Alain Desrochers aux commandes de Nitro

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Odile Tremblay
Édition du samedi 30 juin et du dimanche 01 juillet 2007

Mots clés : Guillaume Lemay-Thivierge, Nitro, Alain Desrochers, Cinéma, Québec (province)

Le réalisateur Alain Desrochers en compagnie de Guillaume Lemay-Thivierge, qui tient le rôle principal dans Nitro.

Photo: Pedro Ruiz

Alain Desrochers avait réalisé en 2000 un premier long métrage assez délicieux, La Bouteille, fort bien accueilli par la critique, mais boudé par les spectateurs. Les Québécois n'étaient pas encore réconciliés avec leur septième art, à l'exception des Boys. «La Bouteille a souffert de l'époque qui l'a engendré.» L'expérience l'a laissé sur sa faim. Pas question de gonfler les rangs des artistes faméliques. Sa décision était prise: «J'avais envie de faire un film qui soit vu par des gens.» Entendez: par un tas de gens...

Une dénonciation

À la fin des années 90, quand commença à germer le projet de Nitro, les films d'action manquaient dans le paysage québécois. «J'avais le goût de faire un film d'action qui déménage à 400 milles à l'heure, dit-il, un film où les gars emmèneraient leurs blondes.» Un tas de cascades automobiles étaient au programme, ainsi qu'une histoire d'amour, de dévouement, afin de plaire aux spectateurs des deux sexes.

L'intrigue de Nitro est celle d'un homme au passé agité (Guillaume Lemay-Thivierge) qui renoue avec le milieu interlope et une ancienne flamme (Lucie Laurier) pour trouver un coeur (en employant la manière forte) à greffer à son épouse affligée d'une malformation cardiaque.

Nitro commence par des courses d'autos clandestines avec parieurs. Alain Desrochers avoue avoir tiré son inspiration des courses automobiles dans Rebel Without a Cause (La Fureur de vivre, 1956) de Nicholas Ray, avec James Dean et Nathalie Wood. Mais aussi dans Vanishing Point de Richard C. Sarafian (1970). «J'ai également été inspiré par Les Choses de la vie de Claude Sautet [1970], avec Michel Piccoli et Romy Schneider.»

«Lucie Laurier, ça faisait cinq ans que je désirais tourner avec elle. Elle est si sexy. Je voulais développer aussi son côté "one of the boys", en m'éloignant de ses zones fragiles. Elle joue une "tough", mais la vraie rédemption du film passera quand même par elle.»

Pour Guillaume Lemay-Thivierge, qui fut le monsieur Émile enfant du Matou avant d'enchaîner surtout des séries télés, les distributeurs n'approuvaient pas au début le choix d'Alain Desrochers, cherchant plutôt une grosse vedette masculine consacrée.

«Puis, j'avais imaginé un héros de dix ans plus âgé [Guillaume a trente ans], mais on a abaissé l'âge général et l'intrigue y gagnait. Il a été merveilleux, insistant pour exécuter la moitié de ses cascades.»

Alain Desrochers avait le goût de dénoncer par la bande les ratés du système de santé. Sauf que Denys Arcand préparait alors le scénario des Invasions barbares, sur un thème similaire...

«Avec mon scénariste Benoît Guichard, on a pris un temps d'arrêt, explique le cinéaste, histoire de découvrir de quoi parlait vraiment le film d'Arcand. On a alors un peu changé le cap de Nitro, qui aurait été probablement plus critique à l'égard des hôpitaux sans Les Invasions barbares. Notre film demeure toutefois une dénonciation du système hospitalier: les gens qui attendent huit ans pour avoir un rein, les médecins étrangers dont la compétence et les études ne sont pas reconnues chez nous. Le gros problème au Québec ne réside pas dans le manque de donneurs d'organes, mais dans les fonds insuffisants pour payer les médecins qui doivent prélever ces organes-là.»

Alain Desrochers et son scénariste se sont documentés auprès de spécialistes du domaine de la santé. «Tout ce qui est dit sur les lacunes du système est vrai.»

Au début de l'écriture du scénario, le milieu du crime organisé était dominé par les Hells Angels. «Mais après les arrestations massives dans leurs rangs, on a créé davantage un "agglomérat" du crime organisé, avec des gens venus de partout. Le portrait de groupe ne prétend pas vraiment refléter la réalité, d'ailleurs. Le spectateur embarque ou n'embarque pas... »

«Avec Nitro, je voulais explorer les hasards de la vie, mais aussi les clichés. J'adore les clichés, pour tout dire. Ils sont remplis de vérité.»

Au chapitre des clichés, l'ancienne amante et la nouvelle épouse du héros sont aux antipodes: d'un côté, la diablesse Morgane (Lucie Laurier); de l'autre, l'ange Alice (Myriam Tallard, une figure nouvelle, venue de la danse). «Même dans le traitement visuel, elles sont abordées différemment. Avec Alice, tout est blanc, immaculé; avec Morgane, c'est le noir qui domine.»

Le budget de Nitro est important pour le Québec (7,2 millions de dollars). «Ce sont les cascades, les autos, qui coûtaient cher. Pour l'accident final, j'avais besoin de cinq véhicules identiques. On retrouvait 125 techniciens sur l'équipe de tournage pour le T-Rex qui passe par-dessus la fourgonnette.»

Alain Desrochers se dit fier d'avoir réalisé un film d'action plein de bandits mais sans aucun coup de feu ni la moindre explosion. Il y a quand même une mort atroce, particulièrement tirée par les cheveux...

«J'ai mis des choses qui n'avaient pas de bon sens, il est vrai... »

Alain Desrochers se plaît à changer de style. Il avait fait en 1996 le désopilant moyen métrage L'Oreille de Joé, et aussi des courts métrages, les bandes annonces du Festival de Rouyn-Noranda et des séries télévisées, dont la première saison des Bougon. Son prochain film, Gerry, remontera le cours de la vie du chanteur Gerry Boulet, sur un scénario de Nathalie Petrowski. «Et ce sera totalement réaliste: un autre univers... »


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