Macadam - Rouler réglo

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Brian Myles
Édition du mercredi 27 juin 2007

Mots clés : vélo, conduite, réglementation, Québec (province)

Civiliser les cyclistes de Montréal? Autant prêcher dans le désert

Photo: Jacques Nadeau

À force de rouler à vélo -- 7000 km par année, hiver comme été --, Wade Eide a développé une perspective plutôt singulière de ses camarades sur deux roues. Des libertaires impénitents convaincus que la route leur appartient, et le trottoir aussi tant qu'à y être. Les règles? Bof, vous diront les «vrais» cyclistes avant de se lancer dans une diatribe contre les méchants automobilistes, et bla bla bla. Pas Wade Eide.

Cet architecte à l'emploi de la Ville de Montréal respecte scrupuleusement les règles inhérentes à la conduite du vélo. Et il désespère de convaincre ses concitoyens d'en faire autant. M. Eide est un instructeur certifié de Can-Bike (Bécane, en français). Il s'agit d'un programme parrainé par l'Association cycliste canadienne qui a fait ses preuves dans les grandes villes du pays depuis plusieurs années.

Can-Bike offre des cours sur la sécurité à vélo. Pas seulement aux enfants au détour d'une visite à l'école par un après-midi monotone. Le programme s'adresse aussi aux adultes, et même aux cyclistes aguerris. Le cours avancé, d'une durée de 18 heures, leur apprend entre autres comment rouler dans la circulation dense.

Depuis l'automne dernier, M. Eide est instructeur certifié de Bécane. Le seul dans toute la province. «J'ai cherché par tous les moyens à intéresser les gens, j'ai fait des appels un peu partout. Malheureusement, personne d'autre, à part moi, n'a suivi le cours», se désole-t-il.

Qu'à cela ne tienne. Wade Eide a l'intention d'offrir, dès le mois d'août, les premières formations de Bécane à l'intention du public à Montréal. Avis aux intéressés. Dans l'immédiat, on ne se bouscule pas aux portes. Et pourtant, il y a tant de chemin à parcourir.

En 2006, cinq cyclistes ont trouvé la mort, 47 ont subi des blessures graves et 698, des blessures légères à Montréal. Ailleurs au Québec, une quinzaine de cyclistes sont décédés et une centaine d'autres ont été blessés sérieusement. Selon une analyse du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) réalisée à partir des données locales de 2005, les cyclistes décédés ou victimes de blessures graves étaient dans leur tort dans 57 % des accidents.

«Le problème, c'est la culture du cycliste. Quand je regarde notre façon de faire du vélo à Montréal, je constate qu'il y a un certain chemin à faire, constate M. Eide. C'est un peu l'anarchie. C'est un peu n'importe quoi.»

Comme la plupart des cyclistes, Wade Eide a appris «sur le tas» comment pédaler en ville. «Je n'étais pas trop sûr de la façon de me comporter», avoue-t-il. Jusqu'au jour où il est tombé sur Effective Cycling, un ouvrage de l'Américain John Forester.

Cette «bible» du parfait cycliste a été rééditée six fois depuis sa sortie en 1975. Forester, un fou du vélo, a établi des principes de sécurité qui tiennent encore la route aujourd'hui: sur la chaussée, un cycliste a les mêmes droits et responsabilités qu'un automobiliste. Il est légitime pour lui d'occuper l'espace. Forester donne même des instructions sur les façons de se débrouiller dans une circulation dense. Par contre, il est impératif que le cycliste respecte les règles de circulation.

«Ça m'a ouvert les yeux. J'ai vu qu'on pouvait faire du vélo de façon sérieuse et sécuritaire tout simplement en respectant les règles qui s'appliquent à tous les conducteurs de véhicules», dit Wade Eide.

Le Code de la sécurité routière est clair bien qu'il ne soit pas vraiment respecté des cyclistes. Il oblige à signaler ses intentions pour être bien vu, à emprunter la piste cyclable lorsqu'il y en a une, à rouler dans le sens de la circulation, à munir sa bicyclette d'au moins cinq types de réflecteur. À la noirceur, il est même obligatoire de s'équiper d'un phare blanc à l'avant et d'un rouge à l'arrière. Le Code interdit aussi aux jolies montures de chevaucher le trottoir ou de se faufiler entre deux rangées de véhicules en mouvement.

Wade Eide croise très peu de cyclistes respectueux de ce code oublié de la mémoire collective. «Je ne suis pas le seul [à le respecter]. Je sais qu'il y en a d'autres, mais nous sommes une minorité», dit-il. Un solitaire en selle. Qui lui tiendra compagnie?


Vos réactions


où est la police? - par Pierre Gauthier
Le mercredi 27 juin 2007 11:00

Et le respect des règles? - par François Courtois
Le mercredi 27 juin 2007 08:00

Enfin, un cycliste qui respecte la vie ! - par Valdor Lagacé-Gallant
Le mercredi 27 juin 2007 07:00

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