La croissance la plus forte du G7

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François Desjardins
Édition du jeudi 21 juin 2007

Mots clés : croissance économique, sommet des pays du G7, Institutions financières, Économie, Canada (Pays)

La performance canadienne cache toutefois une réalité à deux vitesses

Bien qu'elle traduise des disparités régionales sidérantes entre l'Ouest et l'Est, l'économie canadienne pourrait bel et bien trôner au sommet des pays du G7 l'an prochain, selon les trois établissements financiers qui ont publié hier le contenu de leur boule de cristal.

La Banque Nationale du Canada (BNC), le Mouvement Desjardins et la Banque Toronto-Dominion ont chacun avancé leur vision de l'économie, un exercice difficile qui tente de concilier tant les dépenses de consommation et l'augmentation prochaine des taux d'intérêt que l'ascension du dollar et son impact dévastateur sur le secteur manufacturier. Une ascension, croit d'ailleurs la BNC, qui se soldera par la parité avec le dollar américain l'an prochain.

Bilan général: l'économie canadienne dans son ensemble prend du mieux, poussée en grande partie par la demande intérieure, c'est-à-dire le consommateur et son portefeuille, qu'il est incapable de laisser dans sa poche. Tout compte fait, la croissance de 2007 devrait se situer aux alentours de 2,5 %, suivie d'une croissance de 2,8 % ou 3 % l'an prochain.

À ce rythme, l'économie canadienne déclasserait celle des autres pays du G7, sauf peut-être les États-Unis ou le Royaume-Uni qui se situeraient sur un pied d'égalité avec le Canada.

Cette performance économique cache toutefois une réalité à deux vitesses. Alors que l'ouest du pays s'abreuve de pétrodollars, le Québec et l'Ontario composent péniblement avec les conséquences néfastes d'un dollar canadien qui est passé de 85 ¢US à 94 ¢US en seulement trois mois. Une hausse soudaine qui complique drôlement la tâche des exportateurs.

«Le secteur extérieur devrait continuer de constituer la faiblesse de la province, eu égard au ralenti persistant de l'économie américaine, au renforcement du dollar et à la concurrence des économies émergentes», a écrit l'équipe d'économistes de la Banque Nationale du Canada dans son compte rendu de prévisions. Selon eux, la croissance de l'économie québécoise, passée de 2,7 % à 1,7 % de 2004 à 2006, remontera à 2 % cette année et à 2,5 % en 2008. L'Ontario suivra non loin derrière.

Plus sombre, le portrait du Mouvement Desjardins situe à seulement 1,3 % la croissance québécoise cette année avant de grimper à 2,3 % l'an prochain avec l'aide de la reprise américaine. Or ce facteur américain ne serait pas le seul.

«Entre autres choses, la vigueur du marché du travail, le règlement de l'équité salariale et les baisses d'impôt se refléteront positivement sur les dépenses de consommation des ménages au fil des prochains trimestres», a affirmé l'économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis.

Le cas de l'Alberta a quelque chose de spectaculaire. Même si la province ne compte que pour 10 % de la population canadienne, elle a généré en 2006 pas moins de 30 % des nouveaux emplois. Le prix des maisons a augmenté de 30 % l'an dernier. Les investissements des entreprises comptaient pour le tiers de l'économie, alors que le niveau au Québec et en Ontario avoisine plutôt 12 %. Et les dépenses de consommation évoluent à un rythme tel qu'au premier trimestre de 2007 elles étaient de 11 % supérieures à l'année précédente.

Autre élément de différence entre l'Ouest et l'Est: le dollar. Car si la production pétrolière est en partie responsable de sa vigueur, cela se répercute négativement sur les provinces manufacturières. La Banque Nationale estime que le dollar canadien, lequel végétait à 62 ¢US en janvier 2002, est sur une lancée telle que la parité avec le dollar américain n'est plus qu'une question de temps. Plus précisément, cela surviendrait en 2008.

La montée du huard n'est pas le résultat d'un jeu de spéculation ou de la faiblesse du dollar américain, estime la Banque Nationale. «De plus en plus d'observateurs reconnaissent que la montée pourrait s'expliquer par les solides bases économiques du Canada», a écrit l'établissement. Parmi les facteurs nommés figurent la demande mondiale pour les matières premières canadiennes de même que les grosses acquisitions survenues au cours des derniers mois.

Le Mouvement Desjardins ne trouve plus l'idée aussi farfelue qu'auparavant mais tient à nuancer sa position. Même si les «astres se sont alignés» depuis la mi-mars, a écrit l'équipe d'économistes dirigée par François Dupuis, les prochains gains seront plus modestes. En fait, pour que le huard grimpe au même niveau que son vis-à-vis américain en 2008 ou 2009, il faudrait, selon le Mouvement Desjardins, que le baril de pétrole monte à 82 $US et que le prix des matières premières augmente de 20 %.

Plus prudente encore, la Banque Toronto-Dominion a estimé hier que la récente embellie du dollar canadien ne s'explique pas entièrement par les facteurs fondamentaux de l'économie. Autrement dit, d'autres choses entrent en ligne de compte, comme la spéculation. Le plafond que touchera le dollar canadien se trouve à 96 ¢US, a estimé la TD, en disant que cela surviendrait d'ici la fin de l'année en cours. En 2008, le huard reviendrait doucement vers 93 ¢US.

Véritable bénédiction pour les voyageurs et les entreprises qui importent des biens, la montée du dollar risque toutefois de rendre la vie encore plus difficile aux sociétés du secteur manufacturier, ont averti hier les trois établissements.

«Avec un huard près de la parité avec la devise américaine, il est évident que les difficultés des secteurs manufacturier et touristique [au Canada] ne vont que s'intensifier», a écrit le Mouvement Desjardins. À ce chapitre, le ministre ontarien des Finances, Greg Sorbara, a affirmé hier lors d'une réunion interprovinciale que la Banque du Canada devrait faire attention à la direction des taux d'intérêt puisque leur augmentation pourrait se répercuter de nouveau sur le dollar, et donc sur l'industrie manufacturière.


Vos réactions


je comprend pas tout - par normand chaput
Le jeudi 21 juin 2007 17:00

Montée de la richesse - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 21 juin 2007 10:00

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