CharlÉlie Couture: coeur de Pomme

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Sylvain Cormier
Édition du samedi 16 et du dimanche 17 juin 2007

Mots clés : chanteur, CharlÉlie Couture, Musique, Culture, États-Unis (pays), Québec (province)

CharlÉlie cadre avec les mains, comme si c'était lui qui photographiait. Avec les lunettes, s'il vous plaît. CharlÉlie est sa propre création, pas question de s'afficher autrement. «C'est comme ça.»

Photo: Jacques Grenier

Pas de queue-leu-leu dans l'antichambre d'une suite d'hôtel pour CharlÉlie Couture. Il a accepté de venir dans mon 6 1/2 pour l'entrevue. Rare sortie pour un chanteur français de passage. Moins rare, sans doute, pour un artiste multidisciplinaire établi à New York, fût-il aussi chanteur français depuis trois décennies. Aussi libre de mouvement dans sa vie d'artiste new-yorkais que coincé aux entournures dans sa vie de chanteur français, CharlÉlie a trouvé la parade: tout créer à New York. Ça donne des expos de peinture, de photos, et ça donne aussi New YorCoeur, album de chansons sans entraves.

Vu d'en haut de l'escalier extérieur, c'est fou comme CharlÉlie Couture ressemble à CharlÉlie Couture. Le coco à nu sous la casquette, les yeux clairs derrière les lunettes noires, le menton volontaire derrière l'impériale désormais toute grise et la charpente solide sous le faux déguisement de grand gamin punk. Faux déguisement parce qu'à la longue, c'est devenu totalement lui: le bermuda noir, la veste noire, les bottes de combat noires et les bas gris. Et le t-shirt publicitaire du nouvel album.

CharlÉlie, homme-sandwich! On est new-yorkais ou on ne l'est pas.

Sur le palier, le photographe du Devoir lui croque la pomme. CharlÉlie cadre avec les mains, comme si c'était lui qui photographiait. Avec les lunettes, s'il vous plaît. CharlÉlie est sa propre création, pas question de s'afficher autrement. «C'est comme ça.» Cela dit sans un soupçon d'agressivité. CharlÉlie met dix bonnes minutes à monter l'escalier intérieur qui mène au troisième. Il y a tout un tas d'anciennes photos sur le mur de droite. Des panoramiques, surtout. Des centaines de gens qui posent devant leur usine, leur école, une église, le château Frontenac. CharlÉlie est le premier chanteur à s'y attarder, comme s'il s'agissait d'une exposition permanente. D'ordinaire, les chanteurs constatent qu'il y a beaucoup de photos, mais ils montent vite: ils sont là pour parler d'eux-mêmes, après tout. CharlÉlie, lui, a tout son temps: ce n'est pas pour rien qu'une des chansons de l'album s'intitule Une certaine lenteur rebelle. Il signale des singularités dans les rangées d'anonymes. «Tiens, celle-là a baissé la tête, son chapeau la cache, elle a raté son moment.» Il sourit de son chaleureux sourire de CharlÉlie: «Ça, c'est marrant», dit-il devant une photo de recrues du Canadian Women's Army Corps, prise le jour du débarquement de Normandie. «T'as vu les jambes? Toutes croisées, moitié dans un sens, moitié dans l'autre.» Il a l'oeil, le CharlÉlie. Le regard de l'artiste.

On finit par s'attabler. Parlons riffs de guitare, tiens. New YorCoeur a été enregistré en prise directe dans un studio de Manhattan et mixé dans un squat de Manhattan. Des guitares, une basse, une batterie, de l'harmonica, pas tellement de piano. C'est brut, c'est cru, ça vous assaille. Rock'n'roll attitude à New York? «La chanson dit, le rock exprime. C'est différent. Dans le rock, le grain a de l'importance. Comme en peinture.» Nous y voilà encore. Son point de référence, plus que jamais depuis qu'il a débarqué avec femme et enfants dans la Grande Pomme, est la peinture. CharlÉlie, qu'on le sache une fois pour toutes, est un peintre qui chante, pas le contraire. «C'est la même différence entre le dessin et la peinture. Le dessin, c'est la circonscription des éléments à l'intérieur d'un trait. La définition d'un univers. Dans la peinture, le transport des idées, des émotions, se fait par les masses, les couleurs, les textures.» Et les guitares hachées menu là-dedans? «Ce choix de revenir à des guitares prédominantes [clin d'oeil à l'album Poèmes rock de 1981] va dans le même sens que ma vie de peintre et de photographe à New York. En France, en Europe, on est souvent dans une culture de mots, on se satisfait de l'idée de quelque chose. À New York, il faut que les choses existent, qu'elles produisent un effet au premier degré, qu'on les ressente.»

CharlÉlie, intarissable une fois lancé, poursuit sa réflexion. Dans ce disque résolument rock --mais ponctué de ralentis sur image où la chanson respire --, CharlÉlie transpose plus qu'efficacement son geste d'artiste en musique. «Je ne dis pas ça négativement, mais la chanson française est surtout faite d'artisans. Cabrel, par exemple, est un artisan typique. Il édulcore un processus et le peaufine au fur et à mesure du temps, ce qu'il fait très bien. Mais être un artiste, c'est pas être un artisan. L'artisan est conscient de ce qu'il fait quand il le fait. L'artiste s'efforce de ne pas être conscient au moment où il agit. L'artiste agit avant de penser, l'artisan pense avant d'agir. L'artisan se cherche lui-même, l'artiste cherche l'autre. Le but de l'artiste, c'est de se surprendre tout le temps, d'aller là où il ne pensait jamais aller. C'est pour ça que c'est si difficile. Émotionnellement. T'es extrême. T'es trop heureux quand t'est heureux, trop malheureux quand t'es malheureux.»

C'est néanmoins la vie qu'il a choisie. À travers New YorCoeur, il exprime clairement cet extrémisme. C'est totalement dur quand la vie est dure (L'Empire du pire, Je suis miné), totalement beau quand la vie est belle (Ma Marseillaise, Ton jour de gloire). Pas de demi-mesures. Pas d'indécision. Pas d'ornières ni d'entraves. «À New York, tu baignes dans une culture de l'affirmation. "The Power Of Yes": j'ai vu ça écrit sur la devanture d'un magasin. On croit que c'est un cliché, mais non. C'est dur, c'est cruel, mais tu peux proposer ce que tu veux, ce que tu es. On l'achète ou pas, c'est tout. En France, on est élevés dans une culture de l'antithèse et du refus. Si c'est un patron, c'est un enculé. Si c'est un politicien, c'est un enfoiré corrompu. En France, en tout cas jusqu'aux dernières élections, toute nouvelle idée était reçue comme risquant de bouleverser un équilibre. La culture américaine est adolescente: on fait des choses et on verra bien. En France, c'est une culture d'adulte qui dit: "Attends, on n'a pas le droit de se tromper, évitons les emmerdes."» Une des chansons du nouvel album s'intitule Emmerdeur: «J'suis un emmerdeur, un libre-penseur / Je slalome entre les portes qui mènent au bonheur / J'suis un sniper qui sait pas ce qu'il vise / Un franc-tireur en période de crise.»

Et CharlÉlie de raconter en long et en large comment, en France, il était constamment renvoyé à son statut de chanteur, et encore, de chanteur ayant connu son heure de gloire dans les années 80. «J'ai participé à un concours d'aménagement de la Direction régionale des affaires culturelles à Amiens. Ça m'intéressait, l'idée d'aménager un lieu. Un jury m'a sélectionné. À la fin, il ne restait que trois projets. On m'a convoqué. Ils ont ouvert de grands yeux quand ils m'ont vu. "Mais vous êtes le chanteur!" Je leur ai parlé de mes 80 expos, de ma formation aux Beaux-Arts. Quelqu'un a dit: «Mais vous n'êtes pas d'Amiens!» Bref, on ne pouvait pas m'imaginer aménageant un lieu à Amiens. Je suis rentré chez moi et j'ai dit à ma femme: "OK, on s'en va, je peux plus." Et on est partis. Depuis que je suis installé à New York, mon travail a pris du corps, et moi, j'ai repris de l'autorité sur moi-même.» Il est même parvenu à tourner en France quatre mois durant avec les chansons de son nouvel album new-yorkais. «C'est plus facile quand t'arrives d'ailleurs», ajoute-t-il en riant.

Au moment où la relationniste de GSI Musique vient le chercher, CharlÉlie Couture, mu par un désir soudain, dégaine son appareil photo numérique. Et il se met à mitrailler les murs les plus remplis d'objets, les piles de vinyles et de DVD. «Ah! Ça, c'est une belle texture!» En descendant l'escalier, il photographie les photos panoramiques examinées plus tôt. Pour un peu, on le croirait à New York.

Collaborateur du Devoir


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Le look prime sur tout... - par G. Tod Slone
Le samedi 16 juin 2007 10:00

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