Le lieu où l'on dort

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Caroline Montpetit
Édition du samedi 14 et du dimanche 15 juillet 2007

Mots clés : cimetière de la Côte-de-la-Montagne, dépouilles, Décès, Québec (ville), Québec (province)

L'être humain est le seul animal qui enterre ses morts et organise un rituel autour de leurs dépouilles. En grec, le mot cimetière veut dire: le lieu où l'on dort. Les rituels entourant cette mise au repos ont énormément varié selon les époques et les cultes entretenus à l'égard des morts.

C'est à Québec, dans le lieu qui deviendra le cimetière de la Côte-de-la-Montagne, qu'on a créé le premier cimetière de la colonie française, où ont été enterrés 300 pionniers originaires de France et des Amérindiens. À Montréal, le cimetière Pointe-à-Callière, enfoui sous le musée du même nom, aurait quant à lui été inauguré en 1643.

À cette époque, et jusqu'au milieu du XIXe siècle, le Québec hérite de la tradition européenne moyenâgeuse, qui enfouit ses morts, surtout ses notables, dans le sous-sol des églises. C'est ce qu'on appelle un cimetière ad sanctos, près des saints, explique l'historien Michel Lessard. Plusieurs personnalités du régime français se trouvent de cette façon sous la chapelle des augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec, comme sous celle des ursulines. Le grand chef huron Kondiaronk, initiateur de la Grande Paix de Montréal de 1701 et mort pendant les cérémonies de signature du traité, serait ainsi enterré sous la première église Notre-Dame, démolie en 1830.

Encore aujourd'hui, on peut visiter le cimetière ad sanctos de l'église de Saint-Roch-des-Aulnaies, où des stèles en bois et en marbre ainsi que des tombeaux témoignent de pratiques de la première moitié du XIXe siècle. On trouve encore aussi un cimetière sous l'église du Cap-Saint-Ignace, à Montmagny.

«Ce sont davantage les grands, les célébrités, les proches amis du clergé ou des communautés religieuses qui reposent en paix sous les lambourdes des nefs et des choeurs», souligne Michel Lessard dans un article de Frontières, la revue du Centre d'études sur la mort de l'UQAM. Le commun des mortels, lui, qui ne trouve pas sa place dans ces lieux sacrés, est plutôt enterré dans un enclos qui entoure l'église.

La migration vers la banlieue

En milieu urbain, l'usage est donc aux cimetières situés en plein coeur de la ville. Mais en 1799, à Montréal, la fabrique de la paroisse Notre-Dame ferme les cimetières de la vieille ville pour des raisons d'hygiène et d'espace. On ouvre le cimetière Saint-Antoine sous l'actuelle place du Canada. Mais les morts n'y dormiront pas longtemps. Cinquante ans plus tard, un règlement municipal défend l'inhumation dans les limites de la cité. En 1854, la fabrique achète donc la terre du docteur Beaubien, sur le mont Royal, et le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, conçu par l'arpenteur et architecte Henri-Maurice Perreault, y accueillera sa première sépulture le 27 mai 1855.

C'est la grande époque des cimetières-jardins, hérités de la tradition anglaise, et dont le cimetière Mont-Royal, voisin de Notre-Dame-des-Neiges, est un fidèle représentant, avec ses arbres dispersés. «À l'époque, on prévoit l'inhumation des morts en banlieue, de préférence sur des promontoires, pour qu'ils soient plus proches de Dieu», explique Jean Décarie.

Par opposition, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges témoigne d'un certain héritage français, avec ses allées d'arbres alignés, ses hommages à la patrie, son orientation catholique bien établie, bien qu'il soit, comme Notre-Dame-de-Lévis, par exemple, un cimetière-jardin. Progressivement, dans tous les cimetières du Québec, la pierre et le marbre remplaceront le bois et la fonte pour rappeler la mémoire des morts.

À Montréal, c'est l'époque où le prolétariat et la bourgeoisie se donnent rendez-vous auprès des tombes des disparus, sur la montagne. Ce sont d'ailleurs ces rassemblements qui ont donné lieu à l'avènement du parc du Mont-Royal.

Depuis, la ville de Montréal a évidemment pris de l'expansion, au point que le cimetière de banlieue d'autrefois en est aujourd'hui en plein centre. Pourtant, les vivants continuent de mourir, et leurs proches de vouloir honorer leur mémoire. Le développement des cimetières d'aujourd'hui est donc plus que jamais d'intérêt public, et doit rester au centre d'un débat bien vivant.


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