Tony Blair peut-il être encore un modèle?

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Antoine Robitaille
Édition du samedi 23 et du dimanche 24 juin 2007

Mots clés : partis progressistes, social-démocratie, Tony Blair, Élection, Gouvernement, Québec (province), Grande-Bretagne (pays)

Tony Blair

Photo: Agence Reuters

La «troisième voie» de Tony Blair, premier ministre du New Labour pendant dix ans en Angleterre, a souvent été citée, imitée. Dans les dernières campagnes électorales en France, plusieurs observateurs français ont noté la proximité des propositions de la candidate socialiste Ségolène Royal avec les thèses de Blair. Ici, on a entendu Pauline Marois évoquer tant Blair que Royal. C'est eux, entre autres, qu'elle avait à l'esprit lorsqu'elle écrivait mardi: «Partout en Occident, des partis progressistes, sans rien renier de leurs valeurs profondes, adaptent leurs politiques.»

Du reste, la référence à Blair n'appartient pas qu'à la gauche. Le président français de droite Nicolas Sarkozy a récemment commis un lapsus révélateur en commentant le bilan de Blair: «Les socialistes européens devraient être fiers de ce qu'a fait l'un des nôtres... euh, je veux dire l'un des leurs.» Au Québec, le fait que Blair ait suivi George W. Bush dans l'aventure irakienne a «rendu l'appellation "troisième voie" suspecte», écrivait le sociologue Joseph-Yvon Thériault dans l'Annuaire du Québec.

Partisan de Pauline Marois, l'ancien ministre Joseph Facal juge que si Blair «a moins livré que ce qu'il promettait», la Grande-Bretagne va tout de même mieux aujourd'hui qu'il y a dix ans. «Au fond, toute la politique intérieure de Blair a souffert d'avoir suivi George W. Bush dans le bourbier irakien, mais son diagnostic de l'état des services publics britanniques et de ce qu'il convenait de faire était globalement le bon. Vous verrez, avec Gordon Brown, il n'y aura pas de retour à la situation pré-Blair.»

À gauche, les critiques de la décennie Blair sont nombreuses et violentes. Dans The Guardian récemment, le penseur de la troisième voie, Anthony Giddens, se surprenait de la véhémence des attaques dont il a été l'objet lors de la publication de son dernier ouvrage, Over To You, Mr Brown. On oublie trop souvent une des réussites des réformes Blair comme la baisse du chômage, par exemple.

Membre du SPQ libre, Pierre Dubuc s'exclame à l'inverse: «Tous les bilans que je lis sont négatifs!» Dubuc trouve «bizarre» qu'on se réfère encore, dans certains milieux, à cette doctrine. Dans Le Monde diplomatique, par exemple, on n'a de cesse de dénoncer ce modèle qui «n'est, tout compte fait, ni neuf ni social-démocrate. À moins d'accepter une social-démocratie à l'usage des libéraux, c'est-à-dire une social-démocratie privatisée». En somme, Blair aurait été «plus thatchérien que Thatcher».

Tony et Pauline

Le politologue Alain Noël, de l'Université de Montréal, établissait récemment un parallèle entre Pauline Marois et Tony Blair dans le magazine Option politique. En 1995, après son arrivée à la tête du Parti travailliste (Labour), Blair n'en a pas seulement changé le nom pour New Labour, il a aussi modifié la «clause 4» du programme, qui datait de 1918 et obligeait le parti à favoriser, selon la doctrine socialiste, la «propriété collective des moyens de production, de distribution et d'échange». «L'obligation de tenir un référendum, c'était un peu la clause 4 du Parti québécois», note Alain Noël.

L'exemple de Blair, c'est non seulement de telles transformations fondamentales mais aussi un indéniable glissement vers la droite. Est-ce un bon exemple pour Pauline Marois? Alain Noël croit que non. Quand Blair est arrivé à la tête du Labour, celui-ci venait de passer 18 ans dans l'opposition et avait besoin de se débarrasser de la perception selon laquelle, en étant si loin du pouvoir pendant si longtemps, il avait perdu toute compétence. «En recentrant son parti, Blair a réussi» à modifier cette image. Selon Alain Noël, le PQ n'a pas imité le Labour sur ce plan puisque c'est un parti «qui a l'habitude du pouvoir et qui accepte déjà le marché, le libre-échange et les impératifs de la compétitivité. Ce qui importe, c'est de ne pas se crisper sur des dogmes, comme en ce qui concerne les tarifs d'électricité, par exemple». En Angleterre, Giddens s'inquiète aujourd'hui de l'écart entre les riches et les pauvres et propose même, dans son dernier ouvrage, l'instauration d'une taxe sur les fortunes.


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