Darfour: «l'avenir s'est éclairci», estime Kouchner

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AFP
Édition du mardi 26 juin 2007

Mots clés : Ban Ki-moon, Darfour, conférence de Paris, Dictature, Violence, Union européenne (UE), Soudan (pays)

Paris -- Les responsables de 18 pays, dont les États-Unis, la France, et même la Chine -- alliée de Khartoum --, ont promis hier à Paris de redoubler d'efforts pour essayer de mettre fin à la tragédie du Darfour, lors de la première réunion internationale de ce type en quatre ans de guerre civile.

Paris et Washington ont aussi mis en garde Khartoum contre toute velléité de bloquer le déploiement prévu dans les prochains mois d'une force de paix de plus de 20 000 hommes dans cette province de l'ouest du Soudan.

Organisée par le président français, Nicolas Sarkozy, cette réunion sans précédent depuis le début du conflit, en février 2003, n'a pas permis de déboucher sur des résultats concrets. Mais elle a été saluée par les participants comme une preuve de l'engagement de la communauté internationale à agir de concert.

«L'avenir s'est éclairci», a assuré le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, à la fin de la rencontre. «Quelqu'un a pu dire qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres», a-t-il ajouté.

La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a appelé le monde à «redoubler d'efforts». «La communauté internationale ne peut pas continuer à rester sans rien faire», a dit Mme Rice, dont le pays a dénoncé un «génocide» au Darfour et a imposé des sanctions économiques contre Khartoum.

La conférence de Paris, à laquelle participaient une vingtaine de pays et d'institutions, «a fondé une plus grande unité de la communauté internationale» devant la pire crise humanitaire au monde, a estimé le commissaire européen au développement Louis Michel.

Mais l'Union africaine (UA), principale organisation concernée par la crise, était absente, manifestant apparemment sa mauvaise humeur de n'avoir pas été consultée. M. Kouchner a annoncé qu'une deuxième réunion se tiendrait en septembre à New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU.

Le ministre va se rendre prochainement à Addis Abeba pour rencontrer le président de la commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, et l'inviter à participer, cette fois, à cette deuxième rencontre.

Quant au régime soudanais, il avait décliné l'invitation en jugeant «peu propice» la date de la réunion. Khartoum a notamment estimé avoir rempli ses engagements en acceptant, le 12 juin, sous la pression de la communauté internationale, le déploiement d'une force hybride ONU/UA de plus de 20 000 hommes au Darfour.

Cette force doit remplacer l'actuelle force africaine au Darfour, composée de 7000 hommes mal équipés, incapable de mettre fin aux violences qui ont fait selon l'ONU quelque 200 000 morts et 2,1 millions de déplacés, des chiffres contestés par Khartoum. Le conflit oppose des groupes rebelles à des milices arabes appuyées militairement par le gouvernement de Khartoum.

«Le Soudan doit savoir que, s'il coopère, nous l'aiderons puissamment et que s'il refuse il faudra être ferme», a averti Nicolas Sarkozy. «Nous ne pouvons plus permettre une situation au Darfour dans laquelle des accords ne sont pas respectés», a dit Mme Rice.

«En tant qu'êtres humains et en tant que responsables politiques, nous avons le devoir de régler la crise au Darfour», a ajouté M. Sarkozy. «Le silence tue. Nous voulons mobiliser la communauté internationale pour dire "ça suffit".»

La Chine, accusée de complicité avec le Soudan, dont elle importe 60 % de la production pétrolière, a affiché ses réserves. «La communauté internationale doit s'efforcer d'envoyer un signal positif et équilibré: il ne faut pas, pour un oui ou pour un non, menacer et faire pression sur le gouvernement du Soudan», a expliqué l'envoyé spécial de la Chine au Soudan, Liu Guijin.

Cette notable ouverture de la Chine a néanmoins plu à la secrétaire d'État américaine, qui a dit espérer que les propos «responsables» sur le Darfour tenus par la Chine, qui entretient de bonnes relations avec le régime de Khartoum, «seront suivis d'effets».

«Je crois vraiment que le gouvernement chinois va faire ce qu'il a annoncé, c'est-à-dire utiliser ses relations pour pousser le gouvernement de Khartoum à aller plus loin, à avancer», a-t-elle poursuivi.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a pour sa part jugé que la Chine jouait un «rôle constructif» dans un règlement de la crise. Les diplomates ont insisté sur le fait que la solution au conflit était d'abord «politique». La conférence a abordé la question de la relance des négociations entre Khartoum et la rébellion, qui a éclaté en plus d'une dizaine de groupes, compliquant la recherche d'un accord.

«Le temps est venu d'agir, en particulier pour le président [soudanais] Omar el-Béchir, et en même temps, je demande aux rebelles de se montrer plus souples et de participer au processus politique», a déclaré M. Ban. «Cela fait trop longtemps que la communauté internationale attend, la population a trop souffert», a-t-il dit.


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