Les cyclistes du Tour de France rouleront sur les pochoirs de Roadsworth

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Isabelle Paré
Édition du mercredi 27 juin 2007

Mots clés : art visuel, Roadsworth, Culture, Sport, Québec (province), France (pays)

Invité par le Royaume-Uni, l'artiste montréalais participe à un étonnant projet de revitalisation urbaine en banlieue de Londres

Le maître du pochoir, Roadsworth, célèbre pour ses graffitis légaux réalisés dans les rues et les parcs de Montréal, ira manier sa bombe aérosol à Londres. Il a en effet été invité par les autorités locales à décorer le macadam à l'occasion du Tour de France qui y prendra son envol le 8 juillet prochain.

Interrogé avant son départ pour le Royaume-Uni, Peter Gibson, communément appelé Roadsworth, s'est dit très heureux de prendre part à cet événement artistique qui non seulement vise à marquer le départ du Tour de France mais qui s'intègre aussi dans un plus vaste projet environnemental destiné à métamorphoser la bruyante autoroute périphérique qui traverse la petite ville-dortoir d'Ashford, en banlieue de Londres.

Roadsworth et dix autres artistes internationaux ont été invités à participer au projet d'art public The Lost O -- évoquant la disparition prochaine d'une bruyante autoroute que les locaux appellent The Ring -- en créant des oeuvres temporaires, s'inspirant du thème des transports et de l'urbanité, pour marquer le passage du Tour de France.

«Tout va se passer sur la route. Mon idée est de créer des pochoirs qui seront inspirés des pelotons de cyclistes, dont la formation ressemble à celle d'oiseaux en vol. Mes pochoirs évoqueront le mouvement de troupeaux ou de volées, où les animaux se transforment en êtres humains», a indiqué Roadsworth.

Il s'agit pour Roadsworth de la deuxième oeuvre d'art public réalisée hors Québec après une première oeuvre commandée dans le cadre du Festival de Trouville, en France, il y a deux ans. Avant son départ pour Londres, l'artiste-graffiteur venait de mettre la dernière touche à un damier géant réalisé sur la place Émilie-Gamelin, à Montréal, et à une oeuvre destinée au parc de l'Espoir, rue Sainte-Catherine.

«Les cyclistes du Tour de France vont littéralement rouler sur les oeuvres des artistes», a renchéri hier Theresa Simon, porte-parole du projet The Lost O. Jointe à Londres, elle a ajouté que plusieurs autres oeuvres orneront d'ici octobre l'environnement immédiat du trajet cycliste, dont celles de Michael Pinsky, curateur du projet, de Bryony Graham et de Brad Downey, qui métamorphose avec humour les pictogrammes urbains.

Dans tous les cas, les artistes choisis pour The Lost O jettent un regard critique et nouveau sur la ville. Éclatées, les oeuvres incluront des concerts de cloches de mouton, une gigantesque maison de papier, des projections urbaines sur des clochers et des performances de Gary Stevens et d'Olivier Leroi, celui-ci devant créer une brigade de cyclistes qui enfourcheront des vélos aux formes animales.

Financé notamment par le British Art Council, le Channel Corridor Partnership et le Kent County Council, le projet d'art public The Lost O s'inscrit dans un plus vaste projet de 11 millions de livres intitulé Breaking Boundaries, qui vise à transformer d'ici 2008 le périphérique encerclant le centre-ville d'Ashford en boulevard urbain où voitures, piétons et cyclistes partageront le macadam. L'idée maîtresse consiste à trouver des solutions novatrices pour assurer la fluidité des transports et le développement durable de cette ville en pleine explosion démographique. L'aménagement intégré du nouveau boulevard sera confié conjointement à des designers, des sculpteurs et des ingénieurs.

«Le périphérique est un endroit pas très inspirant qui marque le paysage d'Ashford depuis 20 ans. Le but de ce projet est de transformer l'environnement et d'y intégrer des activités urbaines et des oeuvres d'art là où les voitures avaient toute la place», a ajouté Mme Simon.

Révisant complètement la notion d'aménagement urbain, Breaking Boundaries prévoit de limiter le plus possible la signalisation routière sur le nouveau boulevard. Des terrasses, des alcôves vertes et des canaux capteurs d'eau de pluie occuperont l'espace récupéré par la réduction des voies routières. Symbole de la disparition du fameux Ring, les panneaux de signalisation redondants seront immortalisés dans une gigantesque sculpture signée par l'artiste Michael Pinsky.


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