Opinion

Libre opinion: Lettre à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne

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Janelle Desrochers, Enseignante au primaire à la Commission scolaire de Montréal

Édition du vendredi 08 juin 2007

Mots clés : bulletin chiffré, gouvernement, Éducation, École, Québec (province)

En tant que ministre sensible aux besoins des parents du Québec, vous avez pris la décision d'instaurer, dès septembre prochain, le bulletin scolaire chiffré. Pourcentages et moyennes de groupe feront donc leur retour en force.

Rares sont ceux qui s'opposent à la simplification du bulletin actuel. Toutefois, je crois que vous faites fausse route. Je suis persuadée que les incompréhensions des parents ne proviennent pas du fait que les notes soient indiquées par des lettres ou une échelle de 1 à 5. La valeur du A en tant que symbole d'excellence est quasi universelle. Nul besoin d'un cours particulier pour comprendre que si un enfant obtient un A, c'est que tout va très bien, ou que s'il reçoit un C, c'est qu'il éprouve certaines difficultés. Rien de bien sorcier. Et, surtout, rien de nouveau.

En tant qu'enseignante, je suis également sensible aux besoins des parents. Par exemple, je peux très bien comprendre qu'à la lecture des compétences en mathématiques, c'est-à-dire raisonner à l'aide de concepts et de processus mathématiques, résoudre des situations-problèmes et communiquer à l'aide du langage mathématique, ceux qui n'ont pas décortiqué le programme s'y perdent un peu.

Pour être honnête, je peux témoigner que, même au sein de la communauté enseignante, ces compétences et plusieurs autres sont parfois interprétées différemment. Difficile alors pour un parent de dresser un portrait exact des habiletés de son enfant pour chacune des matières.

Voilà la véritable source du problème: les termes ne sont pas clairs. Nous sommes dans le langage théorique, dans les formules ministérielles et universitaires qui ne collent pas au quotidien. Le fait de substituer la note de 82 % à un B permettra-t-il au parent de mieux comprendre ce qui a fait l'objet de l'évaluation? J'en doute. De toute manière, comment peut-on évaluer l'atteinte d'une compétence de façon chiffrée?

Ne nous méprenons pas: ce n'est pas parce qu'il y aura des nombres qu'il y aura plus de rigueur et plus de cohérence avec le système de valeurs que prône le programme actuel. Je regrette de ne pas avoir assisté à une réflexion sur le sens de l'évaluation ou sur la manière de nommer les choses simplement et clairement pour que tous s'y retrouvent. Je me sens prise dans un faux débat opposant nombres et lettres.

À mes yeux, votre annonce s'apparente davantage à une manoeuvre politique à saveur populiste qu'à une solution concrète et appropriée au problème de communication entre les parents et l'école. Vous avez souhaité rassurer les gens. Je comprends. De votre côté, j'espère que vous comprendrez que vous avez de ce fait créé une plateforme éducative dont la philosophie et les moyens d'application sont contradictoires. Vous auriez pu vous en tenir à la simplification des termes. Vous auriez ainsi économisé temps et argent et tiendriez un discours cohérent.

Vous affirmez que nous avons le devoir de soutenir et de favoriser la réussite scolaire de nos jeunes. Rien de plus vrai. Permettez-moi tout de même de vous rappeler que la réforme scolaire a justement été mise en place pour diminuer le taux de décrochage scolaire. L'idée ici n'est pas de faire l'éloge de cette réforme certes imparfaite. N'empêche que certaines idées qu'elle prône me semblent valables. On a souhaité, avec raison, que l'enfant soit évalué par rapport aux attentes d'un programme et non par rapport aux autres élèves. Avec le retour aux pourcentages et aux moyennes, tout cela devient incohérent. Et aberrant.

Mme la ministre, vous avez accepté de faire du bulletin scolaire l'enjeu principal du monde de l'éducation. Tout le monde en parle. Qui l'eût cru? Un document imprimé quatre fois l'an semble maintenant être le coeur des préoccupations de votre gouvernement!

Sachez que si vous souhaitez vraiment favoriser la réussite scolaire de nos jeunes plutôt que d'investir temps, argent et ressources humaines dans l'élaboration de nouveaux documents, vous devriez concentrer efforts et ressources au déploiement de plus de personnel dans les écoles. L'enjeu, il est là. Avec les enfants, au quotidien. Pensez-y... Dommage que le choix d'une échelle de notation semble prioritaire!


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