Nouvelles images et 3-D à l'horizon

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Paul Cauchon
Édition du samedi 16 et du dimanche 17 juin 2007

Mots clés : 3-D, Hybride, Piedmont, Cinéma, Culture, Québec (province)

Chez les majors tout comme à Piedmont dans les Laurentides, on travaille au cinéma de l'avenir

Dans la petite ville de Piedmont, dans les Laurentides, à une heure de Montréal, l'immeuble de la compagnie Hybride ne se distingue pas des autres, au premier regard. Mais au moins 75 personnes y travaillent à définir les images que nous verrons au cinéma dans les prochaines années.

Les employés sont jeunes et, à côté de leur ordinateur, on trouve souvent des figurines de monstres et des boîtes de Froot Loops. Mais c'est ce qu'on voit sur l'écran d'ordinateur qui est le plus fascinant. Hybride est une société d'effets visuels qui a créé les environnements visuels des films Sin City, 300, Snakes on a Plane, ainsi que le Marie-Antoinette de Télé-Québec, diffusé l'automne dernier.

L'entreprise travaille actuellement sur Journey 3-D, un projet de film en trois dimensions de New Line Productions, qui doit envahir les écrans américains à l'été 2008, adaptation moderne du Voyage au centre de la terre de Jules Verne.

«Beaucoup de producteurs croient que le 3-D connaîtra un boom énorme, explique Pierre Raymond, le président de Hybride. Les grands studios veulent réinventer le film et proposer une expérience totalement différente au cinéma.»

Réinventer le film

C'est l'obsession de beaucoup de monde dans l'industrie, réinventer le film. Car l'explosion du DVD et du cinéma maison, avec ses écrans de plus en plus performants et le son d'une qualité exceptionnelle, fait que le salon des consommateurs se rapproche de plus en plus de la salle de cinéma traditionnelle.

«Le cinéma maison reproduit de plus en plus la qualité de certaines expériences cinéma d'il y a à peine cinq ans, explique André Picard, consultant pour Hexagram, l'institut de recherche et de création en art et technologies médiatiques. Dans quelques années, le cinéma maison proposera la transmission par Internet des films en temps réel. Mais il y a des limites à ce que le cinéma maison peut faire. Seuls quelques milliardaires peuvent se faire construire une salle Imax chez eux! Alors il faut se poser cette question: pourquoi se retrouver dans une salle, en groupe, à l'extérieur de chez soi?»

Pour vivre une expérience encore plus forte, répondent la plupart des observateurs. Les salles de cinéma multiplient donc les expériences «ultimes», en droite ligne avec le développement du cinéma Imax.

Certaines salles tentent de se rapprocher du confort du foyer. Le groupe Landmark Theatre a ouvert en mai un nouveau complexe de 12 salles à Los Angeles, qui offre des sièges réservés, un bar à vin, de la bouffe santé, et même des minisalles de 50 places de type living room avec fauteuils et table à café!

D'autres salles profitent de leurs nouvelles installations numériques pour offrir des spectacles. L'expérience commencée en décembre dernier par le Metropolitain Opera de New York a fait boule de neige. L'institution avait entrepris de diffuser en direct six opéras sur grand écran de cinéma aux États-Unis et au Canada. Le dernier opéra, le 28 avril, a été présenté devant 48 000 spectateurs sur 248 écrans. Au total, le MET a vendu 324 000 billets à 18 $ chacun; il va augmenter la cadence l'année prochaine, convaincu que ce sera fort rentable.

«Les salles de cinéma se transformeront de plus en plus en salles multimédias», soutient Marcel Venne, qui vient tout juste d'être élu, mercredi, président de l'Association des propriétaires de cinémas et de ciné-parcs du Québec. On peut facilement imaginer que dans les prochaines années les salles de cinéma les plus performantes proposeront de grands événements sportifs et de grands spectacles, explique-t-il.

Parce que les salles de cinéma commencent à remplacer la projection 35 mm par la projection numérique. «Aux États-Unis, il y a actuellement 5000 écrans sur 38 000 qui sont équipés pour la projection numérique, explique Marcel Venne. Au Canada, il y en a cinq. Tout le monde s'entend pour la technologie 2K, avec 2000 lignes de résolution, mais la transformation des salles prendra de cinq à huit ans.»

Lorsque la transformation sera complétée, les grands studios estiment qu'ils économiseront 600 millions de dollars en copies de films. Mais pour les exploitants de salles, l'économie est moins évidente, compte tenu du coût de transformation des salles.

Certains grands studios forcent la main des exploitants en lançant des productions de plus en plus sensationnelles. Ainsi, plusieurs ne jurent que par le 3-D, un 3-D «amélioré» avec des couleurs plus stables (et de nouvelles lunettes qui ne donnent pas mal à la tête!). James Cameron, le réalisateur de Titanic, tourne actuellement une mégaproduction de 200 millions en 3-D dont la sortie est prévue pour 2009.

«Il est certain que la jonction entre la haute définition et le 3-D ouvre des possibilités incroyables, commente Pierre Raymond, de Hybride. On n'a qu'à penser à la série de la BBC Planète Terre, diffusée récemment à l'émission Découverte. Les images en haute définition étaient extraordinaires. Avec un contenu aussi riche, si elles avaient été en 3-D en plus, on aurait atteint un impact psychologique jamais vu.»

Explorer les limites

Les cinémas Imax ont présenté il y a quelques années un spectacle des Rolling Stones sur écran géant qui avait fait sensation. Les fans de U2 salivent déjà avec l'arrivée cet automne dans les salles d'un grand spectacle de ce groupe en haute définition et en 3-D, qui, paraît-il, atteint de nouveaux sommets de réalisme.

Dans ce nouvel univers numérique, non seulement la salle de cinéma se transforme, mais les images repoussent les limites de la représentation pour attirer les spectateurs, particulièrement les plus jeunes.

Une petite visite chez Hybride permet de suivre d'un ordinateur à l'autre le développement de ces images numériques. Sur un premier écran, par exemple, on modèle un animal imaginaire. Sur un autre, on y ajoute les textures, les éclairages. Un des ordinateurs se spécialise dans les effets de neige, de pluie et de vent. Un des animateurs est spécialisé dans l'utilisation d'un «logiciel de fluide» qui s'assure que, dans cet univers virtuel, l'eau coule de façon logique!

Y a-t-il une limite à ces nouvelles images virtuelles? «Cela évolue très vite, explique Pierre Raymond. Il y a quelques années encore, on avait de la difficulté avec certaines textures, avec l'eau, les montagnes, et nous n'aurions pas pu créer les environnements de Sin City ou de 300. La limite actuelle, c'est qu'il est difficile de produire un acteur virtuel vraiment satisfaisant pendant une heure et demie. Ce qui manque, c'est le "rendu" de l'acteur, son émotion. On finira par créer un acteur numérique à s'y méprendre sur le plan physique, mais, dans le fond, son jeu dramatique sera celui que l'animateur décidera.»

Autrement dit, les prouesses techniques ne remplacent pas la qualité des expressions humaines. Car le cinéma, ce ne sont pas que des prouesses techniques, il faut aussi une bonne histoire et de grandes interprétations dramatiques, comme une Helen Mirren dans The Queen, par exemple.

Il reste que, pour retenir le spectateur, les producteurs explorent des limites qui relevaient de la science-fiction il n'y a pas si longtemps. «Certains grands acteurs sont en train de faire enregistrer leurs voix et leurs mimiques pour les protéger à l'avenir, puisqu'on pourrait numériquement les reproduire, explique Pierre Raymond. Dans l'industrie du porno, des acteurs et des actrices font actuellement scanner leur corps au complet pour les réutiliser dans des jeux vidéo! Alors, dans 20 ans, on pourrait imaginer, oui, un nouveau film avec Tom Hanks ou Bruce Willis qui auraient fait scanner leur corps, et autorisé les droits d'utilisation... »


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