Des ascenseurs pour cinq stations du métro montréalais

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Stéphane Baillargeon
Édition du mardi 12 juin 2007

Mots clés : métro, STM, ascenseurs, Handicapé, Transport en commun, Montréal

La STM fait des efforts pour combler un énorme retard en matière d'accessibilité de son réseau

La Société de transport de Montréal (STM) fait des efforts pour rendre plus accessible son réseau de métro. Cinq stations de la ligne 2-Orange (Côte-Vertu, Lionel-Groulx, Bonaventure, Berri-UQAM et Henri-Bourassa) seront équipées d'ascenseurs d'ici 2010, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Elles viendront s'ajouter aux trois nouvelles stations de la même ligne (Cartier, De la Concorde et Montmorency) construites récemment dans le respect de normes élargies d'accessibilité.

Les travaux débuteront cet automne. Le coût du chantier est évalué à environ 10 millions de dollars par station, soit une cinquantaine de millions au total.

La STM accuse d'importants retards du point de vue de l'accessibilité de son système ferré par rapport aux autres réseaux du monde. Des organismes représentant des personnes à mobilité réduite réclament des changements depuis un quart de siècle.

Montréal sera l'hôte de la 11e Conférence internationale sur la mobilité et le transport des personnes âgées ou à mobilité réduite, COMOTRED 2007, du 18 au 22 juin prochains. Plusieurs ateliers porteront sur le financement et la mise en oeuvre de programmes adaptés dans différents pays du monde.

La STM va également transformer près de 275 de ses 423 voitures de type MR-73 pour en faciliter l'usage. Des marchepieds, des rampes et des espaces réservés aideront au transport des fauteuils roulants, des poussettes ou des vélos.

Car ces modifications ne profitent pas seulement aux personnes handicapées. Les améliorations facilitent la vie à d'innombrables voyageurs. Un cinquième de la population du Québec aura plus de 65 ans en 2020.

«Il y a 40 ans, les normes de construction ne demandaient pas au réseau de faciliter l'accessibilité aux personnes à mobilité réduite», explique Marianne Rouette, du service des Affaires publiques de la STM. «Nos voitures comme nos stations n'ont pas été conçues dans ce sens, et nous avons donc commencé à apporter les correctifs nécessaires. Par contre, nous avons travaillé autrement en construisant les trois nouvelles stations de Laval. Les voitures qui seront livrées dans les prochaines années respecteront aussi entièrement les nouvelles normes.»

Refonte de politique

La STM a aussi entrepris la refonte de sa Politique d'accessibilité, datant de 1991. Un groupe-conseil y travaille depuis un an environ. La «vieille» politique avait notamment encouragé l'achat d'autobus à plancher surbaissé et la gratuité des accompagnateurs des clients du Transport adapté.

Ce service permet aux personnes en fauteuil roulant d'être transportées de porte à porte. Le service a connu une hausse de 40 % des déplacements depuis 2003. Les téléphonistes du centre de répartition ont traité près de 300 000 demandes en 2006.

Après les transformations majeures, en 2010, près de 12 % du réseau souterrain montréalais sera muni d'ascenseurs. Cinq ou six autres stations pourraient ensuite être transformées d'ici 2013. Le métro de Montréal, inauguré en 1966, compte maintenant 68 stations réparties sur quatre lignes.

«L'accessibilité des nouvelles stations et la transformation de cinq autres constituent une très bonne nouvelle», juge Marie Turcotte, adjointe à la direction d'Ex Aequo, un organisme montréalais faisant la promotion et la défense des personnes ayant une déficience motrice. Mme Turcotte siège aussi au conseil d'administration de la STM. «Nous sommes en retard à Montréal et au Québec, et il est donc réconfortant de voir le dossier évoluer positivement.»

L'Office de personnes handicapées du Québec (OPHQ) demandait au ministère des Transports, dès le début des années 1980, de fixer des normes pour tous les transports en commun réguliers. Un Comité sur l'accessibilité du métro de Montréal a vu le jour en 2002. Son rapport recommandait d'adopter un ambitieux plan pour l'accessibilité universelle du système. «Corriger une construction existante coûte beaucoup plus cher que bien construire», note Mme Turcotte.

À l'étranger

Une Revue des expériences étrangères, réalisée en 2001 par la firme Société Logique, a démontré qu'une moitié des quelque 30 réseaux de métro du monde étudiés s'avérait entièrement accessible en fauteuil roulant. À l'époque, seuls quatre réseaux, dont celui de la STM, demeuraient complètement fermés aux fauteuils.

«Cette étude démontre de façon non équivoque que la tendance mondiale s'oriente vers l'accessibilité universelle des réseaux de métro, dit le dernier paragraphe de l'enquête. De plus, la majorité des sociétés de transport [...] indiquent qu'elles ont des projets pour rendre accessibles une partie ou l'ensemble des stations de leur réseau.»

Le système de Toronto compte treize stations souterraines facilitant la mobilité, dont neuf équipées d'ascenseurs après leur construction. En Europe, un complexe chantier réglementaire exige la mise aux normes d'ici 2015 de tous les réseaux de transport. En France, les métros récents de Lille, Rennes et Toulouse sont pleinement accessibles. Celui de Lyon achève sa transformation positive. Paris et Marseille poursuivent leurs travaux. Dans la capitale française, 41 des quelque 321 stations du Métropolitain et du Réseau express régional (RER) ont des ascenseurs, des monte-charge et des passages élargis aux barrières de péage.

Au Canada, la Charte québécoise des droits et liberté de la personne interdit toute discrimination fondée sur un handicap. Elle précise même que l'on ne peut empêcher, par discrimination, une personne d'avoir accès aux moyens de transport (article 15).

En mars, la Cour suprême du Canada a maintenu une décision des autorités fédérales forçant Via Rail à rendre certains de ses trains plus accessibles aux fauteuils roulants. La décision pourrait avoir des conséquences sur les transporteurs aériens du pays.

Le Rapport du Comité sur l'accessibilité du métro de Montréal suggérait en fait de modifier six stations, les cinq retenues et celle de Longueuil. Le texte proposait de réaliser les travaux d'ici 2006, avec un budget de 20 millions de dollars. Il recommandait aussi d'augmenter le rythme de «rétroinstallation» à quatre stations par année, pour une dépense de 12,5 millions de 2002 pour les quinze prochaines années, afin d'équiper tout le réseau.

Ces souhaits, comme ces budgets, ne seront visiblement pas respectés. Au mieux, en 2010, Montréal aura huit stations accessibles au lieu des 25 souhaitées par le rapport.


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