Présence autochtone en musique - Voix du pays

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Pierre Vallée
Édition du samedi 09 et du dimanche 10 juin 2007

Mots clés : Présence autochtone, Culture, Musique, Canada (Pays), Québec (province)

« Il faut se rapprocher si l'on veut mieux comprendre »

Chaque année, l'événement Présence autochtone présente un volet musical. C'est l'occasion de permettre aux spectateurs de faire connaissance avec des musiciens autochtones et de favoriser les rencontres entre les musiciens des Premières Nations et les musiciens issus d'autres collectivités, comme la communauté blanche.

Le spectacle «Blues Blanc Rouge» est sans aucun doute l'événement musical du festival. Par le passé, de nombreux musiciens autochtones et non autochtones ont foulé cette scène. Cette année, le spectacle se déroulera à la salle de spectacle O Patro Vys, située au 356, avenue du Mont-Royal, à 21h les 12 et 13 juin prochains.

«Entendre» Alanis Obomsawin

Pour cette nouvelle mouture de Blues Blanc Rouge, les organisateurs ont choisi d'innover. En effet, c'est la musique composée par Claude Vendette et Francis Grandmont pour les films de la célèbre cinéaste abénakise, Alanis Obomsawin, qui prendra la vedette. La collaboration entre le cinéaste et ces deux musiciens remonte à 1993 et se poursuit depuis. Les musiques de ces films seront interprétées par un sextuor de musiciens dans une orchestration et des arrangements spécialement conçus pour ce spectacle.

Claude Vendette est un compositeur, un saxophoniste et un flûtiste. Il est aussi membre de la Fanfare Pourpour. Son intérêt pour la musique de fanfare remonte à 1978 alors qu'il était membre du Pouet Pouet Band. Son parcours musical lui a fait croiser le chemin de Richard Desjardins, de Carbone 14, du Cirque du Soleil, du Cirque Éloize et du Cheval Théâtre. Il dirige aussi le septuor Claude Vendette. Francis Grandmont a aussi beaucoup roulé sa bosse et il a travaillé avec Richard Desjardins, André Duchesne et Michel Faubert.

Ce spectacle se veut un hommage à la musique, mais aussi un coup de chapeau à la cinéaste Alanis Obomsawin. On pourra aussi y entendre le folk-rock énergétique de Lucie Idlout, une auteure-compositeure du Nunavut. De belles soirées en perspective donc.

Une nouvelle voix

Présence autochtone sera aussi l'occasion de faire connaissance avec une nouvelle voix qui émerge de la communauté musicale autochtone. C'est celle de Sakay Ottawa, un auteur-compositeur de 30 ans d'origine atikamekw, natif et toujours habitant de Manawan. Sakay Ottawa sera sur la scène du café Utopik, sis au 552, rue Sainte-Catherine, à compter de 21h, le samedi 16 juin.

Sakay Ottawa a déjà à son actif un premier album comprenant

10 pièces et intitulé Etoke Ota. Son prénom, même s'il s'écrit Sakay, se prononce «sagui». «C'est facile à retenir, dit-il d'entrée de jeu. Quand j'arrive dans un endroit, les gens lancent à la blague: "voici Sagui et sa guitare".» Tout jeune homme, il s'intéresse déjà à la musique. «À 10 ans, j'ai commencé à jouer du piano puis à l'adolescence, je suis passé à la guitare.» Ses premières compositions datent aussi de la même époque.

Il chante en atikamekw mais son disque comprend tout de même une chanson en français. «C'est la première fois que j'écris une chanson en français, mais en général, c'est dans ma langue maternelle que j'écris.» Rappelons que la langue atikamekw ne s'est pas perdue, comme c'est malheureusement le cas pour d'autres langues autochtones. «La langue atikamekw a toujours été transmise oralement dans notre communauté. Aujourd'hui, plus de 90 % des Atikamekws la parlent encore couramment. Ma conjointe, qui est montagnaise, ne parle plus l'innu. À la maison, on parle donc français, bien que je parle à mes enfants le plus souvent possible en atikamekw», précise ce jeune père de trois enfants, dont le dernier-né n'a qu'un mois.

Un style musical

Le style musical qu'il a choisi est le folk-rock, sans doute le style musical le plus prisé dans les communautés autochtones. «Je ne sais pas pourquoi le folk-rock est aussi populaire dans nos communautés. Moi, ce style m'a personnellement inspiré et j'ai été particulièrement influencé plus jeune par la musique de Neil Young.» Ce ne sont pas les seules influences musicales de Sakay Ottawa. «J'adore les Rolling Stones, j'ai même acheté les disques et les DVD. Curieusement, les Rolling Stones, c'est la musique de mes parents.»

De quoi cause-t-il sur son disque? «Le disque s'intitule Etoke Oka, ce qui veut dire en atikamekw "c'est d'ici d'où je viens". Je parle donc d'identité et de recherche d'identité. Cela me correspond tout à fait puisque j'ai dû réapprendre à me connaître.» Mais ses intérêts aujourd'hui se sont élargis. «J'ai composé plusieurs des chansons sur mon album quand j'étais plus jeune et cela correspondait à la réalité d'alors. Aujourd'hui, c'est plutôt la situation de l'être humain en général qui me préoccupe.»

Difficile métier

Le métier d'auteur-compositeur-interprète est un métier difficile et Sakay Ottawa n'a pas encore réussi en faire son gagne-pain. «Je fais les festivals dans la communauté et quelques spectacles à l'extérieur, mais ce n'est pas assez à mon goût. J'en prendrais davantage», explique-t-il, lui pour qui le succès de Florent Volant est une source d'orgueil. «J'ai eu l'occasion de chanter avec lui l'année passée et c'était extraordinaire.»

Une bonne note d'encouragement lui est aussi venue de Chloé Sainte-Marie, pour qui il a déjà fait la première partie. «Chloé Sainte-Marie chante en innu et elle était surprise de voir que l'atikamekw possédait de si belles qualités musicales.»

En attendant de percer et d'en faire son seul métier, Sakay Ottawa gagne sa vie et celle de sa petite famille comme enseignant à Manawan. «J'ai fait mon cégep à Joliette et mon bac en enseignement à l'Université du Québec à Chicoutimi. Le métier d'enseignant me permet de travailler auprès des jeunes autochtones dont la situation est souvent difficile. J'essaie de leur donner de l'espoir.»

Si en a le temps, il aimerait bien préparer un nouvel album. D'ici là, il se réjouit de pouvoir monter sur scène et de faire connaître sa musique. Il aime aussi le contact avec le public. «J'aime bien rencontrer des gens et partager avec eux après le spectacle. Beaucoup de personnes ont des questions par rapport aux communautés autochtones. Je me souviens d'un professeur de cégep qui m'avait demandé si l'on avait le droit de venir chez nous. Je crois qu'il faut se rapprocher si l'on veut mieux comprendre nos deux collectivités.»

Collaborateur du Devoir


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