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Paul Cauchon
Édition du samedi 30 juin et du dimanche 01 juillet 2007

Mots clés : FIJM, Alain Simard, Miles Davis, Culture, Média, Montréal

Selon Alain Simard, le FIJM ne peut que passer à Internet...

Alain Simard

Photo: Jacques Grenier

Il y a 25 ans, le modèle inspirant était le Festival de jazz de Montreux, qui se faisait connaître partout dans le monde grâce à ses émissions. «C'était un peu le modèle qu'on voulait suivre, explique Alain Simard, le grand patron du Festival international de jazz de Montréal et de l'Équipe Spectra. Mais 25 ans plus tard, on se pose des questions sur la vente des émissions de télé.»

Résultat de ces interrogations:
le FIJM planifie maintenant, pour son 30e anniversaire dans deux ans, de diffuser son catalogue d'émissions sur Internet, dans un site Web renouvelé, transactionnel, où l'on pourrait avoir accès à des vidéos et à des archives audiovisuelles.

Il est normal que le festival de jazz ait tout de suite songé à filmer des spectacles: Spectra filmait déjà des shows avant l'existence du festival. «La télévision a permis au festival d'exister les trois premières années, admet Alain Simard, parce que les subventions n'étaient pas assez élevées. Et si j'ai pu faire venir rapidement des gros noms comme Ella Fitzgerald ou Miles Davis, c'est parce qu'on enregistrait aussi les shows pour la télé payante, à l'époque First Choice.»

De plus, le festival avait toujours été à la fine pointe des techniques. «On enregistrait sur 48 pistes, ce qui était rare à l'époque, explique-t-il. Mais cela nous donne une grande qualité sur d'anciens shows. Nous avons été parmi les premiers à tourner en HD. À une époque, nous avons vendu beaucoup de «laser discs" de spectacles au Japon!».

Le parcours du combattant

Aujourd'hui, le catalogue du festival compte autour de 200 titres, des shows en tous genres et, évidemment, des documents exceptionnels, comme le célèbre spectacle d'Astor Piazzolla ou encore les premiers pas de Wynton Marsalis.

Les deux catalogues télévisuels de Montreux et de Montréal «représentent probablement l'anthologie la plus importante de jazz contemporain au monde», soutient Alain Simard, qui révèle que les deux festivals ont déjà envisagé de fusionner leurs catalogues. «Mais Warner a fait une offre à Montreux avec laquelle nous ne pouvions pas rivaliser.»

Mais aujourd'hui, y a-t-il un marché véritable pour la diffusion des émissions du festival dans le monde? Alain Simard est perplexe. «Ce qui nous permettait de le faire, c'était l'appui des télévisions publiques», dit-il, surtout Radio-Canada et CBC, mais «les télévisions publiques font maintenant moins de grandes émissions de variétés, de diffusion de spectacles».

Pourtant, on pourrait croire que le marché est en expansion, avec la multiplication des chaînes spécialisées dans le monde. «Oui, mais les chaînes spécialisées ne payent pas!», réplique-t-il.

L'enregistrement d'un spectacle est une sorte de parcours du combattant où il faut négocier avec tout le monde. «J'ai même quelques spectacles prêts à être vendus que je ne peux pas vendre parce que les droits demandés sont exorbitants», dit-il. Ce serait le cas, par exemple, d'un spectacle de Paul Anka où des chansons des Beatles sont interprétées.

Dans le public, la vente des émissions de télé est vue comme une vache à lait pour Spectra. Alain Simard soutient toutefois que la vente des émissions du festival de jazz représente maintenant «à peine 1 à 2 % du chiffre d'affaires de Spectra».

Avec le développement du DVD, n'y aurait-il pas ouverture d'un nouveau marché? Tout dépend de l'artiste, pourrait-on ajouter. «Un bon vendeur de disques de jazz, mettons Oliver Jones, ça peut représenter entre 7000 et 12 000 $CAN», explique Simon Fauteux, de Fusion III, le plus important distributeur de jazz chez nous. Dans ce contexte, le DVD d'un spectacle «est vu comme un supplément», ajoute-t-il.

Le DVD du dernier spectacle de Suzie Arioli s'est vendu à environ 5000 exemplaires, ajoute-t-il, mais ce serait exceptionnel. «Il faut dire qu'avec 30 000 à 35 000 CD, Suzie Arioli est vraiment une très grosse vendeuse», précise Simon Fauteux.

Chez Archambault rue Sainte-Catherine à Montréal, on trouve un nombre grandissant de DVD au rayon jazz. Spectacles récents mais également de fabuleux films d'archives, histoire d'admirer un Thelenious Monk en pleine action en 1966, par exemple. Les employés expliquent au Devoir que la matière audiovisuelle est de plus en plus riche pour les fans... mais ça reste un marché de fans, justement. Le marché général du DVD (cinéma, spectacles d'humour, émissions de télé) s'adresse davantage aux moins de 40 ans ou 50 ans, explique-t-on. Or le public fidèle du jazz est plutôt âgé de plus de 50 ans.

Pour Alain Simard, la solution consiste à monter de «très gros événements», dit-il, «des «blockbusters" qui peuvent assurer un rayonnement», des rencontres au sommet avec différents artistes, ou encore des anniversaires exceptionnels, dont la captation peut attirer les chaînes de télévision du monde. Le show du 25e anniversaire du festival avec le Cirque du Soleil en est un exemple éclatant, mais c'est un exercice coûteux: le spectacle a coûté 2,3 millions, dit-il.

Il reste que, pour le festival, «il est crucial de continuer à diffuser et à vendre des émissions, parce que ça permet de maintenir notre image à l'étranger», dit-il.

Quant au projet de nouveau site Web qui permettrait d'avoir accès à des documents audiovisuels, il s'inscrit dans les projets d'avenir du festival, qui rêve aussi de mettre en place sa «maison du jazz» pour son 30e anniversaire.


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