La Belgique est plus divisée que jamais après les élections
Mots clés : élections législatives, Wallons, Flamands, Élection, Gouvernement, Belgique (Pays)
La formation du gouvernement s'annonce longue et ardue
Bruxelles -- La Belgique s'est réveillée hier plus divisée que jamais après des élections législatives annonciatrices de négociations longues et difficiles entre Flamands et Wallons pour la formation d'un gouvernement.En Flandre, le grand vainqueur est le parti démocrate-chrétien (CD&V) du futur premier ministre Yves Leterme, qui a infligé une lourde défaite aux libéraux et aux socialistes flamands alliés au niveau fédéral depuis huit ans.
«Nous n'avons pas compris les électeurs», a ainsi déclaré le chef des socialistes flamands, Johan Vande Lanotte, qui entend désormais rénover son parti dans l'opposition, tandis que le premier ministre libéral Guy Verhofstadt a démissionné hier.
Le message est en effet clair. La Flandre a tout d'abord basculé à droite puisqu'à peine 20 % de ses électeurs ont voté pour les «progressistes» au sens large du terme, à savoir les socialistes et les écologistes.
Près de 60 % des Flamands ont en outre apporté leurs voix à des partis qui prônent soit l'indépendance de la Flandre, soit la création d'une confédération lâche dans lesquelles les derniers bastions de l'unité nationale, comme la sécurité sociale, seraient progressivement gérés par les régions. Il est ainsi remarquable de constater qu'Yves Leterme, actuel ministre-président de la Flandre, a présenté une liste commune avec des nationalistes flamands partisans de l'indépendance de leur région, même s'ils se disent être prêts à patienter un peu pour atteindre leur but.
Signe des temps, le futur premier ministre, un homme de 46 ans dénué de tout charisme mais réputé pour sa détermination et qui a obtenu sur son seul nom 800 000 «votes de préférence», a fêté sa victoire entouré de ses partisans qui brandissaient le drapeau flamand, le lion noir sur fond jaune.
L'homme qui préside aux destinées du parti Chrétien, démocrate & flamand (CD&V) a d'ailleurs martelé dès dimanche que la «réforme de l'État», jargon belge pour la dévolution de pouvoirs aux régions, était sa priorité pour la prochaine législature.
«Yves Leterme est passé comme une tornade sur la Flandre», écrivait hier le grand quotidien flamand De Standaard, historiquement proche du CD&V. «Il a reçu un mandat très clair.»
La Wallonie a voté de manière radicalement différente. Certes, les socialistes y subissent également une cuisante défaite en raison des scandales de corruption qui ont défrayé la chronique jusqu'à la veille des élections et ils évoquent, comme du côté flamand, la nécessité d'une cure d'opposition. Certes, pour la première fois depuis 1946, les libéraux deviennent la première force politique dans la partie francophone du pays avec un discours clairement marqué à droite, proche de celui défendu en France par Nicolas Sarkozy.
«Le centre de gravité a bougé», a estimé leur président, l'actuel ministre des Finances Didier Reynders.
Mais, contrairement aux Flamands, les francophones ne sont qu'un tiers à se retrouver sur un programme clairement marqué par des options économiques et politiques de droite et l'extrême droite y reste marginale malgré les scandales. Les socialistes restent puissants en dépit de leur défaite, tandis que les écologistes et les démocrates-chrétiens du sud du pays sont à classer au centre ou à gauche plutôt qu'à droite.
En outre, si les francophones sont divisés, un dossier les unit: ils ne veulent pas d'une nouvelle réforme de l'État qui risquerait d'aggraver les difficultés de la Wallonie.
De manière frappante, ce sont les alliés «naturels» de Leterme, les démocrates-chrétiens francophones du parti Centre Démocrate Humaniste (CDH), qui sont le plus opposés à un nouveau déshabillage de l'État central.
«Nous nous opposerons à toute avancée institutionnelle qui serait contraire aux intérêts des francophones», a déclaré leur présidente, Joëlle Milquet, imitée par les autres partis du sud.
Pour le journal Le Soir, il faudra bâtir un véritable front. «Au-delà de leurs objectifs propres, les partis du sud du pays ont le devoir d'en servir un seul commun: la défense des intérêts de leurs concitoyens francophones», écrit-il.
Les négociations s'annoncent donc longues et ardues pour l'«informateur» que choisira le roi Albert II afin de sonder les possibilités avant de nommer Leterme «formateur».
En théorie, et étant donné la défaite des socialistes, on se dirige vers une coalition entre démocrates-chrétiens et libéraux qui, ensemble, contrôlent 81 sièges sur les 150 que compte la Chambre des représentants. Les écologistes et leurs 12 sièges pourraient être appelés à renforcer cette majorité.
Mais on resterait alors loin de la majorité des deux tiers, soit 101 sièges sur 150, nécessaire pour modifier la Constitution belge afin de procéder à une réforme de l'État, que seul l'apport des socialistes permettrait d'atteindre.
Pour plusieurs analystes, la coalition «orange-bleue» pourrait être rejointe par les socialistes pour une réforme de l'État: une sorte d'union nationale qui aurait pour effet de la diluer.

