Fin de session à Québec - Un gouvernement protégé contre lui-même
Mots clés : Jean Charest, Assemblée nationale, Gouvernement, Parlementarisme, Québec (province)
Jean Charest ne peut pas éviter la controverse. Cette fois-ci, c'est un secrétariat incongru qui provoque un tollé.

Photo: Agence Reuters
Or le premier ministre ne peut plus s'enferrer dans la controverse et s'obstiner envers et contre tous comme il l'a fait pour le Suroît, les prêts et les bourses ou le parc national du Mont-Orford: son gouvernement est désormais minoritaire. Les partis d'opposition peuvent tout simplement voter contre le projet de loi 22 à l'automne. Le gouvernement Charest est maintenant protégé contre lui-même.
D'ailleurs, en livrant son bilan jeudi, Jean Charest s'est réjoui que la session se soit terminée «dans l'harmonie» et que les trois partis aient parlé «d'une même voix» sur le projet de loi du mont Orford. Or ce projet de loi, qui abroge la vente de toute partie du parc national, est l'exemple même de la volte-face, du recul, du virage à 180 degrés. M. Charest fait preuve ici d'une humilité suspecte; on peut se demander ce qu'il a fait de son amour-propre.
Le premier ministre n'en avait toutefois pas manqué quand il avait tenu son bout devant le Parti québécois pour garder intacte la baisse d'impôt de 950 millions de dollars contenue dans le budget. Pendant les quelques jours où les tractations se sont déroulées, le chef libéral a foutu la frousse à plusieurs de ses députés qui craignaient que son entêtement ne conduise à la tenue d'élections précipitées. Ce fut un temps fort de la session, qui a permis de faire comprendre aux trois partis qu'ils n'étaient pas prêts pour des élections. Pas avant le printemps 2008, du moins.
Tout au long de cette courte session accaparée par l'adoption du budget et l'étude des crédits, l'Assemblée nationale a été le théâtre d'assauts incessants contre le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. Presque tous les jours, la période de questions a été essentiellement consacrée aux urgences qui débordent, aux hôpitaux qui contaminent les grabataires et aux délais d'attente qui causent des décès. Quand ce n'était pas le porte-parole adéquiste, Éric Caire -- le plus cinglant du lot -- ou le critique péquiste Bernard Drainville qui le tourmentaient, c'étaient d'obscurs députés adéquistes qui l'asticotaient avec des cas particuliers.
Devant l'opposition, Philippe Couillard ne pouvait plus affirmer, comme par le passé, que la situation s'améliorait sans cesse dans le réseau de la santé. Le «ça va mieux» du Dr Couillard sonnait faux et le «ça ira mieux», dont il use maintenant sonne presque aussi faux.
Le premier ministre s'est d'ailleurs porté à la défense de son ministre à quelques reprises à la fin de la session. «C'est le meilleur ministre de la Santé que le Québec a connu», a lancé Jean Charest il y a quelques jours. Mario Dumont a rappelé que Lucien Bouchard, quand il était premier ministre, avait dit la même chose de Jean Rochon quelques mois avant que ce dernier ne renonce à son ministère.
Au début de la session, on a beaucoup parlé de l'inexpérience des nouveaux élus adéquistes. Force est de constater que dans l'ensemble, ils n'ont pas trop mal paru lors de la période de questions. Une équipe de recherchistes, que l'ADQ a maintenant les moyens de se payer à titre d'opposition officielle, s'est chargée de préparer méticuleusement les interventions que les élus lisaient fidèlement. Mais c'est dans les commissions parlementaires, lors de l'étude des crédits, que certains députés adéquistes ont trahi leur méconnaissance des dossiers. Qui plus est, quand ils ont posé en faire-valoir du ministre, ils n'ont pas toujours su quel était exactement leur rôle.
Au cours de la session, l'ADQ a présenté deux projets de loi qui n'étaient pas anodins. Jouant une fois de plus de la corde identitaire, Mario Dumont a présenté le projet de loi 195 obligeant le doublage de tous les films étrangers, à quelques exceptions près. Ce projet de loi laisse toutefois de côté la question plus actuelle du doublage des séries américaines sur DVD.
Avec son chef, le porte-parole adéquiste en matière de travail, Jean-François Therrien, a présenté le projet de loi 192 exigeant le maintien de 80 % des services de transport en commun en cas de grève.
L'ADQ refuse cependant d'admettre l'évidence: cette exigence équivaut à abolir dans les faits le droit de grève pour les employés des transports en commun. Le projet de loi remet aussi en question la notion de services essentiels telle qu'on la connaît. L'ADQ propose donc une petite révolution dans les relations de travail sans trop s'en rendre compte.
Privés d'un chef contre qui déblatérer, les députés péquistes ont fait preuve d'une belle cohésion. «C'est drôle, depuis deux mois, deux mois et demi, il n'y a pas eu beaucoup d'écarts par rapport à des déclarations difficiles qui auraient créé des distractions», a souligné le chef de l'aile parlementaire du PQ, François Gendron, dans son style habituel. «On s'en est tenus à notre rôle parlementaire.» Les élus péquistes ont surtout démontré qu'en matière de travaux parlementaires, leurs voisins adéquistes ont encore des croûtes à manger.
Lors de la conférence de presse où il a présenté son bilan de session, Jean Charest a refusé de dire s'il profitera de l'été pour entamer une réflexion sérieuse sur son avenir politique. Éludant la question, il a révélé que c'est le Parti libéral du Québec qui va «entreprendre une réflexion sur quelques grandes questions qui touchent directement l'avenir du Québec». Cette réflexion prépare le conseil général du PLQ, qui aura lieu à la mi-septembre. Les libéraux sont donc en réflexion, et la vraie question, n'en doutons pas, est celle-ci: le parti peut-il gagner les prochaines élections avec Jean Charest à sa tête? Ils devront trouver la réponse rapidement, assurément d'ici l'automne, estime une source libérale. Et le premier à en être parfaitement conscient, c'est Jean Charest.
Vos réactions
Grève à STM : du droit en principe au nécessaire «accommodement» en pratique - par Denis Beaulé
Le mardi 27 novembre 2007 15:00

