Au fond du puits - Fantastique
Mots clés : Grand Prix de Formule 1, Robert Kubica, Lewis Hamilton, Automobile, Canada (Pays)
Les journalistes sont rarement des gens comme les autres. D'abord, à quelques exceptions près, ils savent toujours tout avant tout le monde. L'une de ces exceptions consiste en un Grand Prix de Formule 1: en dépit de la vitesse à laquelle l'information circule de nos jours, il lui est en effet impossible de suivre les bolides sur le terrain, en personne, sans l'intervention d'un intermédiaire qui contamine la nouvelle. Les reporters sont pognés pour regarder la course à la télévision. Comme tout le monde.
Évidemment, les accidents sont souvent plus spectaculaires depuis que l'on a compris qu'il était préférable d'avoir une voiture qui explose en mille miettes parce que l'impact est réparti pendant que l'habitacle protège le coureur plutôt qu'une structure compacte qui demeurait en un seul morceau mais se transformait justement, plusieurs fois par année, en un cercueil en un seul morceau.
Mais bon, Kubica n'est pas mort et, selon les nouvelles il ne se portait même pas trop mal dans les circonstances, ce qui accrédite la thèse de l'existence des miracles. Ce qui fait que l'on a pu revenir à l'épreuve, à la fièvre du Grand Prix n'est-ce pas qui nous fait vivre des émotions si intenses. D'ailleurs, à la fin, ils ont sorti le champagne comme d'habitude. Vous voyez bien que vous aviez tort de vous énerver. The show goes on. The show will always go on.
Question de champagne, tiens, c'est Lewis Hamilton qui a eu droit à la plus grosse bouteille, ou en tout cas à celle qui goûte le meilleur (car il paraît selon des sources que le goût du mousseux se bonifie en fonction de l'altitude, et qu'il vaut vraiment la peine d'en faire l'essai sur une première marche de podium). Hamilton, la jeune révélation qui avait déjà cinq podiums en cinq courses, aura connu un week-end, comment dire sans plagier personne, fantastique. Pole décrochée samedi par une marge un peu ridicule de plus de quatre dixièmes de seconde samedi, de surcroît sur un parcours qu'il ne connaissait pas, et première victoire de sa carrière hier. Or peut-être l'aurez-vous déjà remarqué, mais dans la bouche de Hamilton, tout ce qui lui arrive est pas mal «fantastique». Peut-être deviendra-t-il un jour une plus grosse vedette encore et, inévitablement, deviendra blasé et se mettra à trouver tout un peu banal, mais pour l'instant, on fait plutôt dans le rafraîchissant.
Hier, en tout cas, il aurait dû l'emporter par une marge écrasante. À chaque tour, il augmentait l'écart le séparant de ses poursuivants, mais c'était avant que le bordel ne pogne, accident de Kubica, sorties de piste à répétition et autres trucs qui font en sorte que le Grand Prix du Canada, messieurs dames, n'est jamais ordinaire et que vous auriez tort de vous en détourner avant la toute fin. Or quand ceci se produit survient la plus fantastique des injustices: la voiture de sécurité sort, la plus folle odyssée motorisée de la planète se transforme en balade d'agrément et le groupe se ramasse en paquet. Celui qui avait pris soin de prendre l'avance garde son rang, mais perd le temps qu'il avait gagné. Et peut-être ai-je vaguement perdu la notion du temps au fil de cette course folle, mais je ne crois pas me tromper de beaucoup en avançant que les trois quarts de ce Grand Prix du Canada se sont déroulés sous drapeau jaune, derrière la voiture de sécurité dont personne n'a pourtant songé à aller interviewer le conducteur pour savoir ce qu'il pensait de tout ça, si c'était grisant de passer autant de tours en tête, et toutes ces choses.
À la lumière des récents événements, toutefois, j'ose me risquer à une prédiction audacieuse: d'ici la fin de la saison 2007, Lewis Hamilton va gagner toutes les épreuves. Toutes. Et il va gagner toutes les épreuves l'an prochain, et l'année d'après, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il annonce qu'il prend sa retraite pour passer plus de temps avec sa petite famille. Et après qu'il aura remporté toutes les courses et tous les championnats, Jacques Villeneuve va dire ouais, il est rapide et il a du talent et une bonne bouille, mais il a conduit dangereusement, regardez sa première victoire à Montréal en 2007, il a été en tête tout du long et pendant ce temps, derrière lui, c'était l'hécatombe parce qu'il se mettait en travers du chemin des autres.
En terminant, je m'en voudrais de ne pas souligner deux éléments pittoresques qui font que la course automobile est une source de divertissement incomparable. D'abord, il y a un gars qui s'appelle Scott Speed et qui porte les couleurs de l'écurie Toro Rosso, l'une des plus lentes du circuit de Formule 1. Bien sûr, rétorquerez-vous, il est plus rapide que 99,9 % de la population qui possède un char, mais quand même. Et deuxièmement, on sait que l'écurie Honda a peint cette année sur ses bolides une image de la Terre avec pas de publicité pour essayer de faire accroire qu'elle se préoccupe de l'environnement et n'a pas besoin des revenus des vendeurs de pacotille et blablabla.
Or hier, l'un des pilotes de Honda, Jenson Button, a calé au départ. Il n'a même pas démarré. Si vous voulez mon avis, voilà la meilleure idée que l'on puisse se faire d'un char vert. Pas de dépense d'énergie, pas de pollution, économie de matériel. Ils devraient y penser plus souvent.
Et pour le pittoresque, voyez un peu ce que le destin réserve en fait de clin d'oeil: les deux premières voitures à abandonner la compétition furent la Toro Rosso et la Honda, ce qui donna pendant un temps, tout au bas du classement, Speed Button.
Vos réactions
Pas de pub pour Honda - par Nicholas Lescarbeau
Le dimanche 10 juin 2007 23:00

