Nunavik - Un joyau bleu offert au public
Mots clés : Parc, Nunavik, parc des Pingualuit, Nord-du-Québec (région)

Soudain, au coeur de ce paysage lunaire se dresse un oeil de cristal d'une étonnante pureté. «Le voici», se contente de dire le pilote de l'hélicoptère à ses passagers, comme pour éviter de briser le charme. C'est lui, le fameux cratère des Pingualuit («Là où la terre se dresse»). Cet immense trou béant est un cercle presque parfait de 3,4 km de diamètre, le résultat de la chute d'une météorite venue de quelque part entre Mars et Jupiter, il y a 1,4 million d'années. Ça a fait bang. Environ 8500 fois plus fort que la bombe d'Hiroshima.
Originaire du petit bled de 500 âmes à côté du parc, le gardien du parc, Jaaka Jaaka, a grandi en semi-nomade, foulant la terre des Pingualuit au gré des saisons.
Son père, un chasseur émérite, y avait construit un campement pour sa famille, avec vue sur le cratère. «La région était notre cour arrière», raconte-t-il. Lorsqu'il a aperçu «l'oeil» pour la première fois, il devait avoir 15 ou 16 ans. La légende disait qu'un immense trou parfaitement rond s'était formé dans la toundra «pour un monde meilleur». Il était aussi connu que les poissons du lac étaient indésirables, avec leurs grosses têtes et leurs petits corps. En raison de la quasi-inexistence d'algue et de nourriture, les poissons ne mangent pas à leur faim et se livrent au cannibalisme.
Sur 88 km de toundra, les sentiers qui mènent de Kangiqsujuaq jusqu'au lac Laflamme, à 3 km du cratère, sont déjà balisés par des Inukshuks, ces petits «hommes » de pierre qui servent de repères géographiques. Sept refuges sont en construction sur ce territoire de 1133 km2 (à titre comparatif, le parc du Mont-Tremblant fait 1510 km2). Tout sera fin prêt pour l'inauguration officielle en novembre. «On ne veut pas partir en fou dans le développement. Ce n'est pas comme un parc au Sud, où l'on peut avoir facilement de l'expertise», insiste Robert Fréchette, le directeur de ce parc national. Ce photographe de presse et cofondateur de l'Agence Stock à Montréal a eu le coup de foudre pour le Nord. Quinze ans plus tard, il y est toujours, rivalisant d'idées pour faire partager ses beautés au grand public. Mais il tient mordicus à sa priorité: la conservation.
Un parc cobaye
C'est d'ailleurs dans cette optique que la Convention de la Baie James et du Nord québécois prévoyait, à sa signature en 1975, la création d'aires protégées au nord du 55e parallèle. Ce parc national créé en 2004 est l'un des deux seuls au Québec à avoir plus de 1000 km2. Depuis l'adoption de la Loi sur les parcs en 1977, neuf des 22 parcs nationaux créés font moins de 60km2. «L'objectif du ministère est toujours de protéger 8 % du territoire du Québec d'ici 2008», confirme Pierre Milette, du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs.
L'autre idée derrière la création de cet immense parc, qui a coûté 3,4 millions, était de donner un coup de pouce à l'économie de la région. Pour l'heure, la municipalité de Kangiqsujuaq connaît un développement économique plutôt médiocre. Bien qu'environ 25 résidants de la communauté travaillent à la mine Raglan, une importante mine de nickel et de cuivre, le salaire annuel moyen des habitants est de 18 000 $, contre 21 000 $ pour la région. Robert Fréchette a bon espoir que le tourisme saura insuffler un peu de dynamisme économique dans le village. «On pense que ça va attirer des touristes qui vont acheter des produits locaux. On aimerait que la Corporation foncière prenne en main tout ce qui est adjacent au parc pour emmener les gens à la pêche aux moules, proposer des tours de bateau, offrir des randonnées de motoneige et la location de kayak...», indique-t-il. Il y a même un terrain de golf en cours d'aménagement, avec des verts... faits en pneus recyclés. «C'est un banc d'essai. Il ne faudra pas se tromper», ajoute-t-il en parlant du parc des Pingualuit, premier d'une série de cinq au Nunavik.
Un parc à défis multiples
Pierre Gaudreault, directeur général d'Aventure Écotourisme Québec, applaudit cette initiative. «C'est une bonne nouvelle, [...] c'est important de protéger des territoires, souligne-t-il. Ce n'est pas demain matin qu'il va y avoir 200 touristes. C'est sûr qu'il faut voir ça à long terme, sur peut-être 100 ou 200 ans.» Pour lui, le gouvernement ne sombre pas dans la démesure en voulant créer quatre autres parcs -- celui des Lacs-Guillaume-Delisle-et-à-L'Eau-Claire aura une superficie presque aussi grande que la Belgique -- au nord du 55e parallèle . «Ça va être gérable, la pression humaine sur ces territoires n'est pas aussi grande que pour les parcs accessibles», poursuit-il.
D'ailleurs, le territoire est si hostile que même les Inuits peinent à s'y retrouver. «Je me suis perdu tellement de fois que je ne les compte plus», précise Jaaka Jaaka. Il croit toutefois qu'il se trouvera toujours des gens pour s'y aventurer. «Le fait d'être seul avec le démon est très attirant», dit-il, en précisant qu'il veillera rigoureusement à évaluer la compétence des randonneurs.
N'empêche, comment garder un oeil entre autres sur le braconnage et les coupes forestières interdites sur ces km2 de beauté vierge? D'abord, le parc Pingualuit n'a pas ce problème puisque la ligne des arbres s'arrête bien avant le 61e parallèle, fait remarquer Robert Fréchette. «Notre problème principal, c'est le trafic aérien. On s'y attaquera sérieusement», insiste-t-il, en précisant qu'il a déjà quelques compagnies aériennes dans sa mire. En juin dernier, un pilote d'hélicoptère méconnaissant visiblement le fragile écosystème du lac du cratère s'y est posé pour faire le plein à partir d'un jerrycan situé dans l'appareil. «C'est complètement fou», a lancé le directeur du parc, hors de lui. Il n'y a pas à dire, il tient à la pureté de l'oeil de cristal comme à la prunelle de ses yeux...
Les déchets de la mine Raglan, située à proximité du cratère, pourraient t présenter un danger latent pour l'environnement du parc. Des chercheurs de l'université Laval s'y sont intéressés et étudient présentement la composition de l'eau, les sédiments déposés au fond et la présence de métaux lourds dans les poissons du lac du cratère. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, mais le spectre de la contamination plane...
Pour sa part, par ses propres analyses, le gardien du parc, Jaaka Jaaka, a déjà noté la présence de métaux lourds dans la neige qu'il a recueillie l'hiver dernier. L'exploitation minière de la région y est sûrement pour quelque chose, mais la pollution vient de bien d'autres sources, croit-il. «Comme être humain, on peut tout sacrifier pour le développement économique ou dire qu'il n'y a pas de développement sans environnement», avance-t-il sagement. «Je me plais à dire que Pingualuit est le symbole de cette fragilité menacée.»
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À l'invitation de la commission scolaire Kativik, notre journaliste a passé trois semaines dans le Grand Nord québécois auprès d'adolescents inuits âgés de 13 à 17 ans qui participaient à un camp de science sur le réchauffement climatique.
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Parc, Nunavik, parc des Pingualuit, Nord-du-Québec (région) - par Guy Fafard
Le mardi 17 juillet 2007 22:00

