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Les talibans de la vision

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Guy Borremans (guy.borremans@sympatico.ca)
Envoyé Le mercredi 27 juin 2007 23:00



Il est redondant de dire que la photographie, ici, a toujours été vingt-cinq ans en arrière. Les décisions rendues par la justice française dans le cas François Marie Banier a, à mon sens, moins à voir avec la liberté d'expression, la création, que l'information et que l'enregistrement de l'Histoire. La liberté d'expression je crois connaître, puisque une de mes exposition fut , à l"époque du Maire Drapeau et de l'infâme Escouade de la Moralité. décrochée des murs d'un café à vocation artistique, dirigé par Jean-Paul Mousseau.

Non, la tragédie, car s'en est une, est que nous avons placé une Burka sur la vie telle qu'elle s'impose à nos yeux, dans nos rues. Nous voilons littéralement la face à la vie, telle qu'elle se manifeste , dans son incroyable richesse et diversité, dans toute ses contradictions. Sa pauvreté et ses angoisses aussi. Vous imaginez-vous une vue de l'histoire qui cacherait au monde les camps de concentrations, les enfants mourants de faim ou de soif, le débarquement sur les plages de Normandie. Hiroshima. Le meutre à bout portant d'un Viet-Cong. Mais aussi les amoureux de Doisneau, ses mariés, ses enfants portants pains ou bouteilles de vins. Les sublimes enfants de Bouba. Il est bien vrai que le Québec aime la censure. Il est bien vrai que l'esprit qui habitait nos prêtres n'a pas disparu. Ils ont simplement laissé tomber les soutanes.
Nous portons tous un taliban en nous, qui ne demande qu'a réaparaître à
la première occasion, et qui le cas échéant fera sauter les Bouddhas.

Je ne défends donc pas l'expression "artistique" mais le droit à l'information. Toute l'information. Celle qui nous fait et nous défait à chaque instant, celle qui nous informe et nous déforme si nous n'y prennons garde. La rue est un gigantesque théatre.Il appartient à tous et nul ne peut s'y soustraire. Qu'on enlève donc les panneaux publicitaires qui nous mentent sans cesse en pleine face, en toute impunité Les publicités à la télévision qui nous montrent en même temps que la vitesse tue, mais que rouler en Saab est aussi grisant que de de piloter un jet. Que l'alcool tue, mais qui nous montrent les jeunes se défoncer à la Bleue.
Pauvre Duclos, pauvre de nous. Nous sommes devenu une société fétichistes de pieds. Une société de gens flous. Une société en bas de la ceintures. Une société sans visages Pourquoi pas interdire de regarder. En fait, c'est vrai que nous ne sommes pas si loin des talibans. Que l'on interdise l'accès aux chambres à coucher (même si on y bat et on y saigne bien des femmes, parfois aussi des enfants...Va. Qu'on limite le travail des paperrazzis, Bravo! Mais on sait trop qu'on jamais on ne fera cela dans une société ou le vedetariat et ce qu'il rapporte est trop important.
En dernier lieu je voudrais souligner que le combats, tant des journalistes, que des photos journaliste ou que des artistes, dépasse ce jugment d'une mesquinerie et d'une d'étroitesse d'esprit moyenâgeuse (le Jugement Duclos). Il y a en plus notre myopie devant la réalité de nos peuple autotchtones. Je me souviens ainsi d'un fonctionnaire d'Ottawa, qui avait déclaré une série de mes photos sur les Cris de la Baie James, inutilisables parce que trop nouvelle vague. C'était là aussi une forme de censure plus subtile! Mais elle servait le projet des barrages de la Manic.
En censurant Duclos et tous les photoraphes qui n'osent plus photographier la rue et ses habitants, le Québec s'est auto-mutilé. A obscurci des années de réalité. Irrémédiablement. Il y aura des pages blanches dans l'histoire du Québec. Ou des pages de flou "artistiques". Par étonnant que la photo conceptuelle prenne tant de place, elle ne questionne rien. Elle se réfère seulement à un monde centré sur le culte del'individualisme, du bient-être frileux. Du stardom. De la contemplation béate des horreurs du monde. Tant que ce ne soit pas chez nous.
Vive la défonce aveugle.

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