Nunavut - Doit-on vendre la peau de l'ours polaire ?
Mots clés : chasse, ours polaire, Autochtone, Faune, Canada (Pays), Québec (province)
Le savoir traditionnel inuit contredit les connaissances scientifiques admises
Chaque année, plus de 500 ours polaires sont abattus au Nunavut. Une activité traditionnelle inuite qui se heurte désormais aux réalités et tendances contemporaines. Le savoir traditionnel du peuple de l'Arctique est plus que jamais confronté aux connaissances scientifiques. Portrait d'un intense débat social.Les États-Unis affirmaient ainsi leur ferme volonté d'apposer le nom du plus grand carnivore de la planète à la liste des animaux vulnérables et, du coup, d'interdire les produits issus de sa chasse. Au Nunavut, il n'en fallait pas plus pour relancer un débat, déjà latent, sur la chasse à l'ours polaire.
Depuis la création du jeune territoire, en 1999, les quotas qui réglementent la chasse n'ont cessé de fluctuer. Au cours des années 1990, le nombre d'ours blancs pouvant être abattus gravitait autour de 500. En 2001, à la suite d'un recensement aérien qui a démontré la chute démographique de certaines sous-populations, le gouvernement du Nunavut réduisait considérablement le nombre. Mais en 2005, on réévalua à la hausse les quotas, portant le nombre de bêtes à 518. La raison principale de ce changement: la prise en considération du savoir traditionnel inuit.
Avec une population composée à 85 % d'Inuits, le Nunavut établit les quotas en prenant en compte à la fois les connaissances scientifiques et le savoir traditionnel inuit, qui est basé sur l'observation. Le «Memoranda of understanding» (MOUs) est le comité responsable d'établir les quotas du territoire et de répartir, selon les données recueillies, le nombre de bêtes pouvant être abattues par communauté et par région.
Consultation publique
Ce printemps, à la suite de l'annonce américaine et de la volonté du ministère de l'Environnement du Nunavut de réduire les quotas de certaines régions, une consultation publique a été mise sur pied. Elle avait pour but de réévaluer la population de l'ouest de la baie d'Hudson et d'entendre les principaux protagonistes en la matière.
À cette occasion, plusieurs aînés inuits ont fermement soutenu que le nombre d'ours dans la région était passé de 1200 à 1400, ce qui va à l'encontre de récentes recherches scientifiques, qui constatent une baisse de 22 % de cette même population.
Un aîné du sud du territoire, Johnny Karetak, a répété que les Inuits étaient fermement en désaccord avec les études qui constatent une chute de la population, ajoutant qu'il ne souhaitait aucunement qu'une personne soit tuée parce qu'on pense qu'il y a moins d'ours. Plusieurs aînés ont alors appuyé ses propos en indiquant avoir observé davantage d'ours polaires dans la région.
La position américaine, adjointe aux pressions des organisations de chasseurs et trappeurs inuits du Nunavut, a poussé le gouvernement du territoire à se lancer à son tour dans l'arène, transformant ainsi ce débat social régional en dossier à saveur internationale.
Une pression américaine indue
En avril, le ministre de l'Environnement du Nunavut, Patterk Netser, a envoyé un message aux États-Unis. Il affirmait que la population d'ours dans plusieurs régions de l'Arctique était abondante et que le gouvernement des États-Unis devrait limiter son action aux seules régions où les populations sont en déclin.
Il a alors affirmé: «Tous les pays du monde observent le Nunavut. Depuis quelque temps, les ours polaires sont présentés comme les symboles du besoin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et nous sentons une forte pression de l'extérieur pour que nous agissions.» Il a toutefois confié son inquiétude: «Regardez ce qui est arrivé à l'industrie de la chasse au phoque. Il serait vraiment tragique que cela se produise à nouveau. Nous sentons actuellement cette pression.»
Différend culturel
Car voilà, au-delà du différend culturel en réside un où s'entremêlent pressions économiques et enjeux commerciaux. La chasse au gros trophée rapporte bel et bien aux populations de l'Arctique. Au Nunavut, près de 50 permis sont annuellement émis à cette fin. Selon une étude subventionnée par le Safari Club International, une organisation faisant la promotion du droit à la chasse, l'industrie de la chasse à l'ours polaire rapporte annuellement 2,9 millions de dollars. La moitié de cette somme aboutit dans les poches des communautés inuites, un apport économique important pour les petits villages du Nunavut.
La venue de chasseurs stimule significativement les économies locales, selon le gouvernement. Le périple de ces riches touristes nécessite l'embauche de guides. Une fois abattu, l'ours polaire doit être dépouillé, ce qui demande un savoir particulier que détiennent les résidants de la région. De plus, font valoir les communautés, les restes de l'animal -- à l'exception de sa fourrure -- sont récupérés de mille et une façons par les autochtones: nourriture, confection d'objet d'art ou de vêtements.
À l'heure actuelle, les ponts ne sont toujours pas rétablis entre les deux positions. Le débat persiste, même qu'il s'intensifie. Toutefois, une nouvelle voix s'est récemment fait entendre. Une des personnalités les plus influentes de la culture inuite et du milieu écologiste, Sheila Watt-Cloutier, a publiquement pris position.
L'ancienne présidente du Conseil circumpolaire inuit, en lice pour le prochain prix Nobel de la paix, a récemment signé une lettre d'opinion dans un hebdomadaire d'Iqaluit, le Nunatsiaq News. Elle demandait aux Inuits et au gouvernement de sortir du débat de chiffres: «Il faut arrêter de faire de la petite politique en ne s'attardant qu'au nombre d'ours, car les Inuits risquent de perdre et de perdre gros en ne pensant qu'au profit à court terme.» Selon la militante, de nouvelles avenues, telles que l'écotourisme, doivent être envisagées.
À l'heure actuelle, on estime entre 20 000 et 25 000 le nombre d'ours polaires sur la planète. Ceux-ci sont répartis entre 19 sous-populations. Quatorze d'entre elles se trouvent au Canada, ce qui représente environ 60 % de l'ensemble des ours polaires de la planète.
Collaborateur du Devoir
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Chasse photographique. - par Lebeaupin Gérard
Le samedi 09 juin 2007 10:00

