Le Devoir - Historique

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Devoir Le
Édition du samedi 14 et du dimanche 15 juillet 2007

Mots clés : Historique, Le Devoir, Média, Québec (province)

14 juillet 1933 - Les restes de Calixa Lavallée reposent maintenant en terre canadienne : L'inhumation a eu lieu cet avant-midi au cimetière de la Côte-des-Neiges après un service solennel à Notre-Dame -- L'arrivée du cortège à Montréal, hier soir -- Hommage à l'auteur de la musique de l'hymne "O Canada"

Les restes de Calixa Lavallée, compositeur national du Canada, reposent à cette heure en terre canadienne, au rond-point du cimetière de la Côte-des-Neiges. La translation de son corps, de Boston, où il est décédé en 1891, à Montréal, a eu lieu hier soir.

Ce matin, dans cette église où à l'âge de onze ans seulement, le jeune Lavallée avait le grand honneur de toucher brillamment les orgues, on chantait pour le repos de son âme un service solennel avec musique entièrement canadienne. M. l'abbé Emile Lambert, curé de la paroisse de Saint-Léonard de Port-Maurice, a prononcé le sermon de circonstance et a associé le nom de Lavallée à celui de Gounod, de Saint-Saëns, tous fervents compositeurs de musique religieuse. Il a tracé aussi un parallèle entre Lavallée et Crémazie, qui tous deux ont connu l'exil et sont morts en terre étrangère. Il n'a pas manqué non plus de rappeler le nom d'Albani, dont le pays natal est le même que celui de Lavallée: le comté de Verchères.

Après le service, pendant que les orgues jouaient la marche funèbre de Lavallée un long cortège se formait vers le cimetière. Là, M. Alfred Duranleau, ministre de la marine et député du comté de Chambly-Verchères, représentant officiel du gouvernement du Canada, a prononcé une allocution.

L'église Notre-Dame était remplie à sa capacité ce matin de personnages officiels, de délégués de sociétés nationales, de musiciens, d'amis de la musique et de tous ceux qui désiraient rendre à Lavallée le témoignage de leur admiration et de leur fidèle souvenir. [...]

Toutes les fanfares qui ont pris part aux défilés ont offert leurs services gratuitement et avec empressement.

L'église avait revêtu toutes ses tentures noires. Dans le sanctuaire étaient suspendus les drapeaux nationaux.

M. Benoît Poirier touchait l'orgue et M. Guillaume Dupuis dirigeait le choeur des chantres. Toutes les pièces furent tirées des oeuvres de nos compositeurs canadiens, notamment de celles de Lavallée-Smith, parent de Lavallée, de Borduas, de Duval, etc. [...] A la fin de la messe, la foule a chanté «O Canada», chant auquel la gloire de Lavallée est principalement attachée. A la sortie, M. Poirier a joué la marche funèbre de Lavallée, récemment retrouvée. Le poste CKAC a irradié toute la messe et le sermon. La Commission canadienne de la Radio a fait transmettre l'émission à travers tout le Canada. [...]

L'arrivée à Montréal

Les cloches de toutes les églises de la rive sud, entre Saint-Jean sur Richelieu et Montréal, ont salué hier soir le retour en terre canadienne des cendres de Calixa Lavallée, l'auteur de la musique de notre hymne national O Canada.

Après quarante-deux ans d'exil, les restes de notre grand compositeur national reposeront enfin chez nous.

Les populations de Saint-Jean, de Verchères, de Chambly, de Saint-Lambert, de St-Hubert, et surtout de Montréal ont fait un accueil vraiment triomphal aux cendres de Lavallée.

Le corbillard a reçu le cercueil de Lavallée en gare de Saint-Jean. Le cortège s'est formé en face de l'édifice des Chevaliers de Colomb à St-Jean. Avant le départ pour Montréal, la Philharmonique de Saint-Jean a joué l'O Canada de Lavallée et la Marche funèbre de Chopin. [...]

Sur tout le parcours qu'a suivi le cortège, des groupes de villageois et de citadins en villégiature se découvraient respectueusement, pendant que des clochers de la rive sud s'envolait le glas. Des inscriptions et des drapeaux, battant au vent, çà et là, donnaient un cachet de fête nationale aux villages disséminés entre St-Jean et Montréal.

Un peu avant huit heures, le corbillard apparaissait à la sortie nord du pont Jacques-Cartier. Une foule compacte s'était massée sur le bord du fleuve pour accueillir les cendres de Calixa Lavallée. A l'arrivée du cercueil, huit fanfares, dirigées par M. Edmond Hardy, directeur de l'Harmonie de Montréal, ont exécuté lentement l'O Canada de Lavallée. Toute l'assistance semblait en proie à une vive émotion d'entendre ainsi s'élever autour de la tombe du compositeur l'hymne harmonieux qu'il a légué à sa patrie. Les drapeaux des diverses sections de la St-Jean-Baptiste et des autres sociétés de la ville, rendaient le spectacle encore plus imposant.

Le cortège s'est reformé sur la place du Pont Jacques-Cartier et s'est rendu processionnellement, à l'église Notre-Dame en suivant les rues LaFontaine, Maisonneuve, de Montigny, St-Hubert, Viger, Saint-Denis, Craig, Côte St-Lambert, St-Jacques et Place d'Armes. Deux haies compactes saluaient, de chaque côté de la chaussée, le cortège.

A Notre-Dame

Le spectacle, à Notre-Dame, fut des plus impressionnants. La Place d'Armes suffisait à peine à contenir la foule. Le gros bourdon de Notre-Dame terminait à peine le glas que la foule entonnait pieusement O Canada. A trois reprises, montèrent dans la nuit naissante les strophes de notre hymne national. L'organiste de Notre-Dame répétait en écho, sur les grandes orgues, l'hymne glorifié aujourd'hui.

Le cercueil a pénétré dans le temple en traversant la garde d'honneur formée par les Carabiniers Mont-Royal et par les drapeaux des sociétés canadiennes-françaises. La levée du corps fut faite par M. le curé Bouhier, P.S.S.

Le cercueil, recouvert de l'Union Jack fut placé sur un catafalque et demeura exposé jusqu'au service, ce matin.

Au Parc LaFontaine

Pendant que les cendres de Lavallée reposaient en chapelle ardente, à Notre-Dame, une autre manifestation en l'honneur du compositeur de notre hymne national se déroulait au Parc LaFontaine. Les Grenadiers Guards, sous la direction du lieutenant J. J. Gagnier, exécutaient un programme entièrement composé d'oeuvres de Lavallée. Les Grenadiers ont exécuté les pièces suivantes, de Lavallée: O Canada, Un Canadien errant, Ouverture (opérette Roi de carreau); Pavane, Marche funèbre, Hommage à Pie IX (dédié à Mgr Fabre); Marche Indienne (opérette: La question indienne); Etude de concert: Le papillon; Ouverture (Bridal Rose); Chants de Lavallée, par Mme Flor Blanchard: L'absence, Romance, Nuit d'été.

Au cours de la manifestation du parc LaFontaine, M. Eugène Lapierre, docteur en musique, directeur du Conservatoire et membre du comité Lavallée, a prononcé une allocution.Rappelons que la translation des restes de Calixa Lavallée et les cérémonies imposantes qui l'ont entourée sont dues au travail opiniâtre et au dévouement de MM. J. A. Paulhus et Eugène Lapierre. [...]

Hommage national

Les cendres de Calixa Lavallée ont réintégré le sol natal. C'est que nous comprenons mieux plus d'une chose que nous semblions ignorer comme peuple, par exemple que les artistes et que les hommes de lettre concourent au bon renom d'un peuple, le font connaître à l'étranger et servent même au commerce en répandant, au point de vue publicité, la nature de ses activités, autant au point de vue économique qu'au point de vue activités de la pensée. Si nous allions oublier cette chose si simple, nous aurions manqué la leçon qui se dégage du grand événement que nous vivons et nous serions coupables d'une insigne ingratitude envers toute la vie d'un des plus grands Canadiens qui aient existé, Calixa Lavallée.

***

12 juillet 1933 - La limitation des heures de travail dans toute la province

"Bientôt", annonce M. Arcand à Québec

Québec, 12 (D. N. C.) - Le ministre du Travail, M. C. J. Arcand, nous a déclaré ce matin que la législation limitant les heures de travail dans les industries qui ne subissent pas la concurrence étrangère sera bientôt en vigueur dans toute la province de Québec.

Le ministre du Travail est revenu en ville aujourd'hui pour assister à la séance du conseil exécutif après un séjour à Sherbrooke où il a rencontré les intéressés dans la construction des Cantons de l'Est pour discuter avec eux des moyens à prendre pour appliquer la loi. Ces personnes ont approuvé l'idée de limiter les heures de travail comme moyen de résoudre la crise du chômage.

On se souvient qu'un projet de loi pour limiter les heures de travail fut adopté au cours de la dernière session. Récemment, cette loi a été mise en vigueur pour le district judiciaire de Montréal, et elle s'y applique depuis le 1er juillet. On n'a pas eu de rapports de la métropole encore, mais on croit que la réduction des heures de travail de 48 heures à 40 heures par semaine permettra d'employer beaucoup plus de monde qu'auparavant dans l'industrie de la construction. [...]

D'ici quelque temps, «bientôt», disait M. Arcand ce matin, la loi sera en vigueur dans toute la province et Québec aura été la première des provinces du Canada à adopter une législation qui a pour but de limiter les heures de travail afin de mieux distribuer l'emploi parmi les chômeurs.

***

11 juillet 1933 - Lettres au Devoir

Employés bilingues?

Montréal, le 10 juillet, 1933.

Monsieur le directeur, le Devoir.

Cher Monsieur.

Permettez que je vous pose une question: depuis quand et pourquoi les employés préposés à la perception des billets à l'entrée et à la sortie du pont du Havre (je crois que c'est là le nom qu'on lui donne) ne parlent-ils qu'une langue? Il est entendu, vous vous en doutez bien, que la seule langue qu'ils parlent est l'anglais.

Il est impossible de tirer de ces gens aucune information, à moins de se servir de la langue anglaise. Après avoir essayé en vain de nous faire comprendre en français, nous avons dû parler anglais; l'employé nous a cependant dit «merci» en français. Si c'est là ce que nos gouvernants entendent par un bilingue, il y a bien du chemin à faire. La Commission du Havre dépend du gouvernement fédéral, si je ne me trompe; j'ai déjà ouï dire, aussi, que deux langues étaient officielles au Canada et que l'on pouvait s'adresser aux services publics dans l'une ou l'autre de ces deux langues. N'est-ce pas une grande négligence de la part de l'élément français de laisser les choses se passer de cette manière? N'y aurait-il pas quelque chose à faire? Je m'adresse à votre journal, que je lis régulièrement, pour remédier, s'il est possible, à ce déplorable état de choses.

Bien à vous,

Jean d'ORVILLIERS

Pourquoi?

Montréal, 10 juillet 1933

Monsieur le Directeur,

Il y a trois semaines les journaux annonçaient que vendredi prochain aurait lieu au Stadium la première partie de balle au camp jouée à la lumière artificielle, à neuf heures le soir, et que l'on procédait à l'installation des lampadaires nécessaires pour obtenir ce résultat.

Or hier après-midi douze mille spectateurs pouvaient voir de leurs yeux durant la partie, une vingtaine d'ouvriers en train de creuser sur le terrain, des tranchées devant servir à l'installation du matériel.

Si les travaux étaient urgents, on eût pu les commencer plus tôt; dans le cas contraire pourquoi ce travail inutile et illégal du dimanche?

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

W. DESCHENES, notaire.

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10 juillet 1933 - Rockefeller a 94 ans

New-York, 10 (S.P.A.) - M. John D. Rockefeller a eu 94 ans hier. Il se propose d'atteindre l'âge de 100 ans, «et après cela, at-t-il dit, je commencerai vraiment à vivre». Sa fortune a un jour été évaluée à $2,000,000,000, mais cela a été plus tard nié et le total probable a été placé à moins de la moitié de cette somme. Ses comptables disent qu'il a donné publiquement depuis 20 ans environ $450,000,000. On ne peut pas établir de chiffre approximatif pour ses dons non publics.

***

14 juillet 1933 - Bloc-notes

Le scandale

Nous avons plus d'une fois signalé le scandale que cause, aux Franco-Américains particulièrement, le visage faussement anglais qu'affichent trop souvent certaines régions de notre province.

Les dernières constatations de M. l'abbé Albert Tessier, que nous avons citées ici même, suscitent ce commentaire de la Tribune de Woonsocket, dont nous avons plus d'une fois trouvé l'équivalent dans d'autres journaux franco-américains.

Il n'est pas nécessaire de faire des commentaires très longs. Ces chiffres ont leur éloquence. Les Franco-Américains qui retournent au Canada pour se retremper dans une atmosphère française ne sont pas les derniers à remarquer cette anomalie. Si les Canadiens savaient ce qu'il faut de luttes et d'efforts pour transmettre la langue française à nos enfants, ici, ils auraient plus de fierté et de générosité pour leur langue!

Et nous avons encore dans l'oreille l'accent avec lequel une jeune femme de la Louisiane que l'on promenait à travers Montréal, le soir de la Saint-Jean-Baptiste précisément, s'écriait: Mais il y a de l'anglais partout!

Quand nous déciderons-nous donc à nous montrer tels que nous sommes?

Le 14 juillet

Le 14 juillet rappelle un fait historique fort discutable. Mais il est devenu en même temps la fête officielle de la France.

Et c'est pourquoi, sans rien abandonner de leurs opinions historiques, de leurs vues générales sur la Révolution française, tous peuvent en ce jour souhaiter de tout coeur à la France le plus glorieux avenir.

Ces voeux, que tout homme pourrait exprimer, au simple titre d'homme, les Canadiens de langue et de sang français, les forment naturellement avec une ardeur et une vivacité particulières parce qu'ils sont, après tout, comme les Français de France, les héritiers de la vieille histoire de France, de la langue et des traditions françaises.

O. H.

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11 juillet 1933 - Et les politiciens

Les politiciens aiment l'argent; les Juifs en ont plein leurs poches. Les politiciens pensent à leurs élections; les Juifs forment un bloc solide qu'il fait bon avoir avec soi au jour du scrutin. Une fois de plus on a grimpé sur les épaules de Baptiste pour flatter les Juifs. Le 5 avril dernier, nos politiciens ont fait cause commune avec les rabbins de Montréal pour protester contre Hitler au nom de Baptiste s.v.p. qui, entre nous, se fiche pas mal du sort des Juifs allemands. Baptiste a rouspété. Une grande assemblée s'est tenue au Gesù pour dire aux politiciens ce qu'il en pensait. Les Jeune-Canada y ont prononcé de solides discours pour montrer que le mouton canadien-français était encore l'éternel tondu. Ces discours ont été publiés sous forme de brochure, et tous ceux qui en désirent, peuvent se les procurer à la librairie du Devoir, pour le prix de 10 sous l'unité, 3 pour 25s, $7.00 le cent.


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