Feu vert au projet Rabaska
Mots clés : gaz à effet de serre, ports méthaniers, projet Rabaska, Changements climatiques, Québec (province)
Le rapport du BAPE et de l'ACEE est accueilli avec consternation chez les opposants au projet de port méthanier
Le Québec risque d'avoir d'ici quelques années non pas un mais bien deux ports méthaniers susceptibles d'alourdir son bilan d'émissions de gaz à effet de serre (GES).Le rapport de cette deuxième évaluation fédérale-provinciale a été rendu public tard hier après-midi. Il est signé conjointement par des commissaires relevant du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale (ACEE). Ceux-ci concluent que «le projet n'est pas susceptible d'entraîner d'effets environnementaux négatifs importants».
Accueilli avec enthousiasme par les promoteurs du projet, ce rapport reprend l'essentiel de leur argumentaire et la justification qu'on retrouve dans l'analyse faite du projet de Gros-Cacouna par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP). Les commissaires Samak, Waaud et Paré ont par ailleurs récusé à peu près toutes les objections des groupes de citoyens et d'écologistes.
On y précise d'entrée de jeu que les réserves de l'Ouest canadien, auxquelles le Québec a maintenant accès par pipeline, «sont en déclin et susceptibles d'être épuisées d'ici neuf à dix ans». En ce sens, l'apport d'un deuxième port méthanier «aurait» pour effet de renforcer la sécurité énergétique du Québec, de réduire les prix de ce combustible et de faire gagner beaucoup d'argent au milieu des affaires régional.
Toutefois, conviennent les commissaires, ce «projet contribuerait à hausser le bilan d'émissions de gaz carbonique du Québec» et, partant, ses émissions de GES.
Reprenant par contre la logique du rapport de Gros-Cacouna et du MDDEP, ils conviennent «qu'il n'y a pas de contradiction entre cette éventualité» et le plan québécois censé permettre d'atteindre les objectifs de Kyoto. En effet, écrivent-ils, le gaz étant moins cher, il pourrait y avoir remplacement de combustibles plus riches en GES comme le charbon et le pétrole par du gaz naturel, ce qui pourrait réduire les émissions globales. Les redevances sur les hydrocarbures, prévues dans le plan québécois de réduction des GES, «pourraient» renforcer la «possibilité» d'une telle substitution, affirment-ils.
Fort prudents, les commissaires ne disent pas s'il y a plus de risques que le projet provoque une augmentation plutôt qu'une réduction des émissions québécoises de GES. Ils ne soufflent pas mot non plus sur le fait que le Québec risque de se retrouver avec non pas un mais deux ports méthaniers, pas plus qu'ils ne parlent des impacts de cette éventuelle situation sur le bilan québécois.
Deux enjeux
Pour les deux commissions d'évaluation, deux enjeux ressortent du projet Rabaska: les «risques» liés aux manoeuvres et aux opérations de déchargement et de stockage ainsi que l'intégration des lourds équipements portuaires dans la région de Lévis.
En matière de sécurité, pas de problème, affirment-ils, du moins pas dans l'évaluation des risques, qu'ils disent conformes aux «pratiques courantes» et aux règles de l'art. Conclusion: les risques «paraissent» acceptables. Mais les plans d'urgence qu'il faudra adopter devraient quand même hausser la norme de rayonnement thermique qui guide leur élaboration, ce qui devrait favoriser un plan d'urgence plus étendu.
Par ailleurs, la commission estime que le projet est conforme au zonage de Lévis, ce que les citoyens contestent en Cour supérieure. Mais elle convient que le projet «s'écarterait» des usages actuels du secteur de Ville-Guay, voisin du futur port méthanier. La commission conjointe reconnaît que le zonage d'une partie du secteur l'a confirmé dans une vocation agricole prioritaire. Mais qu'à cela ne tienne: on demandera à la Commission de protection du territoire agricole de dézoner le tout au profit d'une nouvelle vocation industrielle.
Une des rares concessions substantielles faites aux doléances des citoyens dans ce rapport porte sur le constat selon lequel «les installations portuaires ainsi que l'aménagement de la route d'accès à la jetée dans la falaise altéreraient la qualité paysagère de la côte de Beaumont».
«Si» le projet est autorisé dans le format proposé, estime cette commission dont les conclusions sont libellées au conditionnel presque partout, le promoteur devra «prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la meilleur intégration possible de ses installations portuaires et riveraines dans le paysage». Mais le rapport ne précise ni les conditions ni les principes d'une intégration réussie.
Le rapport est cependant plus précis en ce qui a trait au bruit résultant des travaux. Ces bruits, estiment les commissaires, vont sans doute «entraîner un dépassement des critères» du ministère. Mais tout est sous contrôle parce que le promoteur va offrir «des compensations financières pour le déménagement» des citoyens ainsi chassés de leur milieu, mais de façon temporaire.
Les voisins du quartier adjacent au port, précise le document, pourraient quant à eux subir des émissions de dioxyde de soufre (SO2), un gaz acide dont les concentrations pourraient se retrouver tout près de la norme maximale autorisée parce que les diesels des méthaniers fonctionnent à l'huile lourde et non pas au merveilleux combustible propre qu'ils transportent. Toutefois, souhaitent les commissaires, les dépassements des normes «devraient» être corrigés, du moins «à la satisfaction du ministère».
Il y a cependant un point sur lequel les commissaires font preuve d'une grande fermeté: «Il faut éviter à tout prix, écrivent-ils, tout empiétement sur la tourbière dans la zone prévue des installations terrestres même si cela avait pour effet de réduire l'atténuation des impacts visuels de ces installations.» Cependant, si Québec autorisait le promoteur à détruire une partie du précieux écosystème, ajoute la commission conjointe en ouvrant la porte à cette éventualité, les «pertes» devraient être compensées conformément aux lignes directrices du MDDEP, lesquelles sont sensiblement moins sévères que les règles fédérales en la matière.
Consternation et joie
Le rapport a été accueilli avec consternation chez les opposants et avec joie par les gens favorables au projet.
«C'est une grande déception pour nous quand on pense à la qualité du travail qui a été présenté au BAPE», a déclaré Jacques Levasseur, de l'Association pour la protection de l'environnement de Lévis. «Les commissaires se contentent de rapporter ce qu'on leur a dit mais font peu de commentaires. Ils reconnaissent que ça va changer le visage de la côte de Beaumont, puis après, ils disent se fier au promoteur pour tout arranger ça. Ça ne veut rien dire.»
M. Levasseur, un médecin, n'est guère plus rassuré par les sections du rapport qui concernent la pollution sonore. «Ils disent qu'il va y avoir des problèmes de santé causés par le bruit mais que ce n'est pas si grave parce que le promoteur va offrir des compensations pour déplacer les gens! Je viens de parler à un résidant du secteur qui a cinq enfants. Est-ce que ça veut dire que lui et sa famille vont devoir déménager pendant trois ans?» Les trois principaux groupes d'opposants, le GIRAM de Lévis, Rabat-Joie de Beaumont et l'APPEL, devaient se réunir plus tard en soirée pour élaborer une réponse conjointe à la décision du BAPE.
Du côté des promoteurs, on parlait hier d'un «moment historique» et «d'un grand jour».
«Le rapport [...] appuie entièrement la réalisation de notre projet à Lévis. Jamais un projet n'a reçu un rapport aussi positif, malgré la controverse qu'il a pu sembler soulever», a déclaré le directeur du projet, Glenn Kelly, lors d'un point de presse à Lévis.
«Le président Qussaï Samak et les commissaires Philippe Waaub et Jean Paré ont confirmé ce que nous avançons depuis 2004: le projet Rabaska sera sécuritaire, il est justifié, il aura des effets minimaux sur l'environnement ainsi que de véritables retombées économiques, il a sa place sur le territoire lévisien, en plus de cadrer dans la politique énergétique du Québec.» Le promoteur laissait aussi entendre qu'il entend respecter les divers ajustements au projet réclamés par le BAPE. «Nous sommes plus qu'ouverts à mettre en oeuvre ce qu'elle [la commission] nous encourage à réaliser afin d'améliorer le projet. Aucune recommandation ne pose problème. Ce rapport est définitivement positif pour Rabaska, et prétendre le contraire serait malhonnête», a dit estimer le promoteur.
Vos réactions
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Le vendredi 06 juillet 2007 21:00
TROP TÔT HÉLAS, IL SERA DÉJÀ TROP TARD. - par Gerry Pagé
Le vendredi 06 juillet 2007 21:00
Et pendant ce temps ailleurs... - par Michel Auger
Le vendredi 06 juillet 2007 18:00
Quelle honte - par Marianne Girard
Le vendredi 06 juillet 2007 18:00
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Le vendredi 06 juillet 2007 15:00
Pourquoi pas les 2 à Cacouna? - par Raymond Saint-Arnaud
Le vendredi 06 juillet 2007 13:00
Sylvie - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le vendredi 06 juillet 2007 12:00
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