Entre l'État et la concurrence

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du lundi 04 juin 2007

Mots clés : UdeM, UQAM, Investissement, Université, Québec (province), Montréal

Tiraillées entre une dépendance financière extrême et l'appel de la concurrence, les universités dévoilent de grands signes de lassitude financière, mais s'accrochent à une autonomie que certains souhaiteraient pourfendre.

L'université peut-elle jouer sur deux tableaux à la fois? Sur le premier, elle dépend d'un financement public qui frise les 70 % de ses revenus, auxquels se greffent 15 % en droits de scolarité fixés par... l'État. Sur l'autre, elle tente de répondre à la pression de la concurrence en négociant de généreuses augmentations de salaires et en s'improvisant gestionnaire de chantier.

Ces dernières semaines ont permis de comprendre que quelque chose ne tournait pas rond dans le financement universitaire. L'Université du Québec à Montréal (UQAM) a souffert d'un appétit immobilier qui la place maintenant au bord du précipice. L'Université de Montréal (UdeM) prévoit un déficit de 19 millions pour la prochaine année, ce qui portera donc son fardeau cumulé à 120 millions, son plus sombre bilan.

Elle doit certainement regretter le résultat de l'âpre négociation qui s'est jouée chez elle en 2005. Après une douzaine de journées de grève, l'UdeM avait consenti à ses professeurs une hausse salariale de 15 % sur trois ans, ce qui s'avère maintenant un boulet.

La ministre de l'Éducation Michelle Courchesne n'a pas manqué d'affirmer que l'UdeM devrait vivre «avec ses choix» -- qui n'auraient pas été les siens... Traduire: plutôt que les 2 % de hausse arrachés par la fonction publique -- assortis d'un gel et d'une loi spéciale! --, de telles augmentations finissent évidemment par avoir des conséquences néfastes. Que l'on vive avec!

Certainement encouragée par les ratés de gestion de l'UQAM, qui continuent d'ailleurs de susciter la consternation, cette affirmation de la ministre invite à une réflexion désormais incontournable sur les limites de la gestion autonome quand on dépend si lourdement du financement public.

L'UdeM a consenti à des hausses aussi importantes parce qu'elle a accepté la base de négociation avancée par les professeurs, qui reposait sur le rattrapage des grandes universités de recherche membres du G10. Lorsque l'on pousse en effet la comparaison avec le reste du Canada, et que l'on avance ne serait-ce que le petit orteil en sol américain, le Québec fait figure de poids plume. Les droits de scolarité, le soutien du privé, les salaires des professeurs, le financement de la recherche: tout respire l'abondance dans la cour du voisin. Ici, soupirent les recteurs, il faut encore se battre pour le moindre denier.

La concurrence a beau venir de loin, c'est ici que l'université doit rendre ses comptes. La liberté et l'autonomie institutionnelles, dont les universitaires prennent un soin jaloux, seraient-elles en train d'atteindre leurs limites?

Dans nos tours du savoir, il y a pourtant belle lurette que l'on s'est mis à l'heure de l'«imputabilité», sans pour autant que la liberté soit entachée par une incursion de l'État ou l'ingérence de l'appareil politique. Les «contrats de performance» tentés au début des années 2000 ont marié le versement des subventions à l'atteinte de certaines cibles. Les recteurs se sont soumis à ce jeu comptable, qui s'est éteint au bout de son terme.

Le vent de concurrence qui emporte nos universités dans certaines folies coûteuses ne s'étouffera pas de sitôt. Et elles continueront en parallèle à être à la merci d'un financement presque exclusivement public. La compatibilité de ces deux tableaux se dégrade. Voici le temps venu de poser la question du financement public des universités sous l'angle des limites de l'autonomie institutionnelle.

***

machouinard@ledevoir.com


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