Sarkozy déroule le tapis rouge pour Harper
Mots clés : Harper, G8, Sarkozy, Sommet, France (pays), Canada (Pays)
La France renonce à taxer les produits canadiens pour cause de non-respect du protocole de Kyoto

Photo: Agence Reuters
Stephen Harper et Nicolas Sarkozy sont «tombés d'accord pour avoir les objectifs les plus ambitieux possibles» au sommet du G8 afin de combattre le réchauffement climatique, a déclaré le porte-parole de la présidence française David Martinon. Plus tard dans l'après-midi, le premier ministre François Fillon a néanmoins rappelé que la France juge essentiel «que tous les pays respectent les engagements qui ont été pris à Kyoto» -- ce qui n'est pas le cas du Canada. Sans qu'on sache sur quoi exactement, les rencontres avec Stephen Harper auraient permis, dit-il, de «rapprocher les points de vue de la France et du Canada sur ce sujet».
Par ailleurs, la France n'envisage pas de taxer les produits canadiens même si le Canada ne respecte pas les objectifs du traité de Kyoto, a déclaré le premier ministre français. En campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy avait en effet promis d'imposer les produits des pays qui ne respectaient pas le protocole. Mais la mesure ne serait «pas prioritairement tournée contre le Canada», a précisé François Fillon.
Cela n'empêche pas le premier ministre français d'affirmer qu'«on ne peut pas demander aux industriels européens de produire avec des contraintes que n'auraient pas d'autres pays». Et il ajoute aussitôt: «Encore une fois, je ne crois pas que ce soit le Canada qui soit le plus concerné par cette question.»
Visiblement satisfait des précisions de son homologue, Stephen Harper a affirmé qu'il s'attendait à ce que la France respecte ses engagements en matière de libre-échange. Selon lui, «le Canada et la France ont la même détermination d'avoir un protocole international qui inclue tous les pays émetteurs [de dioxyde de carbone].»
À l'Élysée, on rappelait que les Européens souhaitent toujours convaincre les membres du G8 de réduire de 50 % leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici à 2050. «Il n'y a aucune raison, du côté français, de revoir nos exigences à la baisse», a affirmé le porte-parole.
Dans la journée, le ministre canadien de l'Environnement, John Baird, a rencontré son nouvel homologue français, l'ancien premier ministre Alain Juppé, aujourd'hui à la tête d'un superministère de l'Écologie et du Développement durable.
Le premier ministre Stephen Harper s'est de plus félicité de la décision française de ne pas retirer ses troupes d'Afghanistan dans l'immédiat. «La France maintiendra son dispositif en Afghanistan, a déclaré François Fillon. Il n'y a aucun projet de désengagement de la France en Afghanistan.»
La veille, dans une interview au New York Times, Nicolas Sarkozy avait néanmoins réaffirmé le désir de la France de retirer ses troupes tout en soulignant qu'un retrait n'était pas imminent. Pendant la campagne présidentielle, le candidat avait affirmé que la présence à long terme des troupes françaises en Afghanistan n'était pas souhaitable. Le projet de retrait, justifié par la présence massive de troupes françaises au Liban, est d'ailleurs dans les cartons du ministère de la Défense depuis des mois.
Dans les milieux diplomatiques canadiens, on s'estimait très satisfait de ce premier contact entre le premier ministre canadien et le nouveau président français. Stephen Harper a d'ailleurs rappelé qu'il en était à sa troisième visite en France en moins d'un an et qu'il avait tenu à «envoyer un signal fort» en rencontrant Nicolas Sarkozy moins d'un mois après son élection. Les relations entre le premier ministre canadien et l'ancien président Jacques Chirac n'avaient pas toujours été au beau fixe. Ce dernier ne manquait jamais une occasion de rappeler le Canada à ses engagements concernant le protocole de Kyoto. Stephen Harper s'était aussi retrouvé isolé et en porte-à-faux avec la France à propos du Liban lors du dernier Sommet de la Francophonie tenu à Bucarest.
Interrogé sur les déclarations du président russe Vladimir Poutine, qui a menacé cette semaine de pointer des missiles vers l'Europe si celle-ci collaborait au bouclier antimissile américain, Stephen Harper a défendu l'action de l'OTAN. «Nous sommes convaincus que les intentions de l'OTAN sont tout à fait claires, a-t-il déclaré. Il n'y a pas de raison d'interpréter ces actions comme une menace contre la Russie.»
Stephen Harper a quitté ses hôtes français en invitant Nicolas Sarkozy à venir au Canada. Selon un proche du premier ministre canadien, on discute d'une date rapprochée. Il serait donc possible que le président français se rende au Canada avant le Sommet de la Francophonie, lequel aura lieu en octobre 2008 à Québec, à l'occasion du 400e anniversaire de la ville.
***
Correspondant du Devoir à Paris
Vos réactions
Bush le chanceux ! - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 06 juin 2007 15:00

