Sueurs froides dans l'espace
Mots clés : NASA, station spatiale internationale, Science, Informatique, Russie (pays)
Une panne d'ordinateur paralyse la station spatiale
Une panne sans précédent a interrompu pendant plusieurs heures dans la nuit de mercredi à hier les communications entre le centre de contrôle spatial de Moscou et l'ordinateur central russe de la station spatiale internationale, vital pour l'oxygène et l'eau du vaisseau.La NASA a envisagé l'idée de laisser la navette Atlantis dans l'espace un jour de plus pour qu'elle puisse manoeuvrer la station si jamais le problème informatique persistait. Atlantis est amarrée à la station depuis dimanche.
Les directeurs de mission ont demandé à l'équipage de couper l'ensemble des systèmes non indispensables, tels l'éclairage, afin d'économiser électricité et carburant au cas où la navette, dont le retour sur Terre est programmé pour le 21 juin, devrait rester dans l'espace.
La station utilise principalement ses gyroscopes pour maintenir son orientation, mais elle a aussi recours à des systèmes de navigation gérés par les ordinateurs défaillants. Des pannes similaires d'ordinateur se sont déjà produites par le passé, ont déclaré des responsables de la NASA, mais elles n'ont jamais affecté les trois séries d'ordinateurs russes au point qu'ils ne puissent pas se relancer eux-mêmes, comme cela s'est produit mercredi. Le segment américain a ses propres ordinateurs, mais ils dépendent des russes.
La NASA ignore encore si la panne qui a affecté les systèmes informatiques est liée à l'installation des nouveaux panneaux solaires, que l'équipage d'Atlantis a posés mardi.
Pour les Russes, les problèmes de communication sont survenus à cause d'une de ces antennes solaires déployées par l'équipage américain.
«Les spécialistes russes estiment que la nouvelle antenne solaire installée par les astronautes d'Atlantis peut être à l'origine» de cette panne, a déclaré à Moscou Irina Gomeniouk, porte-parole de la société russe Energuia.
Cette «nouvelle source puissante d'énergie a causé un brouillage du fonctionnement des éléments sensibles des systèmes» à bord des segments russe et américain de la station, notamment le système d'approvisionnement électrique, a expliqué la porte-parole, citée par l'agence Itar-Tass. Les communications ont été rétablies tôt hier, selon Bill Jeffs.
L'Américaine Holly Ridings, directrice de vol de la station, a indiqué à la chaîne de télévision de la NASA que les ingénieurs russes avaient «travaillé toute la nuit» et «pu rétablir les communications avec l'ordinateur central à bord du module russe de l'ISS [la station spatiale]. Nos collègues russes ont certainement fait de bons progrès pendant la nuit», a-t-elle ajouté.
Cette défaillance a fait craindre à la NASA la pire hypothèse d'un retour prématuré de la navette Atlantis sur la Terre, avec ses sept membres d'équipage, et une évacuation des trois membres d'équipage de l'ISS, deux Russes et un Américain.
Avant la défaillance de l'ordinateur central russe de la station, les trois ordinateurs russes contrôlant le système de moteurs orbitaux de l'ISS s'étaient arrêtés de fonctionner. Ces moteurs corrigent l'orientation de la station quand les gyroscopes ne peuvent pas assurer cette fonction seuls. Ils permettent aussi d'effectuer les manoeuvres d'amarrage et d'éviter des collisions avec des débris dans l'espace.
Pour compenser la perte du contrôle de ces moteurs, la NASA a fait appel à ceux d'Atlantis. La navette a suffisamment de carburant pour maintenir la station spatiale dans la bonne position pendant plusieurs jours.
Pour leur part, les ordinateurs américains dans la station assurent le fonctionnement des gyroscopes.
L'oxygène dans la station est produit par une machine russe. Lorsque celle-ci s'arrête, il reste une réserve de 56 jours dans l'ISS.
La question des ordinateurs a éclipsé la tentative, prévue aujourd'hui, de réparation des tuiles de protection thermique de la navette endommagées après son décollage. «Ils ont décidé de faire la réparation lors d'une troisième sortie dans l'espace vendredi», a déclaré Kyle Herring, porte-parole de la NASA, à sa sortie d'une réunion d'urgence au centre spatial Johnson de Houston.
La réparation consistera à fixer une pièce isolante à l'arrière de la navette, ce qui devrait entraîner une prolongation de deux jours de la mission d'Atlantis.
Un fragment de la protection thermique s'est détaché lorsque la navette a gagné son orbite, vendredi dernier, et une surface de 10 cm sur 15 cm ne comporte plus de tuile.
Le problème est jugé mineur, l'accroc se situant sur le dos de la navette, bien moins exposé à de très fortes températures lors de la rentrée dans l'atmosphère que son ventre ou le bord d'attaque des ailes.
Les directeurs de la mission veulent toutefois que l'équipage règle ce problème afin d'éviter que la navette ne soit endommagée lors de sa rentrée et par la suite clouée au sol pour une longue période alors qu'elle doit emmener à l'automne le laboratoire européen Colombus.

