La rupture
Mots clés : leaders islamistes, Mosquée rouge, Violence, Religion, Pakistan (pays)
L'assaut mené par l'armée pakistanaise contre la Mosquée rouge est le signe avant-coureur d'un divorce. D'une séparation probable entre l'oligarchie militaire, qui domine dans les faits le pays depuis la partition de l'Inde en 1947, et ses alliés de toujours: les leaders islamistes. Un chapitre est clos, un autre s'amorce qui s'annonce sanglant.
C'est là que le corpus idéologique des talibans s'est forgé. C'est par là également que transitaient encore récemment les djihadistes décidés à combattre en Afghanistan. C'est là aussi qu'a été planifiée l'expansion du réseau des madrassas, les écoles coraniques, à travers le pays. C'est là enfin qu'allaient prier les membres du... gratin politique et militaire du Pakistan!
À l'origine de l'assaut des derniers jours, il y a une décision municipale prise en janvier dernier. De quoi s'agit-il? Les autorités concernées, voulant récupérer les terrains sur lesquels les responsables de la Mosquée rouge avaient édifié illégalement ses écoles, avaient ordonné leur destruction. Ces derniers ont refusé, voire se sont obstinés parce que certains que les alliances nouées au sein de l'appareil d'État feraient pression pour que l'arrêt soit renversé. Et là, nous touchons au coeur du sujet, soit cette association, cette connivence de toujours entre religieux et militaires.
Dans une récente livraison de Current History, Husain Haqqani, directeur du Center for International Relations de l'Université de Boston, souligne que, dès la naissance du Pakistan en 1947, les dirigeants s'employèrent à instrumentaliser l'islam afin d'atteindre deux objectifs. Le premier? Cimenter les factions ethniques et linguistiques à coups de versets coraniques. Le deuxième? Entretenir la ferveur religieuse pour mieux alimenter la composante par excellence de l'idéologie de l'État pakistanais, soit la haine et la peur de l'Inde.
Évidemment, cet usage aussi constant que forcené d'une fiction religieuse, parmi d'autres, a eu son lot de conséquences tangibles, observables. Ainsi que le détaille l'universitaire américain, au cours des soixante dernières années, les gradés, les généraux, ont capté l'essentiel du budget de l'État afin d'égaler l'effort militaire constaté en Inde. Ces derniers temps plus que jamais car, l'ennemi héréditaire ayant réussi, lui, à hisser le pays au deuxième rang pour ce qui est de la croissance du PIB depuis au moins dix ans, il est en mesure de dépenser bien davantage qu'auparavant.
Qui plus est, ce rapt des finances de l'État par les militaires a eu des effets aussi néfastes que durables. Le taux de chômage étant extrêmement élevé, on calcule que 51 % des Pakistanais vivent en dessous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté. Ce fiasco économique est largement attribuable à l'indifférence aussi criminelle qu'imbécile que l'élite manifeste encore et toujours en matière d'éducation. En maintenant le budget du ministère concerné à 2 % du PIB depuis 1947, alors que la proportion de personnes sachant lire et écrire était de 16 % seulement, le Pakistan compte aujourd'hui 65 % d'analphabètes. En Inde, la situation a été totalement renversée avec les résultats que l'on sait sur le front économique.
Cette déliquescence voulue de l'État a été largement entretenue par les satrapes de la religion. On ne doit jamais oublier que les militants du courant déobandi se distinguent notamment par ceci: le refus du progrès, de la modernité. Ils sont les héritiers directs de ces fous de Dieu qui interdirent l'usage de l'invention de Gutenberg pendant trois siècles parce que le premier livre imprimé s'appelait la Bible.
En ordonnant l'attaque contre la Mosquée rouge, le président Pervez Moucharraf vient de signaler une rupture avec les fondamentalistes. Vu l'évolution du contexte, il faut s'attendre à un bain de sang. Si le premier dispose de chars, de jeeps et d'autres quincailleries, les deuxièmes peuvent compter sur des millions de pauvres et d'illettrés facilement manipulables. Et tout cela parce que, lors du baptême de cette nation, on a gommé tout ce qui ressemblait de près ou de loin à la... raison.
Vos réactions
Fallacieux intégrismes - par André Loiseau (andreloiselet@videotron.ca)
Le vendredi 13 juillet 2007 00:00
Fallacieux intégrismes - par André Loiseau (andreloiselet@videotron.ca)
Le vendredi 13 juillet 2007 00:00
Pas simple, la réalité! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le jeudi 12 juillet 2007 15:00
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Le jeudi 12 juillet 2007 14:00
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Le jeudi 12 juillet 2007 08:00
BRAS DE FER PAKISTANAIS - par Gilles Bousquet
Le jeudi 12 juillet 2007 08:00

