Une mairie d'arrondissement en milieu humide ?
Mots clés : mairie d'arrondissement, Vision Montréal, milieu humide, Municipalité, Montréal
Un boisé serait amputé du quart de sa superficie pour y construire le bâtiment municipal à Rivière-des-Prairies
Si le projet que caresse l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT) de construire un bâtiment abritant une maison de la culture et la mairie d'arrondissement se réalise, près de 25 000 mètres carrés d'un boisé touffu, comprenant un milieu humide, seront sacrifiés dans l'est de Montréal.Le parc René-Masson est situé dans le quadrilatère formé du boulevard Gouin (qui longe la rivière) au nord, de la 48e avenue à l'est, du boulevard Perras au sud et du boulevard Rodolphe-Forget à l'ouest. Le nouveau bâtiment de 6600 m2, comprenant aussi une voie d'accès et un stationnement, viendrait compléter le pôle culturel, sportif et communautaire que l'arrondissement veut créer autour de l'école secondaire Jean-Grou, de la bibliothèque de RDP, d'un aréna, d'une maison des jeunes et d'un centre aquatique.
Actuellement, RDP-PAT ne dispose pas d'un bureau d'arrondissement unifié. Les élus travaillent dans deux bâtiments séparés, l'un à RDP, l'autre à PAT. La maison de la culture de RDP n'a pas non plus de lieu de résidence. En plus de régler ces inconvénients, ce projet serait aussi, selon l'arrondissement, l'occasion de «revaloriser» le parc René-Masson.
À l'heure actuelle, ce parc est en réalité un boisé dense et peu aménagé. Quelques sentiers informels le serpentent, mais l'ensemble respire encore la nature «sauvage». Des quenouilles sont visibles, de multiples papillons et oiseaux aussi. On y trouve des frênes de Pennsylvanie, des peupliers deltoïdes et des érables argentés.
Anciennement cultivé, le site a subi plusieurs transformations au fil des ans. Les remblais successifs ont modifié le nivellement et le drainage du lieu, ce qui fait que la partie la plus basse est désormais considérée comme un milieu humide.
Dans la terminologie municipale, il s'agit toutefois d'un «lieu naturel à l'abandon, qui engendre une certaine insécurité» chez les résidants à proximité. La végétation rendrait ainsi «la circulation difficile», et le manque d'entretien laisse de «nombreux déchets» sur toute la superficie.
Fortement opposée à ce projet, la conseillère municipale de Vision Montréal, Suzanne Décarie, ne comprend pas la logique de l'arrondissement. «Le parc a besoin d'être revalorisé, c'est vrai. Mais ce n'est pas une raison pour en sacrifier une grande partie. Il y a certainement une meilleure approche que de mettre du béton.»
Elle rappelle que «ce site a été zoné pour qu'on le protège. Là, on défait ce qu'on a fait et on va le regretter dans 10 ou 15 ans. C'est comme si on se foutait complètement de l'environnement, malgré les discours qui disent le contraire», dénonce-t-elle.
À la section montréalaise du Conseil régional de l'environnement, la porte-parole Coralie Deny réitère que selon l'organisme, «les espaces verts ne doivent pas être considérés comme des espaces à développer. Il y a une tendance en ce sens, alors que les projets pourraient être faits ailleurs». Mme Deny juge que dans «l'Est particulièrement, on devrait être attentif à protéger l'intégralité des parcs».
L'arrondissement assure qu'il compensera les pertes infligées au milieu humide. Avant d'y toucher, RDP-PAT devra d'ailleurs obtenir un certificat d'autorisation du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP).
Au ministère, on indique que la demande déposée par l'arrondissement ne pourra être traitée avant que la Ville accepte le changement de zonage. Ensuite, environ 75 jours seront nécessaires pour l'étudier. «Règle générale, nous essayons d'éviter tout impact sur un milieu humide», affirme Jean Rivest, directeur régional de l'analyse et de l'expertise.
Dans un document de présentation, l'arrondissement indique que «la principale compensation consiste à préserver [de tout développement] les terrains situés à la tête» d'une coulée adjacente, qui alimente l'écoterritoire de la trame verte de l'Est.
Le maire de l'arrondissement, Cosmo Maciocia -- aussi membre du comité exécutif de la Ville -- estime pour sa part que ce projet est «parfaitement harmonieux» et même carrément «fantastique». «L'arrondissement a besoin de ce bâtiment. Nous travaillons depuis plusieurs mois avec le MDDEP pour nous assurer de l'harmonisation du site et du respect des règles environnementales», affirme-t-il. «On ne prendra qu'une petite partie du parc.» Et pourquoi ne pas construire ailleurs? «C'est le meilleur endroit pour offrir des services centraux.»
Discorde
Au-delà de la décision d'implanter le bureau d'arrondissement au milieu d'un parc vert, la simple idée de construire un mini-hôtel de ville sème aussi la discorde au sein du conseil municipal de RDP-PAT.
Conseiller indépendant dans RDP-PAT, André Bélisle trouve louche l'empressement de l'arrondissement à régler ce dossier. En juin, il a d'ailleurs démissionné de son poste de président du Comité consultatif d'urbanisme (CCU) de l'arrondissement parce qu'il s'opposait à ce que les élus soient obligés de voter sur ce projet avant d'en connaître tous les détails. Le projet avait été présenté aux élus quelques jours auparavant. M. Bélisle dénonce aussi le fait que les séances d'information prévues pour le public se tiennent en pleines vacances (la prochaine est dans deux semaines).
«Le maire Tremblay dit toujours que nous n'avons pas d'argent; il me semble qu'il y a des urgences et des priorités plus importantes que de bâtir devant la rivière un gros bureau pour M. Maciocia et son équipe», dénonce-t-il.
Selon M. Maciocia, le projet a une valeur de 18,4 millions: 9,2 pour la maison de la culture (il manque un million pour compléter ce montage financier) et la même somme pour le bureau d'arrondissement. Le maire indique que ce bureau se paiera de lui-même. En ce moment, l'arrondissement paie environ 700 000$ par année en frais de location, argent qui sera redirigé vers la construction du bâtiment (qui appartiendra à l'arrondissement). «Les citoyens ne paieront pas un sou de plus qu'actuellement», promet M. Maciocia.
En juin, la firme Dessau-Soprin avait obtenu le contrat de construction du projet (contrat d'une valeur totale de 22,1 millions), mais l'arrondissement avait annulé à la dernière minute le vote du conseil devant entériner le choix de la firme. Un problème d'approbation du montage financier avait forcé ce report.
L'adoption du règlement modifiant le plan d'urbanisme de la Ville doit être débattue par le conseil municipal le 27 août.
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