Toc Toc au Festival Juste pour rire - Six personnages en quête de guérison
Mots clés : troubles obsessionnels compulsifs, Festival Juste pour rire, Toc Toc, Théâtre, Montréal
Ils sont six et ils sont franchement fêlés. Une preuve? Vincent, chauffeur de taxi, est capable, «vite de même», de calculer la hauteur d'un bâtiment grâce au nombre de marches d'escalier qu'il a dû gravir. Blanche voit des bactéries partout qui l'obligent à se laver les mains toutes les trois minutes. Marie, elle, capote sur le seuil de sa maison à cause de ses robinets, qu'elle craint d'avoir laissés ouverts. Bob refuse maladivement de marcher sur les lignes dans la rue ou sur les planchers. Fred insulte les autres sans le vouloir et Lili a la fatigante, très fatigante manie de tout, tout répéter deux fois.
Poireautage insoutenable pour un groupe de dingos, on s'en doute, ce huis clos est également le terrain de jeux que s'est construit l'humoriste français Laurent Baffie -- le fou du roi comique, mordant et incisif (lui!) du Tout le monde en parle de son pays -- pour servir une fois de plus sur les planches sa douce folie et son penchant obsessif pour les obscénités. Et l'adaptation québécoise de son Toc Toc, signée Jean-Philippe Pearson et présentée jusqu'au 21 juillet au Monument-National dans le cadre du festival Juste pour Rire (FJPR), qui prend de l'avance sur son envol officiel de la semaine prochaine, rend parfaitement justice à l'original.
Dans cet univers déjanté, Marcel Leboeuf, l'arithmomaniaque, y excelle dans sa personnification du beauf mal dégrossi qui fait danser les chiffres et les calculs dans sa tête et qui prend un malin plaisir à faire grimper dans les rideaux Marie (Élisabeth Chouvalidzé), atteinte d'un TOC de vérification -- «Où sont mes clefs?», «Ai-je fermé mes ronds de poêle?» -- et d'une pruderie tout aussi maladive. Le manège se déroule sous le regard agité de Lili (efficace Émilie Bibeau), dont les idées, les commentaires et les craintes s'expriment toujours, toujours en double, ainsi que sous la volée d'insanités hautement vulgaires lancées à la sauvette par un Edgar Fruitier exposant avec gêne son syndrome de Gilles de la Tourette.
Sans prétention et sans profondeur, cette réunion d'azimutés sympathiques, dont font partie Pascale Montpetit, folle du microbe, Olivier Morin, symétrique linéaphobe, et Amélie Dallaire, assistante non convaincante, finit toutefois par se perdre, avant de se retrouver, dans cette aventure loufoque au coeur des travers humains et de l'aliénation.
Tout cela en respectant le contour de l'espace défini par Baffie, la gentillesse de l'humour de théâtre de boulevard parisien où cette création a vu le jour l'automne dernier et la légèreté de l'ensemble qui fait de Toc Toc une pièce estivale divertissante quand on la prend pour ce qu'elle est. Puisqu'elle n'a finalement rien d'autre à offrir.
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