Libre opinion: Tempête atlantique
Mots clés : Parti politique, Stephen Harper, médias, Canada (Pays), Québec (province)
Le gouvernement Harper savait que sa réforme de la péréquation ne passerait pas comme une lettre à la poste à Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan. Après tout, les conservateurs y avaient fait campagne en promettant des changements qui auraient donné davantage aux trois provinces. Leurs revenus pétroliers et gaziers auraient été exclus du calcul et les gains obtenus se seraient ajoutés, dans le cas des deux provinces de l'Est, au généreux Accord atlantique. La réforme n'a rien enlevé aux trois provinces mais n'a pas apporté la manne promise. Depuis, c'est la colère et l'indignation.
Pour le Halifax Chronicle Herald, Casey n'a pas empêché l'adoption du budget, mais son geste pourrait faire une grande différence au moment des élections fédérales. Les électeurs de toute la région vont s'en souvenir même si à peu près tout le monde se perd dans les méandres de la péréquation. Pour les gens de l'Atlantique, les conservateurs n'ont pas respecté leur promesse. «Voilà le message: si même Bill Casey ne peut voter pour ces conservateurs, comment vous-même pouvez-vous le faire?»
David Rodenhiser, chroniqueur au Halifax Daily News, est catégorique. «Les conservateurs de Harper sont des menteurs vindicatifs et malveillants.» Il s'insurge contre la campagne qu'a immédiatement lancée le PC pour rappeler que Casey avait voté et parlé en faveur du budget jusque-là. Le chroniqueur rappelle que c'est le propre d'un député qui tente en privé de faire changer les choses. «C'était la chose à faire mais, ne voyant aucun indice de solution, il a voté contre le budget, ce qui était aussi la chose à faire.» Rodenhiser ironise: «Stephen Harper a une phobie des accords: l'Accord atlantique, l'accord de Kyoto, l'accord de Kelowna. Il doit être pétrifié quand il passe devant un concessionnaire Honda.»
Le Telegram, de St. John's, croit qu'il aurait été facile pour Casey, le vétéran du caucus conservateur, de prétendre se battre de l'intérieur. «Mais il vient un moment où rester dans le parti équivaut à se transformer en bruyant et irritant paillasson, mais en paillasson quand même.» Le fait que Casey n'ait pas cru les assurances de dernières minutes de son gouvernement, à moins de les voir couchées sur papier, constitue «un retentissant désaveu de la parole de l'actuel gouvernement conservateur». Et le journal de demander: «Mais où étaient nos députés conservateurs et qu'est-il advenu de leur courage?»
Encore des promesses...
Parlant de promesse brisée, le Toronto Star a profité de la tenue du sommet du G8 pour dénoncer, non seulement le non-respect des engagements canadiens à l'égard de Kyoto, mais aussi la décision de Stephen Harper de suivre l'exemple de Paul Martin et de jouer sur les chiffres pour éviter de faire sa juste part pour l'Afrique. Dans le budget de 2005, le gouvernement Martin s'était engagé à doubler l'aide à l'Afrique, ce qui la faisait passer de 1,4 milliard en 2004-05 à 2,8 milliards en 2008-09. Mais quelques mois plus tard, lors du Sommet du G8, le Canada avait adopté en catimini une autre année de référence, 2003-04, ce qui lui a permis d'abaisser sa contribution finale à 2,1 milliards. Une économie de 700 millions qui pourrait faire une énorme différence en Afrique, s'insurge le Star. «Ce consensus libéral-conservateur pour rogner l'aide canadienne à la région la plus pauvre de la planète ne dit rien de bien sur l'intégrité, la crédibilité et le désir du Canada de faire une différence.»
Le Winnipeg Free Press voit pour sa part du bon dans la prise de position de Harper dans le dossier des changements climatiques. Le quotidien convient que la position du premier ministre est difficile, au pays comme à l'étranger, mais il l'encourage à garder le cap. Selon le Free Press, sa stratégie diffère de celle de l'Europe mais est plus réaliste et a plus de chances de séduire les pays pour qui une réduction des GES s'annonce extrêmement difficile. Le quotidien estime qu'il vaut mieux que ces pays se joignent à la bataille, même timidement, que de voir, par exemple, la Chine ou l'Inde rester à l'écart.
Le fantôme d'une promesse...
L'idée de tenir des élections à date fixe a toujours fait craindre des campagnes électorales sans fin. S'il faut en croire l'exemple ontarien, c'est plus ou moins vrai. Les élections doivent avoir lieu le 10 octobre prochain et la pré-campagne n'a vraiment décollé que la semaine dernière avec l'ajournement prématuré des travaux parlementaires. Les derniers sondages placent les deux principaux partis coude à coude. Le Parti progressiste-conservateur dévoilera son programme aujourd'hui. Les journaux ont commencé à faire des bilans, et les chroniqueurs, à se déchaîner contre les libéraux pour leur ancienne promesse de ne pas hausser les taxes, eux qui ont imposé une prime-santé. Malgré cela, le chef libéral Dalton McGuinty a repris sa promesse cette semaine. Les manchettes cyniques ont suivi, ce qui était à prévoir, note Ian Urquhart, du Toronto Star, qui prédit une campagne ardue pour les libéraux.
Sa collègue du Toronto Sun, Christina Blizzard, a passé la semaine à tailler en pièces McGuinty. D'abord pour sa promesse, dont elle se moque. Puis pour l'ajournement prématuré des travaux, un geste «lâche» puisqu'il entraîne la fin des commissions parlementaires, dont une s'apprêtait à enquêter sur le versement sans supervision de millions de dollars à des groupes ethnoculturels proches des libéraux.
mcornellier@ledevoir.com
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Le canada n'est pas à sens unique - par Fernand Trudel
Le dimanche 10 juin 2007 12:00

