Opinion

Lettres: L'échangeur Turcot, une tragédie gréco-québécoise?

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Raul de Almeida, Pierrefonds, le 28 juin 2007

Édition du mardi 03 juillet 2007

Mots clés : Échangeur Turcot, Construction, Grèce (pays), Montréal

Je viens de me payer un bon périple à travers l'Europe. Partout des constructions et des monuments d'une ancienneté telle que la date s'est perdue dans la mémoire des hommes. Des monolithes pesant des tonnes, transportés sur des kilomètres, élevés à la force de bras à l'aide de cordes de chanvre, sont toujours là pour nous rappeler le «génie humain ancien».

Des temples dont les voûtes culminent à plus de 70 m de hauteur, sur lesquels s'ajoutent des aiguilles vertigineuses surmontées, comme par magie, d'une croix ouvragée ou d'une rose des vents finement ciselée. Des arches défiant au plus haut point la gravité, à une échelle qui est une interrogation pour la «technique» et une admiration perpétuelle pour l'Homme moderne.

Il faut se remémorer qu'une grande partie de ces constructions sont faites sans clous et, a fortiori, sans vis. Des chevilles en bois, quelques cintres de fer plombé et du «génie» ont suffi pour les garder debout. Pas d'acier, pas de béton, pas de poutres en précontraint, pas de calculs d'ordinateur, mais surtout une grande intuition de pérennité!

Quelle est alors ma surprise en rentrant au Québec d'entendre -- comme un coup de poing sur la gueule -- la voix supérieure du ministère des Transports du Québec nous affirmer (et tenter de nous faire croire) qu'un échangeur est arrivé au terme de sa durée de vie en à peine 40 ans! Est-il fait dans du mauvais «carton» ou est-ce une «sculpture de sable»?

À quoi servent les universités et les instituts de haute technologie qui forment la distinguée batterie d'ingénieurs du ministère, pour que le bilan soit si peu reluisant, si onéreux et surtout si dérangeant pour les usagers? Après tout, 10 à 15 ans de travaux (entre 3650 et 5475 jours, pour quelqu'un qui travaille), ce n'est pas une panacée furtive!

Je ne crois pas à la période de vie annoncée. Je crois que le vrai problème vient du manque chronique d'entretien préventif de tous les ouvrages publics québécois. Un béton exposé aux rigueurs de notre hiver, avec le sel, le calcium et les abrasifs, est rapidement condamné sans une protection (peinture) appropriée et renouvelée au besoin!

Pour éviter que se perpétuent ces problèmes, il ne suffira pas d'éliminer l'échangeur: il faudra aussi apprendre à «entretenir ce qui existe», et avoir la volonté de le faire à temps! Espérons.


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