Décès d'Ousmane Sembène, pionnier du cinéma africain
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Dakar -- Le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène, considéré comme l'un des pionniers du cinéma africain, est décédé samedi à Dakar à l'âge de 84 ans, a-t-on appris hier auprès de son entourage.
Né en janvier 1923 dans une famille de pêcheurs de Ziguinchor, en Casamance (sud), Ousmane Sembène a réalisé depuis 1963 une dizaine de films.
De Borom sarret (1963), racontant une journée dans la vie d'un pauvre transporteur, à Mooladé, plaidoyer contre l'excision et hommage aux femmes, en passant par Le Mandat (1968), Ceddo (1976), sa filmographie montre un «cinéma progressiste profondément populaire», selon plusieurs critiques. Son premier long métrage, La Noire de..., est considéré comme le premier long métrage négro-africain.
Ousmane Sembène a été récompensé à deux reprises au festival de Venise. Il a reçu le prix de la critique internationale pour Le mandat en 1968, et le prix spécial du jury en 1988 pour Le Camp de Thiaroye, un film retraçant la violente répression de tirailleurs sénégalais réclamant leur solde par l'armée française.
Également écrivain, il était membre fondateur du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, organisé tous les deux ans.
L'ancien président sénégalais et actuel secrétaire général de la francophonie Abdou Diouf a estimé hier que l'Afrique perdait «l'un de ses plus grands cinéastes» et un «fervent défenseur de la liberté et de la justice sociale». «Il a su, avec le talent immense qui le caractérisait, dépeindre un continent fier de sa culture tout en dénonçant les injustices qui perdurent», a ajouté M. Diouf.
Le ministre malien de la Culture malien, Cheick Oumar Sissoko, également cinéaste et proche d'Ousmane Sembène, a salué «la référence» du cinéma africain. «L'Afrique du cinéma a perdu un de ses phares», a-t-il regretté. «L'homme n'a jamais fonctionné qu'en Afrique et pour l'Afrique», a affirmé M. Sissoko qui a assuré que M. Sembène «a amené l'Afrique à comprendre son identité et à se construire un horizon culturel».
Cheikh Ngaïdo Ba, le président des Cinéastes sénégalais associés, a pour sa part déploré la «perte d'un grand maître».

