Pologne - Les frères Kaczynski entretiennent l'ambiance de crise avec l'Allemagne
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Varsovie -- Loin d'accepter la main tendue la veille par Berlin, le premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski est allé hier jusqu'à comparer l'Allemagne démocratique et pro-européenne d'Angela Merkel à l'Allemagne des années 30 qui avait mis Adolf Hitler au pouvoir.
«Je mets donc en garde -- et je m'adresse aux autorités allemandes en tant que premier ministre polonais --, ne tolérez pas ce genre de choses, ce genre de déclarations, car cela mène au pire, aux malheurs qui peuvent arriver en Europe mais qui, en touchant l'Europe, toucheront aussi les Allemands».
Jaroslaw Kaczynski entendait réagir au tollé qu'il avait lui-même provoqué la semaine dernière en réclamant pour la Pologne plus de voix dans l'Union européenne en raison des millions de morts polonais de la Deuxième Guerre mondiale, déclenchée par l'Allemagne.
Le premier ministre, frère jumeau du président, Lech Kaczynski, est coutumier des tirades antiallemandes. Mais cette nouvelle sortie survient au lendemain d'un sommet européen particulièrement houleux qui a mis aux prises les jumeaux à la présidence allemande et la chancelière Angela Merkel.
Malgré un accord sur le nouveau traité simplifié de l'UE, les blocages des frères Kaczynski ont laissé des traces et irrité de très nombreux partenaires européens de la Pologne.
Sans rancune apparente, l'Allemagne a dès lundi cherché à effacer les crispations du sommet de Bruxelles. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a dit vouloir reprendre le travail de «renforcement des relations germano-polonaises».
«L'histoire terrible du XXe siècle nous impose le devoir de chercher patiemment le dialogue avec la Pologne, justement en des temps qui paraissent difficiles», a-t-il dit.
Mais depuis qu'ils ont gagné les élections législatives et présidentielle à l'automne 2005, les frères Kaczynski n'ont donné aucun signe de vouloir une vraie réconciliation avec l'Allemagne et ont au contraire systématiquement jeté de l'huile sur le feu.
Pour les jumeaux, l'Allemagne d'aujourd'hui est un pays en partie peuplé «de racistes antipolonais», qui veut récrire l'histoire à son profit, qui maltraite sa «minorité polonaise» et qui incite les anciens expulsés des territoires allemands de 1945 à revendiquer la propriété d'un tiers du territoire de la Pologne actuelle.
Avant le sommet, les jumeaux et leurs conseillers ont accusé Angela Merkel de confondre ses intérêts avec ceux de l'UE ou encore de vouloir instaurer l'hégémonie de l'Allemagne sur l'Union européenne.
La presse conservatrice polonaise reprend volontiers ces thèses. Lundi, l'hebdomadaire Wprost (125 000 exemplaires vendus) n'a pas hésité à faire sa couverture avec un photomontage d'une Angela Merkel aux seins nus, tétés par les jumeaux, sous le titre: «La marâtre de l'Europe».
L'auteur de l'article, Mariusz Muszynski, n'est rien moins que le diplomate chargé de coordonner les relations germano-polonaises. «Les Allemands ne sont toujours pas en mesure de traiter les Polonais en partenaires», accuse Mariusz Muszynski.
Les frères Kaczynski, prompts à exiger des dirigeants allemands la condamnation de la moindre caricature qui paraît sur eux en Allemagne, ont refusé de commenter l'initiative de Wprost.
L'hebdomadaire a en revanche provoqué hier de vives réactions dans la presse et la classe politique allemandes, de plus en plus excédées par les frères jumeaux, désormais qualifiés de «nains venimeux» par le journal populiste Bild.

