Gaza aux mains du Hamas
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Gaza -- Après les États-Unis et l'Union européenne, le Quartet des médiateurs internationaux pour la paix au Proche-Orient a apporté hier son soutien au président palestinien Mahmoud Abbas, qui a formé un cabinet de crise jugé illégitime par le Hamas.
Tandis que les sympathisants du Hamas fustigeaient le président de l'Autorité palestinienne, qui a décrété l'état d'urgence de son quartier général de Ramallah, en Cisjordanie, d'autres se montraient plus conciliants.
En Cisjordanie comme à Gaza, désormais séparés par un gouffre politique qui s'ajoute à la séparation physique, tous craignent de voir s'évanouir la perspective d'un État palestinien. «Nous espérons que vous resterez président de tout le peuple palestinien. [...] Nous n'accepterons jamais la séparation de Gaza et de la Cisjordanie», a lancé Khalil al-Hayya, proche collaborateur d'Haniyeh, s'adressant indirectement à Abbas.
Soucieux de favoriser le gouvernement de crise emmené par Fayyad, les États-Unis, Israël et l'Union européenne s'apprêtent à alléger les sanctions infligées à l'Autorité palestinienne en limitant cette mesure à la Cisjordanie.
Selon le porte-parole du département d'État, Sean McCormack, les États-Unis considèrent que le nouveau gouvernement désigné par le président Mahmoud Abbas «est un gouvernement palestinien pour tous les Palestiniens, y compris à Gaza».
La présidence allemande de l'Union européenne a quant à elle condamné «avec la plus grande sévérité la prise de pouvoir violente par les milices illégales du Hamas à Gaza et la mort de civils innocents».
Quant à Israël, il «perçoit la nomination de Salam Fayyad au poste de premier ministre de manière très positive», selon un haut responsable gouvernemental israélien parlant sous couvert de l'anonymat. Tzipi Livni, ministre israélienne des Affaires étrangères, a annoncé la poursuite de la «stratégie de dialogue avec les modérés et d'espoir pour ceux qui sont partisans de leur vision».
La dissolution du gouvernement d'union et la formation d'un cabinet de crise dont le Hamas est exclu a ouvert la voie à une coopération avec les «modérés, emmenés par Abou Mazen [alias Mahmoud Abbas], tant sur le plan de la sécurité que sur le plan des finances», a déclaré un responsable israélien.
Il pourrait notamment s'agir de débloquer une partie des recettes fiscales gelées par les Israéliens depuis l'arrivée du Hamas aux affaires, en mars 2006.
Plusieurs États membres de l'Union européenne, dit-on de sources diplomatiques à Bruxelles, seraient également prêts à aider financièrement le président de l'Autorité, en coordination avec les États-Unis.
L'embargo financier et diplomatique imposé après le triomphe électoral des islamistes resterait en revanche applicable dans la bande de Gaza et pourrait même être renforcé par endroits, notamment à la frontière avec l'Égypte, de façon à isoler le Hamas et à favoriser le Fatah en vue des prochaines échéances électorales, dit-on à Washington.
Pour David Makovsky, membre de l'Institut d'études proche-orientales de Washington, il s'agit de montrer aux Palestiniens que la façon dont le Fatah gouverne en Cisjordanie est très différente de celle du Hamas dans la bande de Gaza et de leur faire comprendre que «la modération paye».
Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe tenaient de leur côté une réunion extraordinaire consacrée à la situation à Gaza et au Liban.
L'Égypte, hôte de cette réunion, a condamné le Hamas «pour s'être emparé du pouvoir dans la bande de Gaza et avoir entravé le fonctionnement des institutions palestiniennes légitimes».
Accueilli avec force tirs de joie, Haniyeh a pris la parole en public avant la grande prière hebdomadaire pour exhorter la communauté internationale à respecter le résultat des législatives de janvier 2006, qui l'ont amené aux affaires. «Aucune formule interne ne tiendra dans les territoires palestiniens sans consensus national et sans respect de la légitimité issue des élections», a-t-il déclaré, invitant l'ensemble du peuple palestinien au calme et à la retenue.
Les brigades Ezzedine al-Kassam, branche armée du Hamas, ont ainsi relâché dix chefs des services de sécurité fidèles au Fatah capturés la veille. Un haut responsable de la formation présidentielle avait été exécuté jeudi et son corps exhibé dans les rues de Gaza.
Si la victoire des islamistes a mis fin à une semaine d'affrontements dont le bilan dépasse la centaine de morts, une personne a été tuée hier dans un des nombreux rassemblements organisés à l'appel du Hamas. Un partisan du Fatah a trouvé la mort dans une fusillade.
Des pillards se sont par ailleurs joints aux combattants islamistes pour mettre à sac le siège de la présidence de l'Autorité palestinienne à Gaza, symbole de leur victoire sur leurs rivaux du Fatah.
Malgré les tirs d'activistes du Hamas en liesse, paradant au volant de véhicules pris aux fidèles du Fatah, des civils ont défilé dans ce qui était encore jeudi le dernier bastion des forces soutenues par les puissances occidentales, emportant des frigos, des antennes satellite et même des portes.

