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Édition du vendredi 29 juin 2007

Mots clés : Disques, Musique, Québec (province)

Ils sont de plus en plus nombreux, ces musiciens montréalais imprégnés de musiques asiatiques qui recherchent le double langage pour rendre leurs créations accessibles aux oreilles occidentales.

Monde - JAI MA

Ragleela OMkar Records - SRI

C'est le cas ici. Après avoir lancé, en 2002, un premier album à l'enseigne d'une musique indienne métissée de sanza africaine et de didgeridoo australien, le groupe récidive en quintette avec l'ajout de nouveaux instruments, dont le violon lyrique de Marie-Soleil Bélanger et les percussions tous azimuts d'Éric Breton. Fortement inspirées des ragas, la majorité des compositions du sitariste multi-instrumentiste Uwe Newman permettent l'intégration d'éléments harmoniques conçus par le guitariste Jean-Marc Hébert, un corpus étranger à cet univers. Mais Hébert n'exagère pas, se contentant d'insérer quelques couleurs folk ou jazz. Alors que le didgeridoo fait le bourdon et que le nouveau percussionniste fait sautiller une musique reconnue pour sa profondeur mélodique, des invités, bansuri, hautbois ou violoncelle, à l'appui dans quelques pièces, préservent la densité. S'en dégage un mélange d'envoûtante délicatesse et de groove calme. Au FIJM, série Contact GM demain à 18h30.

Yves Bernard

***

Monde - CAL

Son de la Frontera, World Village - Fusion III

Les percussions et les claquements de mains lancent le compa, structure rythmique essentielle d'une musique qui a voyagé de l'Inde à l'Andalousie. Puis, le tres, instrument phare du son cubain, qui vient d'un autre monde avec ses trois paires de cordes, projette une mélodie rapide. Le son est suave, encore plus que celui de la guitare. Mais celle-ci apparaît et engage un dialogue avec le tres. Un chanteur dégaine une plainte déchirante. Les cordes s'en donnent à coeur joie. Nous sommes bel et bien dans le monde du flamenco. Mais c'est un flamenco nouvelle génération, pénétré des allers-retours transatlantiques, reflet d'une longue gestation entre deux peuples qui partagent une histoire commune. Rien à voir avec ces flamenquitos, petits flamencos réducteurs, superficiellement épicés selon le goût du jour. Son de la Frontera fait évoluer la tradition en la respectant strictement. Au menu: des bulerias festives plus légères et quelques dérives instrumentales autour du chant profond, interprétées avec de pénétrants silences et des compositions magnifiquement fluides. Un splendide album! Au FIJM avec Ojos de Brujo au Métropolis ce soir à 20h30.

Y. B.

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Électro - The Foley Room

Amon Tobin, Ninja Tune - Outside

Depuis ses débuts en 1997, la musique cinématique aux rythmes complexes du Brésilien Amon Tobin a toujours su surprendre son public québécois extrêmement fidèle. Installée à Montréal depuis quelques années, la grande vedette de l'étiquette Ninja Tune surprend encore une fois avec son nouvel opus, The Foley Room. Après la production d'une trame sonore pour un jeu vidéo en 2005 (Splinter Cell 3), Tobin s'est en effet lancé dans l'enregistrement de terrain («field recording»). Les influences drum'n'bass sont toujours présentes quoique loin de la lourdeur saccadée de certaines oeuvres de son répertoire. Une propension à l'échantillon de piano ou de harpe éthéré apporte ainsi une toute nouvelle dimension aux rythmiques syncopées propres à l'artiste. Les couches de sons hyper-texturées, sa marque de commerce, sont toujours résolument hermétiques (ce qui n'est pas nécessairement un défaut). Tobin entrouvre par contre la porte à certaines expérimentations (Horsefish et Big Furry Head) qui lui permettent de pousser encore plus loin sa démarche unique. Tobin est en concert dimanche soir au Métropolis avec Ghislain Poirier (live).

Étienne Côté-Paluck

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Spectacle - HOMMAGE À PAUL SIMON

Artistes divers, Amérimage-Spectra - Du Rêve - Sélect

Rappelez-vous, c'était à pareille date l'an dernier. Le gros show du FIJM sur la Catherine, pour une fois, donnait la scène à un songbook: rien que du Paul Simon, chanté par les nôtres et quelques autres. Le maître d'oeuvre André Ménard n'a pas raté son coup. Il a eu des idées, à commencer par l'intro, The Sound Of Silence en récitatif, enregistré à l'avance par Leonard Cohen. La voix du poète rebondissait sur les bâtisses, immense. Sur le disque, c'est à la fin. De fait, toute la conduite du show est chamboulée, et quelques performances omises. Problèmes contractuels? Je vis très bien sans Holly Cole, qui avait expédié Kodachrome et Mrs. Robinson. Et sans Daniel Lanois, qui avait bousillé The Sound of Silence. Remarquez, j'aurais aussi vécu sans Colin James et sa morne Cecilia. Mais pas sans Michel Rivard, vibrant dans l'épique America, harmonisant avec Ariane Moffatt dans The Boxer. Ni sans Kevin Parent, Jim Cuddy, Zack et Elvis Costello avec Allen Toussaint, et surtout pas sans l'électrisant Sam Roberts. Sacrée soirée, malgré les ratés. Et meilleur disque encore, moins les ratés.

Sylvain Cormier

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Roots - LIVE AT THE WOLF

Garth & Maud Hudson, Other Peoples Music

Garth Hudson! Le barbu aux vingt bras étendus sur autant de claviers, le génie virtuose du groupe le plus américano-américain jamais exporté du Canada aux États: The Band. L'homme avait en lui des symphonies mais baignait dans les musiques de racines et s'en trouvait bien. Il n'a pas changé. Avec sa compagne Maud -- 27 ans de belle union et de bonne musique --, il est encore cet incroyable musicien qui, sept minutes durant dans Everytime I See The Sun, incroyablement inspiré, réinvente Gershwin, puis revêt son manteau de musicologue et nous promène du XVIe siècle (Give Ear Unto My Prayer) au XIXe (Stand By Me, un spiritual de Charles Albert Tindley), puis redevient l'accompagnateur discret et dévoué de sa Maud chérie. Laquelle chante de sa voix chaude et puissante les chansons qui ont compté dans leur vie, dont quelques fameuses et belles du Band (It Makes No Difference, The Weight). Ce spectacle-là, enregistré en 2005 au Wolf de London, en Ontario, ne sera pas si différent de celui qui nous sera proposé ce mercredi 4 juillet au Savoy du Métropolis. Qui s'en plaindra?

S. C.

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Nu Jazz - Divine Shadows

Dhafer Youssef, Jazzland Recording

C'est une rencontre du Nord et du Sud, un choc improbable entre un joueur de oud qui est aussi un chanteur soufi tunisien et des adeptes de musique électronique norvégienne. Cela donne pourtant un album des plus enlevés pour les amateurs de musique planante et portant à l'introspection. Divine Shadows, de Dhafer Youssef, est un disque méditatif qu'on devrait pouvoir écouter les yeux fermés. Aux élans aériens du chant soufi se mêlent des arrangements électroniques fragmentés, empruntant au jazz et au funk. Le «nu jazz» est ici notamment livré par le guitariste Eivind Aarset et par le batteur Rune Arnesen. Mais c'est d'abord et avant tout un voyage à l'intérieur de soi que ce disque propose, et le silence y a toute la place qu'il mérite. Peu importe la langue donc, l'élan spirituel demeure le même. Les pièces de Divine Shadows portent d'ailleurs autant des titres anglais que latins ou français. Ce soir, à 22h30, sur la scène du Gesù, au Festival international de jazz de Montréal, Dhafer Youssef sera accompagné du joueur de tablas indiens Jatinder Thakur.

Caroline Montpetit


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