Rickie Lee Jones au Spectrum - Jésus en goguette à Coolsville
Mots clés : Rickie Lee Jones, Spectacle, Musique, Montréal
Question: combien de chansons immédiatement reconnaissables une artiste culte programmée le vendredi soir entre 18h et 20h dans la salle mythique d'un grand festival de jazz doit-il à des fans qui ont écouté mille millions de fois tous ses albums mais pas nécessairement encore le plus récent? Réponse: aucune. Un artiste ne doit rien à personne, et tout à son art. À plus forte raison quand on est Rickie Lee Jones et que l'idée même de chansons incontournables fait rigoler en toussottant. On est la Duchess Of Coolsville où on ne l'est pas.
Remarquez, pour qui n'avait pas préalablement lu les textes des chansons ou The Words, le livre de Lee Cantelon qui a inspiré l'album, la thématique demeurait nébuleuse. Surtout que Rickie Lee Jones articule peu, étirant les syllabes jusqu'à les miauler (magnifiquement). D'autant que le Cantelon en question officiait à la guitare d'appoint, la martelant comme s'il voulait enterrer ses propres mots.
Alors quoi? Alors il y avait des crescendos formidables et des solos à rallonge et du rock de garage, et la Duchess Of Coolsville régnait sur ses arpèges. Et le public applaudissait ce parti-pris de pertinence au présent. Mais c'est humain, le même public aurait pris un peu plus que les deux ou trois belles anciennes prévues au programme, même s'il y avait dans le lot The Last Chance Texaco, bijou des débuts. Surtout au rappel, quand la chère déglinguée s'est finalement installée au piano, après avoir dit merci aux gens d'avoir été aussi «willing» (et leur avoir chanté la superbe Willin' de Lowell George, belle oubliée des années 70), on s'est sentis un peu floués. Pourquoi une seule chanson au piano? Avoir ajouté A Lucky Guy aurait suffi. Ou Pirates. On ne lui demandait même pas Chuck E's In Love, son seul et unique succès de palmarès. Rien qu'un peu de considération de la part de l'artiste.
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