Viser l'âme de l'UQAM

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du samedi 16 et du dimanche 17 juin 2007

Mots clés : crise financière, UQAM, Université, Éducation, Montréal, Québec (province)

Le plan de redressement adopté cette semaine par l'UQAM pour sortir de sa crise financière touche en plein coeur la mission académique de l'établissement, les conditions de travail du personnel et la qualité des services aux étudiants.

Lorsque les premières fausses notes de ce drame lyrique ont retenti, des oiseaux de malheur ont semé leurs prédictions. Il ne fallait pas être grand devin pour comprendre que le chemin parcouru cette dernière décennie par l'UQAM pour redorer son blason allait être rapidement réduit à néant.

Force est d'admettre aujourd'hui que ces prédicateurs n'avaient pas tout faux. En présentant à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, un troisième plan de redressement -- 129 millions de compressions en l'espace de cinq ans -- l'UQAM ne fait pas dans la dentelle. Forcée de récupérer ce qu'elle a perdu dans la construction de beaux mirages, elle n'a d'autre choix que de se sabrer elle-même. L'exercice que s'est imposé le conseil d'administration est sérieux, mais très lourd de conséquences.

Les documents adoptés cette semaine au conseil d'administration sont poignants d'éloquence. L'UQAM a beau juxtaposer devoir de responsabilité, souci de transparence et respect de sa mission, les voies qu'elle emprunte ne mènent qu'à un constat: les temps seront durs pour l'université francophone du centre-ville.

Sous prétexte de «redéployer l'académique», l'université annonce qu'elle fera le ménage dans ses programmes. Tout y passera: les faibles taux d'inscription, les cours impopulaires, les secteurs où les taux de diplomation sont les plus faméliques. L'établissement est contraint partout à des «réorganisations du travail», qui camouflent des compressions: réduction de personnel, non-remplacement des départs, pertes de services.

Les locaux seront surutilisés et les plages horaires multipliées. L'UQAM s'avoue «exigeante» envers sa communauté: alors que les professeurs souhaitaient corriger des retards en négociation, on leur demandera en somme de faire plus avec moins. Aux étudiants, l'UQAM refile une note de frais afférents élevée, au moment où Québec dégèle les droits de scolarité.

Pour saisir l'ampleur des dommages, il n'est pas inutile de rappeler les bases sur lesquelles l'UQAM a été créée en 1969. Université «publique, urbaine et québécoise», elle donne un sens particulier au mot «accessibilité» en accueillant une clientèle souvent peu nantie. La popularité des études à temps partiel à l'UQAM traduit la présence de groupes qui concilient études avec famille ou travail. Son ouverture aux communautés culturelles constitue sans conteste une de ses forces.

Or, l'intention de l'UQAM, par exemple, d'avoir à l'oeil les étudiants qui peinent à faire leurs études dans les délais requis et à les réussir, ne risque-t-elle pas d'atteindre cette clientèle plus vulnérable?

Les critiques de l'opposition ont eu raison de demander cette semaine, devant la Commission de l'éducation, comment la ministre Michelle Courchesne allait bien pouvoir approuver ce projet sans renier ses principes. Les devoirs ont été faits, mais appliquer ce plan de redressement se résume à creuser l'âme de l'UQAM.


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