«Tremblay charrie»
Mots clés : Gérald Tremblay, Raymond Bachand, agglomération montréalaise, Montréal, Québec (province)
La colère du maire de Montréal s'apparente à «une crise de boutons» injustifiée, estime Raymond Bachand

La veille, le maire Gérald Tremblay a dénoncé avec force ce qu'il perçoit comme des manoeuvres du gouvernement libéral pour favoriser le groupe des 15 municipalités qui ont choisi de défusionner et qui ne représentent que 13 % de la population de l'île. Des conversations qu'il a eues avec la ministre des Affaires municipales, M. Tremblay décode que la nouvelle structure, imprécise dans le projet de loi, est là pour donner une voix aux mécontents.
Raymond Bachand confirme les craintes du maire de Montréal. Il fait le parallèle entre le futur secrétariat d'agglomération et les budgets de recherche dont disposent les groupes d'opposition dans les Parlements, comme si les villes reconstituées n'avaient pas accès aux documents produits par la fonction publique montréalaise.
Du coup, le ministre Bachand associe les villes reconstituées à une opposition à la ville centre, qui elle, selon cette même logique, détient le pouvoir. M. Bachand semble ainsi épouser l'opinion des Westmount, Dollard-des-Ormeaux et autres Beaconsfield, pour qui le conseil d'agglomération est une structure dysfonctionnelle.
«Il n'y a pas de budget de recherche pour les quinze maires qui sont là. Alors une façon toute simple de régler ça, c'est par un secrétariat qui est capable d'aller chercher l'information. Y a-tu de quoi déchirer sa chemise?», a demandé Raymond Bachand.
Puis ce dernier a ajouté que le conseil d'agglomération «ne devrait pas être une dictature». «Notre rôle, c'est de nous assurer qu'il y ait un minimum de respect et d'information pour qu'il y ait des débats corrects. Il ne faut pas voir plus que ça», a-t-il affirmé.
Gérald Tremblay s'est également indigné que le projet de loi déposé à l'Assemblée nationale jeudi matin propose une révision de fond en comble de la liste des équipements régionaux payés par l'ensemble de l'agglomération, risquant ainsi d'augmenter substantiellement le fardeau montréalais. Selon le maire et le président du comité exécutif, Frank Zampino, pour chaque élément retranché de cette liste, Montréal paiera 20 % de plus de la facture globale.
«C'est un scénario qui dénature les raisons fondamentales qui nous guidaient tous en 2001: l'équité fiscale et la cohésion, et qui en plus rendra l'agglomération de Montréal totalement ingouvernable. C'est trop compliqué. C'est trop cher. On n'a pas le temps et, en plus, on n'a pas l'argent», disait en conférence de presse M. Tremblay jeudi.
Raymond Bachand a fait valoir que Montréal fait financer par ses voisins ce qui ne devrait être que du ressort des contribuables montréalais. «Les maires des banlieues sont tous prêts à payer pour ce qui est d'intérêt commun, mais leurs électeurs, quand ils regardent leur compte de taxes et qu'ils voient qu'ils paient pour la chapelle du Bon-Pasteur, ils ne sont pas contents. Et ils ont raison», a soutenu M. Bachand.
Il a également rappelé que Montréal obtient par le même projet de loi des pouvoirs de taxation réclamés afin de diversifier ses sources de revenus. Selon lui, il s'agit d'une preuve de courage politique de la part du gouvernement.
À l'hôtel de ville montréalais, on fait une tout autre lecture des pouvoirs habilitants. On estime que c'est un premier pas, sans plus. Surtout, on y voit matière à marchandage de la part d'un gouvernement minoritaire dont la base électorale anglophone de l'ouest de l'île semble lui tourner le dos pour l'Action démocratique du Québec.
Raymond Bachand trouve «indigne» cette accusation de partisanerie électorale. Mais du même souffle il a laissé entendre que les pouvoirs habilitants contenus dans le projet de loi ne sont qu'une base de négociation. «On pourra discuter s'il veut un autre pouvoir de taxation», a dit M. Bachand.
Le maire de Montréal a lancé un appel aux deux partis d'opposition pour qu'ils réfléchissent sérieusement à la portée de ce projet de loi pour Montréal. Le Parti québécois a déjà critiqué les intentions gouvernementales. À l'ADQ, Martin Camirand, député de Prévost et critique de l'opposition officielle en matière d'affaires municipales, a dit voir dans ce projet de loi une façon d'ajouter de l'huile sur le feu. «Au lieu de simplifier les structures, le gouvernement veut les complexifier sans faire de consensus», a commenté hier M. Camirand.
Les différents clans auront tout l'été pour peaufiner leurs argumentaires respectifs. Ce n'est qu'à l'automne que le projet de loi sera débattu en commission parlementaire.
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