Liston, qui était jusqu'à l'an dernier colonel honoraire de ce régiment.

Dans les bonnes années, le Collège militaire de Saint-Jean constituait une sorte de «club» d'où sortait l'élite de l'armée. «Les officiers qui ne passent pas par un collège militaire sont en quelque sorte exclus du club qui forme les futurs chefs de l'armée», souligne M. Liston, vantant également les mérites des professeurs de calibre qui enseignaient à l'époque à Saint-Jean.

Le ministre de la Défense nationale nie cependant que la réouverture de l'établissement de Saint-Jean soit motivée par des difficultés de recrutement chez les francophones. «Cela va plutôt bien. Mais je veux encourager les francophones à étudier le plus possible dans leur propre milieu. Cela leur donne deux ans pour fonctionner dans un milieu francophone», indique M. O'Connor.

Le ministre conservateur a par ailleurs nié toute tentative de redorer le blason de son gouvernement auprès des Québécois, fortement opposés à la mission de l'armée canadienne en Afghanistan. Un sondage publié hier dans le Globe and Mail révélait que le Parti conservateur perdait des plumes auprès des francophones, passant de 25 % des intentions de vote l'an dernier à seulement 17 %, selon le dernier coup de sonde de la firme Strategic Counsel mené auprès de 1000 répondants. La firme de sondage attribue cette chute principalement à l'opposition des Québécois à la mission en Afghanistan. À l'échelle canadienne, le sondage montre que les libéraux et les conservateurs sont à égalité, avec tous deux 31 % des intentions de vote. Le Nouveau Parti démocratique récolte 17 % des intentions de vote et les verts, 10 %.

Un premier pas

Le ministre a redonné hier au campus de Saint-Jean, qui dispensait jusqu'à présent l'enseignement préparatoire à la formation universitaire pour les jeunes Québécois, le statut de collège militaire en bonne et due forme. Il sera dirigé par un membre des Forces armées et on y restaurera les «valeurs militaires», assure le ministre O'Connor, un brin de nostalgie dans la voix. «Il y aura l'uniforme et la discipline militaires, comme dans le bon vieux temps», affirme M. O'Connor en entrevue téléphonique au Devoir.

Le nombre d'étudiants devrait passer graduellement de 70 à 200 d'ici 2008. Le ministère de la Défense nationale consacrera 200 millions supplémentaires sur 20 ans à la nouvelle mission de l'établissement, portant le budget annuel à 16 millions par année. Cela demeure toutefois nettement moins que les 25 millions alloués annuellement au collège militaire avant sa fermeture en 1995, alors qu'il accueillait quelque 600 étudiants par année. «Dans mon esprit, c'est une première étape», a précisé M. O'Connor.

Le député de Saint-Jean et critique bloquiste en matière de Défense nationale, Claude Bachand, a accueilli l'annonce comme un «premier pas». «Mais on ne se contentera pas d'un demi-budget», a-t-il averti.

Selon M. Bachand, les conservateurs tentent une récupération politique de l'annonce, alors que les soldats québécois viennent de partir pour l'Afghanistan. Le député bloquiste croit que le gouvernement se trompe s'il pense qu'il va améliorer la perception des Québécois sur la mission en Afghanistan en rouvrant le collège.

Son vis-à-vis libéral, Denis Coderre, est plus cynique: «C'est un peu comme offrir un club-école au lieu d'avoir une franchise de la Ligue nationale.» En entrevue à NTR, M. Coderre a toutefois été forcé d'admettre qu'il s'agissait d'une meilleure nouvelle que l'annonce de fermeture faite par le gouvernement libéral il y a 12 ans.

Le Devoir

Avec la Presse canadienne


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