Le Canada et les Palestiniens

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Norman Spector
Édition du jeudi 28 juin 2007

Mots clés : OLP, ONU, Gouvernement, Palestine (pays), Canada (Pays)

En lisant ce qui se passe ces jours-ci à Gaza, on constate que les critiques envers les pays occidentaux ne manquent pas. On reproche à ces pays, dont le Canada, d'avoir réclamé des élections palestiniennes pour ensuite rejeter les résultats qui ne leur convenaient pas. Sur un point précis, c'est-à-dire les ponts coupés avec le Hamas, les critiques ont probablement raison. Il n'est en effet jamais sage de couper toutes les lignes de communication.

Avant la négociation de l'accord de paix d'Oslo, en 1993 -- qui prévoyait une reconnaissance mutuelle entre Israël et le leadership palestinien --, nos diplomates canadiens avaient rencontré à quelques reprises le chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, ainsi que plusieurs de ses collègues, en catimini. Ces réunions avaient permis à nos représentants de faire valoir le point de vue du Canada, qui défendait alors une position de principe prévoyant «deux États pour deux peuples». À cette époque, il était illégal pour les Israéliens de rencontrer des représentants de l'OLP, une organisation qui proclamait alors sa fidélité au principe de la «lutte armée».

Après Oslo, les diplomates canadiens se sont régulièrement réunis avec des représentants du Hamas, pourtant déjà convaincus que l'existence d'Israël constituait une hérésie religieuse. Nous leur avons délicatement expliqué l'idée selon laquelle le Canada soutenait un État palestinien comme un des éléments du plan de partition que notre pays avait appuyé. Bien sûr, en tant que bons diplomates, nous n'avons pas insisté sur le fait que leurs ancêtres avaient rejeté ce plan en 1948. Nous ne sommes pas revenus non plus sur le rôle clé joué par deux Canadiens, Ivan Rand et Lester Pearson, dans l'élaboration et l'adoption de ce plan par l'ONU.

Si les diplomates canadiens n'ont pas fait de même avec le Hamas depuis les élections de l'année dernière, je conviens qu'il s'agit d'une erreur de leur part. Mais la plupart des critiques des gouvernements occidentaux vont encore plus loin en insistant maintenant pour dire que nous devrions faire ouvertement affaire avec le Hamas -- même en lui fournissant une aide financière directe --, et ce, malgré le fait que ses positions et ses valeurs sont contraires aux nôtres. En réalité, tout comme en droit international, le Canada n'est pas obligé d'entretenir des relations étroites avec un gouvernement, que ce soit celui du Hamas, qui fait actuellement la loi à Gaza, ou celui de l'Autriche, en 2000, alors que l'extrémiste de droite Jörg Haider avait rejoint la coalition gouvernementale.

Soyons francs: beaucoup de ceux qui critiquent l'«hypocrisie» occidentale ont pensé que c'était pure folie que de réclamer la démocratie à Gaza, comme George W. Bush l'a fait. Il se peut qu'ils aient raison. Mais le meilleur argument qui contredise cette thèse nous vient du Prix Nobel Amartya Sen, qui a montré que l'Inde a pu enrayer la famine précisément grâce à un système démocratique doublé d'une presse libre, et ce, depuis 1948.

Maintenant que le Hamas a pris les commandes à Gaza et que le président palestinien, Mahmoud Abbas, a battu en retraite dans sa redoute cisjordanienne, que peut-on faire? Comment le Hamas peut-il être encouragé à entrer dans un dialogue de paix cohérent avec la politique traditionnelle du Canada, qui fait la promotion d'un État palestinien et d'un État juif vivant côte à côte?

Puisque la corruption endémique est derrière le succès électoral du Hamas, n'importe quel pays souhaitant reprendre l'aide financière directe à l'Autorité palestinienne devrait insister sur le respect de principes comme la transparence et la bonne gouverne. Le Canada ne devrait pas avoir à prendre position en faveur du président Abbas contre le Hamas, car le danger de voir ainsi sa crédibilité réduite à néant est réel. Aussi, bien que ni lui ni le premier ministre israélien Éhoud Olmert ne soient en mesure de conclure une entente de paix en ce moment, le Canada devrait encourager les deux chefs à accorder priorité à l'amélioration de la vie quotidienne en Cisjordanie.

Malgré le fait que l'aide humanitaire à Gaza devrait s'accroître, la disparité entre les conditions de vie dans les deux territoires palestiniens devrait demeurer si on veut que la thèse d'Amartya Sen ait une chance de s'imposer. En clair, la population de Gaza devrait avoir l'occasion de prendre la pleine mesure des conséquences de ses décisions démocratiques et avoir la possibilité de modifier son vote si le Hamas ne change pas clairement son approche à l'endroit d'Israël, comme l'OLP l'a fait avant lui, avec l'encouragement du Canada.

Les gouvernements occidentaux devront également faire en sorte que le Hamas n'ait plus accès aux fonds et aux armes des Iraniens. Ici, comme nous l'avons vu en Corée du Nord, les pressions internationales sur les institutions financières peuvent s'avérer très efficaces. Le Canada devrait enfin prévenir les Égyptiens de ne pas s'étonner de voir Israël réaffirmer le contrôle de sa frontière avec Gaza tant et aussi longtemps que les Égyptiens continueront à ne faire que le minimum pour empêcher la contrebande d'armes dans ce territoire palestinien.

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

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nspector@globeandmail.ca


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