L'alchimie sonore d'Amon Tobin

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Frédérique Doyon
Édition du vendredi 29 juin 2007

Mots clés : Supermodified, Festival international de jazz de Montréal, Amon Tobin, Spectacle, Musique, Montréal

Amon Tobin puise dans des répertoires aussi variés que le jazz, la samba, le drum'n'bass et l'électro des échantillons qu'il orchestre de façon totalement originale.

Avec son tout récent album, The Foley Room, le maître de l'échantillonnage Amon Tobin se tourne pour la première fois vers la création de ses propres spécimens musicaux. Pour un opus des plus réussis, moins infusé de jazz que ces précédents, qui fait néanmoins l'objet d'un spectacle au Festival international de jazz de Montréal (FIJM) dimanche, au Métropolis à 20h30.

«Mon amour du jazz reste très vivant, mais l'injection de jazz est moins importante parce que j'avais l'impression que ce style était saturé; tout le monde faisait de l'électro-jazz», confie-t-il en entrevue.

L'artiste d'origine brésilienne, installé au Québec depuis près de dix ans, nous a habitués à son alchimie sonore avec des albums comme Out From Out Where (2002), Supermodified (2000) ou Permutations (1998). Il puise dans des répertoires aussi variés que le jazz, la samba, le drum'n'bass et l'électro des échantillons qu'il orchestre de façon totalement originale, à mille lieues de leur contexte original.

«C'est ce que j'ai toujours fait: transformer les sons, tirer un élément musical de son contexte et voir ce qui se passe quand on le recontextualise, raconte-t-il. La musique a toujours été faite comme ça, mais l'échantillonnage amplifie ce processus.»

Cette fois, il a tenté de brouiller encore plus les pistes des sources sonores. Curieux d'en apprendre davantage sur la captation sonore et les étapes de l'enregistrement d'un album, Amon Tobin (avec l'aide de plusieurs amis musiciens et ingénieurs du son) s'est muni de micros et est parti à la chasse d'une multitude de fragments sonores, dont ceux liés à la mécanique même de la fabrication d'un CD.

Son penchant pour les sons organiques l'a mis à l'écoute du bourdonnement des insectes, des rugissements, croassements et couinements des animaux de zoo. En bon explorateur sonore, il a aussi puisé son matériel auprès de vrais musiciens en chair et en os, notamment ceux du Kronos Quartet, de Stefan Schneider, Sarah Pagé et Patrick Watson.

L'artiste, habitué au travail solo entre les quatre murs d'un studio, a largement bénéficié de ces riches collaborations humaines, plus difficilement réductibles à de simples échantillons.

«Les musiciens étaient si bourrés de talents et surqualifiés pour cette tâche [fournir un échantillon] qu'ils n'ont pas pu s'empêcher d'injecter leur propre personnalité et musicalité dans le projet», dit-il.

Sur scène, dans le cadre du FIJM, aucun lion ne rugira et aucun violon ne retentira. Se sachant piètre performeur, il détournera plutôt l'attention de la scène vers la salle grâce à un système de son environnant (Surround) pour une immersion musicale totale.

Si le processus de création de Foley Room appelle, pour le live, un remaniement des pièces, l'artiste tentera de rester au plus près de l'esprit de l'album afin de rendre hommage à ses collaborateurs, montréalais pour la plupart.

Mais Amon Tobinpromet quelques digressions. Si l'esprit du drum'n'bass reste au coeur de son oeuvre, il flirte avec le rock psychédélique et des éléments classiques comme Érik Satie. Des incartades qui promettent.


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