Troublant diagnostic

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Odile Tremblay
Édition du samedi 30 juin et du dimanche 01 juillet 2007

Mots clés : Sicko, Michael Moore, Cinéma, États-Unis (pays)

Michael Moore dans Sicko

Le bon côté de Michael Moore, c'est qu'il choisit bien ses cibles, tire dessus avec un bazooka et produit énormément de dommages chez ses adversaires. Son fan club (immense) et la foule de ses détracteurs courent voir ses brûlots. Il compte l'efficacité, la hardiesse et la force de frappe au nombre de ses qualités. Le documentariste de Fahrenheit 9/11, palmé d'or à Cannes, oscarisé à Hollywood, mégastar et porte-étendard de la gauche américaine, les a mises à contribution dans son dernier film, Sicko, qui aborde le système de santé américain. Il s'est servi également de sa mauvaise foi, de ses techniques d'enquête douteuses, de ses montages à l'emporte-pièce, de tout ce qui le discrédite, même aux yeux de ceux qui approuvent ses thèses de départ. «Un grand cinéaste de fiction, ce Michael Moore», lançait avec ironie à Cannes un critique français. Oui, mais pas uniquement! Il cogne aussi sur les bons clous. Son cas n'est pas simple à diagnostiquer, puisque diagnostic, il y a.

Le système de santé américain est malade, dit et prouve le trublion dans Sicko. Faute d'un régime de protection public, les abus des laboratoires et des compagnies d'assurances sont énormes et scandaleux. Moore fait témoigner des victimes du système, pauvres diables qui ont été bernés, jamais dédommagés, et dont les proches sont parfois morts faute d'avoir reçu des soins adéquats pour lesquels ils avaient payé des cotisations durant toute leur vie. Certains gros bonnets de la «machine», révoltés, tempêtent aussi, démontrant que les compagnies s'enrichissent en semant des embûches sournoises sur le parcours du malade.

Juste cause, oui, oui, oui. Le système de santé américain, aux mains d'intérêts privés, sert vraiment mal ceux des patients.

Sauf qu'aucune voix n'est conviée pour contredire la thèse de Moore. Jamais. À aucun moment. Quant aux glandes lacrymales des patients, elles sont des fontaines qui inondent la pellicule. Dieu qu'ils pleurent!

Les parties les plus irritantes de ce documentaire sont les déambulations de Moore hors des États-Unis en quête de systèmes de santé efficaces. Son périple l'entraîne au Canada (où il assure que les patients n'attendent pas plus que vingt minutes aux urgences de nos hôpitaux!), mais aussi en Grande-Bretagne, en France et à Cuba. La France est décrite comme un Éden. Elle a vraiment un bon système, mais Moore sème toujours le sourire chez les citoyens des pays visés. Sans doute mise-t-il chez lui sur la méconnaissance d'un grand nombre d'Américains quant aux modes de vie étrangers. Suffit en somme d'être Canadien, Français, Britannique ou Cubain pour crier à la supercherie. Il manipule l'information à sa guise.

La partie cubaine est particulièrement malhonnête. Sous couvert d'aller vérifier si les prisonniers de Guantánamo sont mieux soignés que certains secouristes du World Trade Center abandonnés à leur sort, il entraîne des patients américains se faire soigner à Cuba. Reçus dans les meilleurs hôpitaux, traités aux petits oignons, les malades recouvrent la santé à La Havane. Ceux qui connaissent un peu Cuba savent bien qu'il existe là-bas d'excellents médecins mais que les médicaments et les appareils y manquent cruellement . La terre promise a bien des problèmes... à commencer par le salaire des médecins cubains.

Mais à bas les nuances! Autre profond sujet d'exaspération: ce «cadeau» qu'offre Michael Moore à son plus féroce détracteur sur blogue, qui manque d'argent pour faire soigner son épouse. Le documentariste lui signe un gros chèque, en restant anonyme, s'attendrit un moment sur sa grande âme... Tout en révélant le pot aux roses dans le film. Ce chèque était une vengeance déguisée en bonne action, mais le documentariste demeure drapé dans la vertu...

Il est possible que Sicko réussisse à ébranler la mécanique du système de santé américain (et ce serait tant mieux). Mais ne pas contester les méthodes douteuses du documentariste à gros sabots serait faire preuve d'une naïveté sans nom.

***

Sicko

Réalisation et scénario: Michael Moore. Montage: Dan Sweitlik et Geoffrey Richman. Documentaire. 2 heures.


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moore-encore - par yves archambault
Le dimanche 01 juillet 2007 13:00

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