Les immigrés, nouvel eldorado des médias espagnols
Mots clés : information, langue, presse gratuite, Immigration, Média, Espagne (pays)
Madrid -- La population immigrée en Espagne, qui a explosé ces dernières années, est devenue une cible de choix dans le monde des médias, qui multiplie les magazines, revues, journaux et programmes spécifiques pour les 4,5 millions d'étrangers vivant légalement dans le pays.
Les immigrés «n'achètent pas les journaux comme El Mundo ou El País, parce que cela a un coût et ils lisent ce qui leur tombe sous la main à l'entrée du métro», à savoir les journaux gratuits, explique à l'AFP le directeur d'El Nuevo Ciudadano, un quotidien spécifiquement consacré aux étrangers.
Ce journal d'une vingtaine de pages a été lancé début juin sur la base de la gratuité avec une distribution concentrée sur Madrid, principalement à l'entrée des métros dans les zones à forte population immigrée.
El Nuevo Ciudadano, qui tire à 40 000 exemplaire par jour, est à ce jour le seul quotidien pour étrangers en Espagne, alors que toutes les autres publications sont hebdomadaires, mensuelles ou bimensuelles, souligne son directeur, Omar Macedo.
«Nous consacrons la majeure partie de nos informations aux communautés majoritaires en Espagne: les Marocains, les Roumains et, bien sûr, les Latino-Américains», explique M. Macedo.
Sur les 4483 millions d'immigrés recensés en Espagne au 1er janvier 2007, les Marocains arrivaient en tête avec un total de 576 344 (12,86 % de la population immigrée totale), devant les Roumains (524 995, 11,71 %), tandis que la population latino-américaine représentait au total 34,18 % des étrangers, avec en premier lieu les Équatoriens (421 384, ou 9,4 %).
El Nuevo Ciudadano est publié en langue espagnole à l'image de toutes les publications destinées aux Latino-Américains, à commencer par le doyen de ce type de publications, le mensuel Ocio Latino, fondé il y a 12 ans.
À l'origine, Ocio Latino était un magazine payant, mais la concurrence de plus en plus échevelée des «gratuits» pour immigrés l'a obligé à se convertir lui aussi en publication non payante.
Il en est allé de même pour le premier journal destiné à la population roumaine, Noi in Spania. Cet hebdomadaire en langue roumaine, qui tire à 20 000 exemplaires, était payant à son origine en novembre 2005.
Il a été décidé de passer à une formule gratuite, ce qui a permis d'augmenter le tirage et d'attirer les annonceurs -- banques actives dans les transferts d'argent, sociétés de télécoms, compagnies aériennes --, explique une de ses journalistes, Ana Maria Cornila.
«Nous traitons des problèmes des Roumains, de leur intégration. Il y a des nouvelles de la Roumanie, de l'Espagne et du monde, mais d'abord des informations utiles pour mieux s'intégrer: travail, logement et démarches administratives», explique la journaliste.
Les médias audiovisuels suivent le pas
Les grands médias audiovisuels espagnols ont compris l'importance de ce marché et commencent à consacrer une partie de leur programmation à ces travailleurs venus profiter du boom économique espagnol.
Ainsi, la grande chaîne de radio privée, Cadena Ser, a lancé en avril un programme hebdomadaire d'une demi-heure d'information sur l'Amérique latine.
«Il y a plus d'un million d'immigrants latino-américains en Espagne, il est logique de donner à cet auditoire des informations», explique Juan de Dios Rodriguez Pariente, responsable de communication pour cette radio du groupe Prisa.
Le quotidien sportif Marca a suivi le pas en éditant un supplément Futbol Mundial destiné aux supporteurs non espagnols, où les équipes latino-américaines, africaines et d'Europe de l'Est ont la part belle.
Agence France-Presse

