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Une langue pas pire
Par contre, l'un des arguments de M. Berger sur la question de l'évaluation du critère langue s'énonce ainsi : si l'évaluation de ce critère s'effectue de façon quantitative, le correcteur indique et codifie les erreurs sur la copie de l'élève. Si ce dernier échoue, il peut demander sa copie, constater ses erreurs et demander des explications pour ne pas les répéter. Selon M. Berger, cette situation a pour conséquence de détourner l'EUF de sa fonction « certificative » (prouver la maîtrise d'un certain nombre d'acquis) au profit d'une fonction « formative ». Or si l'élève échoue de façon « holistique » à son examen, il pourra toujours commander sa copie, se faire indiquer ses erreurs par un professeur et tenter de s'améliorer. Est-ce bien grave si, dans certains cas (les cas d'échec, où cela s'avère nécessaire), l'EUF permet à l'élève d'identifier ses faiblesses (qui peuvent se situer au niveau du code linguistique, mais peuvent aussi correspondre à un manque d'organisation ou encore à de la paresse) afin de s'améliorer? N'apprend-on pas toujours ? Si je construis un pont et qu'il s'écroule, je serai bien content de savoir où je me suis trompé. Ce n'est pas avec les flattes qu'on me fera dans le dos qu'il se reconstruira.
M. Berger parle de la façon de faire actuelle (compter les fautes) comme « punitive » et « judéo-chrétienne ». La recherche de rigueur et de l'excellence ne signifie pas que l'on doive retourner à l'époque des coups de règles sur les doigts.
Une évaluation qualitative serait plus difficile et longue à effectuer (au lieu de compter les fautes, il faudrait compter les fois où l'élève aurait pu faire une faute et ne l'a pas fait), ses résultats peut-être plus facilement contestables, et la réussite plus facile. Parce que pour réussir le critère langue comme le propose M. Berger, l'on pourrait, si j'ai bien calculé (parce que l'évaluation qualitative fonctionne par calcul aussi), réussir deux aspects du critère et échouer radicalement dans les deux autres, et réussir tout de même le critère langue. Or on encourage ainsi non pas une maîtrise de tous les aspects de la langue, mais une maîtrise globale « pas pire ».
Ce n'est plus le temps de dire à l'étudiant quelles sont ses forces : ses enseignants auront pu le faire lors de son parcours (et il faut le faire, pour ne pas décourager l'élève, mais avant l'épreuve « certificative »). On doit connaître ses faiblesses pour pouvoir les améliorer. À moins que l'étudiant, le professeur et le ministre ne soient d'accord pour se contenter du plus bas minimum possible. Et à prendre les élèves pour des cancres, on en fera effectivement des cancres.
Qu'arrivera-t-il quand l'élève, après avoir réussi « holistiquement » l'EUF, s'il se dirige vers l'enseignement, par exemple, devra subir, à la fin de son baccalauréat, un test de français beaucoup plus difficile ? Devra-t-on, dans ce cas aussi, réduire les exigences et accepter des enseignants qui ne maîtriseront pas vraiment ce qu'ils devront enseigner ? Qui écriront dans une langue juste « pas pire » ?
