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Sociale-démocratie québécoise: entre les bons sentiments et le slogan

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l poisson
Envoyé Le dimanche 24 juin 2007 22:00



Reconnaissant tardivement des erreurs ayant faussé légèrement l'Indice des prix à la consommation (IPC), Statistiques-Canada refuse de corriger l'erreur à cause de l'ampleur de la tâche mais demande que l'on continue ( ? ) de lui faire confiance.
Faute avouée est à moitié pardonnée, mais comment pardonner (même à moitié) quand ce n'est que la portion visible de la faute qui est tardivement avouée, dans un processus de relations publiques maintenant bien connu.
A quelques exceptions près, les sociaux-démocrates de chez-nous ne connaissent pas grand chose de ce concept qui est, (ou était jusqu'à tout récemment ? ) plutôt un slogan rassembleur et électoralement payant. Et plutôt que d'admettre les erreurs de la dernière course à la cheffetie, facile de se prononcer pour une " nouvelle sociale-démocratie durable" en attendant la " nouvelle souveraineté durable"... et sans cholestérol tant qu'à jouer à Mario
Dans son propre parti, Mme Marois a démontré à cet égard dans le dossier des CPE une tenacité et une persévérance dont M.Rebello semble déjà manquer.
Par exemple, réalise-t-il que les palmarès d'écoles peuvent facilement nous conduire à des programmes de primes pour les enseignants ( comme dans certains états américains) et à une gratuité encore plus factice ( les frais afférants: effrayant)

Quoiqu'il en soit, la sociale-démocratie est abordée dans l'édition du 23 juin de "Libération". Voici un extrait de l'entrevue avec l'intello Pierre Rosanvallon. (Et quel meilleur sujet estival pour badigeonner les colonnes de nos journaux que ces thèmes aussi larges qu'imprécis permettant à nos personnalités d'opiner au gré des vents):

"La rénovation est souvent présentée comme une «modernisation».

Il est tout aussi illusoire de penser qu'il suffirait de procéder à un aggiornamento, de se replier vers un point de vue plus modéré, de dire adieu à la radicalité au nom du réalisme, à un moment où les voix du Modem en font rêver plus d'un. L'extrême gauche a certes pesé négativement sur le Parti socialiste, mais son problème me semble surtout consister dans sa préférence permanente pour une posture rhétorique au détriment d'une critique sociale effective. C'est par ailleurs encore faire fausse route que d'ériger l'idée sociale-démocrate en alpha et oméga d'une refondation. La social-démocratie, il ne faut pas l'oublier, se présente aujourd'hui en Europe comme la trace résiduelle d'une histoire glorieuse mais achevée. La social-démocratie était une idée neuve dans les années 60, elle ne l'est plus. A l'époque, elle constituait la bonne réponse organisée à un moment précis du capitalisme industriel, qui nécessitait la mise en place de grandes institutions de protection collective, et où patronat et syndicats étaient en mesure de conclure des compromis globaux sur les liens du capital et du travail. Le capitalisme d'aujourd'hui pose d'autres questions et appelle d'autres moyens. Nous sommes passés de ce que j'appelle un «capitalisme de la généralité» à un «capitalisme de la singularité» qui est en train de restructurer sur un mode inédit les sociétés contemporaines. Il n'y aura pas de refondation pensable du socialisme si on ne part pas de là.

Tony Blair constitue-t-il une référence, dans cette perspective ?

Le point fort du blairisme est d'avoir eu l'intuition de la nature de cette mutation. Son point faible est d'avoir manqué d'imagination en termes de réponse et de s'être limité à apporter des solutions libérales et moralisantes.

Quelles sont les vraies pistes ?

La gauche doit passer d'un «socialisme du statut», fondé sur des collectifs protecteurs, à un socialisme du soutien aux trajectoires individuelles, donnant aux individus les moyens de sécuriser leur histoire. La société n'est plus constituée de groupes stables et cohérents. Il ne s'agit pas de dire par là que nous sommes passés d'une société de classes à une société d'individus. Il y a évidemment toujours du social, mais c'est la façon de «faire société» qui a changé. On «fait société» en partageant des épreuves, des situations ou bien en étant confrontés à des mêmes problèmes. Lorsqu'une entreprise ferme, il y a une communauté d'épreuves qui se constitue sur un mode classique ; mais lorsque des individus vivent une même expérience de déclassement, ils ne forment pas une communauté de déclassés : il n'y a pas une identité du déclassement, mais des histoires et des situations de déclassements. C'est précisément cette transformation de la société qui appelle un rôle accru de la démocratie. La démocratie, c'est produire du commun, de la lisibilité. «Faire société» ne consiste plus simplement à agréger des groupes, mais prend la forme d'une opération de connaissance de la société sur elle-même et de l'élaboration d'un processus de discussion et de délibération pour dégager les normes adéquates de protection et de solidarité. Le dernier point est que la redéfinition du lien social ne peut se limiter à un seul pays et qu'il devient vital de formuler un nouvel universalisme. Le socialisme a toujours accompagné son projet de l'idée d'un progrès de l'humanité. Redéfinir l'universalisme, ce n'est pas simplement constater l'existence d'un registre supérieur des problèmes (l'écologie, le développement, la paix) qui planerait au-dessus des autres problèmes ; c'est chercher la voie pour faire partout de ces problèmes généraux des questions concrètes et immédiates pour tous. Ce n'est pas un universalisme des bons sentiments, mais un «universalisme de terrain», immergé dans les difficultés que vivent les différentes sociétés. "

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